antiquité

  • Sapho

    Charles Mengin : Sappho au rocher de Leucade

    Sapho, Sappho ou Psapphâ, la première grande poétesse

    1/ Sa vie

       Sapho naquit sans doute vers 620 avant J.-C. à Mytilène, principale ville de Lesbos, île grecque de la mer Egée. Elle était la fille de Scamandronymos et de Cleïs et avait deux frères, Larichos et Charaxos.

       Ce dernier était échanson en titre des cérémonies publiques de Mytilène, privilège réservé aux éphèbes de la noblesse. IL s’éprit en Egypte d’une belle esclave, Dorika, surnommée Rhodopis (qui signifie « joues roses ») par ses nombreux amants. Il dépensa une partie de sa fortune pour la libérer et acheva de dilapider ses biens en sa compagnie.   

       Sapho épousa un riche insulaire d’Androx, Kerkolas, et eut une fille, Cleïs. Elle fut veuve de bonne heure.

       Elle participa à une conspiration dirigée contre Pittacus, tyran de Lesbos. La conspiration échoua et Sapho fut bannie avec d’autres aristocrates. Certains ont supposé que cet exil lui avait été imposé pour avoir écrit des vers trop licencieux mais c’est mal connaître l’époque où toute la Grèce glorifiait notamment le poète Anacréon (Anacréon — Wikipédia (wikipedia.org).   

       Sapho rentra à Lesbos quelques années plus tard. Déçue par la politique, elle se livra alors tout entière à la poésie et devint l’animatrice d’un collège de danse et de musique, fréquenté par des jeunes filles de bonne famille : Atthis, Dika, Gorgô, Gurinnô, Anactoria…, toutes immortalisées par Sapho.  Certaines venaient de cités étrangères (comme Sarde, capitale de la Lydie), attirées par le renom de la musicienne arbitre des élégances qui les entourait sans doute de tendresses et de soins, leur prodiguant des conseils au sujet de leurs parures :      

    « Mais toi, Dika, ceint de couronnes

    Les boucles de tes cheveux charmants

    Après avoir tressé de tes mains délicates

    Les tendres pousses de l’aneth… »

       Un nom parmi les autres nous est parvenu à travers les odes frémissantes de Sapho : celui d’Atthis. Pathétique roman reconstitué à l’aide de fragments. Atthis était probablement très jeune lorsqu’elle rencontra Sapho :

    « Je t’aimais, Atthis, depuis longtemps…

    Tu me semblais une enfant petite et non formée… »

       Elle inspira à Sapho l’Ode à une femme aimée, très beau morceau de littérature amoureuse :

    « Il me paraît égal aux dieux,

    Celui qui assis près de toi,

    A le bonheur de t’entendre et de te voir sourire…

    C’est ce qui me bouleverse jusqu’au fond du cœur,

    Car aussitôt que je te vois,

    Ne fût-ce qu’un instant,

    Je ne puis dès lors

    Exhaler aucun son… »

    Jalousie et passion, évidemment !  Une certaine Andromède attirait les regards d’Atthis et Sapho se désespérait :

    « Atthis, je te suis maintenant odieuse,

    Tandis que toutes tes pensées volent vers Andromède.

    Comment cette femme grossière et san sart

    Peut-elle enchainer ton esprit

    Et captiver ton cœur ?

    Elle ne sait même pas relever avec grâce

    Sa robe sur ses chevilles… »

       Andromède était une jeune compagne d’Atthis ou, comme l’ont prétendu des historiens soucieux de réhabilite Sapho, la directrice d’un collège rival, vers qui se tourna Atthis, dont l’infidélité ne serait dès lors que celle d’une élève à l’égard de son professeur…

       Ces mêmes historiens ont trouvé si gênante la présence de cette jeune fille qu’ils ont nié son existence. Atthis symboliserait l’Attique ; ce serait donc à sa patrie que Sapho aurait adressé ces vers…

       Autre hypothèse : peut-être qu’Atthis, son éducation terminée, dut-elle rentrer simplement dans son pays. L’ode pathétique qui suit semble en effet indiquer plutôt une séparation qu’une rupture :

