Aude

  • Aude et Roland

    La mort de la belle Aude

    La mort de la belle Aude dans La Chanson de Roland

       L’amour n’occupe guère de place dans les Chansons de Geste : avant de mourir, Roland n’a pas eu une pensée pour sa fiancée. Le court récit qui suit évoque (avec des