    « Mon Atthis n’est pas revenue sur ses pas…

    Sincèrement, je veux mourir…

    En versant des larmes abondantes,

    Elle me quitte et me dit :

    Hélas… Combien terriblement je souffre…

    O s<Sapho, c’est malgré moi que je te quitte,

    Et moi de lui répondre :

    Pars en joie, et de moi souviens-toi,

    Car tu sais combien je t’ai choyée :

    Mais, si tu l’as oublié, je veux te rappeler

    Tous les bonheurs beaux et chers

    Qu’ensemble nous avons goûtés…

    Et les nombreuses couronnes de violettes

    Et de roses charmantes que tu as

    Tressé et déposé près de moi.

    Et ces colliers nombreux, sertis de fleurs aimées,

    Que tu as nouées autour

    De mon cou délicat…

    Et tous les flots de ce parfum royal,

    Le brenthium, dont tu savais oindre

    Ta jeune chair… »

    Enthousiaste, Sapho, mais aussi facilement découragée :

    « Immortelle Aphrodite,

    Je t’en supplie, d’angoisse et d’amertume,

    Vénérable, n’accable pas mon cœur.

    Je ne suis pas heureuse,

    Je suis obsédée par le désir de mourir… »

       Ici se place le dernier épisode de la vie de Sapho, son suicide au rocher de Leucade. Une légende s’attachait à ce rocher sur lequel s’élevait le sanctuaire d’Apollon Leucatès : ceux qui souffraient d’un chagrin d’amour devaient se jeter du haut du promontoire ; s’ils avaient la chance de ne pas s’écraser sur les rochers et d’échapper à l a noyade, ils étaient guéris de leur passion funeste ou payés de retour.

       Bien entendu, ce suicide de Sapho relève d’une tradition. Mais cette mort tragique convient bien à son caractère absolu.

    2/ Son caractère en quelque vers

    • Une femme très passionnée : ses vers révèlent un tempérament ardent

    « Et je désire, et je brûle…

    Eros, briseur de membres,

    A nouveau me tourmente… »

    • Elle aimait la richesse et l’avoue ingénument : « J’aime la magnificence… Pour moi, j’aime une vie molle et voluptueuse. » Fortunée, elle menait une vie raffinée comme le laissent entrevoir certaines Odes :

    « Viens, Kipris, en nos coupes dorées,

    Verser avec délice

    Le nectar qui se mêle aux festins. »

    • Elle aimait les fleurs et les parfums (cf. plus haut) :

    « Et ces colliers nombreux, sertis de fleurs aimées…

    Et les flots de ce parfum royal… »

    • C’était une grande dame. Ses liaisons ne l’empêchèrent pas de tenir un grand rôle dans la société ainsi que son rôle de mère :

    « J’ai une belle enfant, mon aimable Cleïs,

    Que je n’échangerais pas contre tout l’or de la Lydie. »

    • Aima-t-elle un homme ?

       Certains moralistes affirmèrent que oui, elle aima le beau Phaon, dont elle parlait à maintes reprises dans ses Odes. Mais Phaon était-il véritablement son contemporain ou simplement un mythe, sorte de Don Juan de l’Antiquité auquel rêvaient toutes les femmes ?

       Phaon, en effet, est un personnage légendaire, dont Vénus s’éprit et auquel elle donna une plante magique pour préserver à jamais sa beauté. Ce mythe est visiblement emprunté à l’histoire d’Adonis et exporté de Chypre en Attique.

       De même que Sapho adressait des Odes à Vénus, sa protectrice, de même elle a pu dédier certaine strophe sua favori de la déesse. Phaon personnifiait peut-être l’amant idéal dont elle rêvait.

       Sapho, à la nature éclectique, a dû san doute aimer aussi quelques hommes. Si l’on en croit la légende, c’est par désespoir d’amour pour un homme qui ne l’aimait pas qu’elle aurait mis fin à ses jours.

    Sources : Claude Pasteur, Les Pionnières de l’Histoire, Albin Michel, 1963.

    Pour aller plus loin

    Sappho — Wikipédia (wikipedia.org)

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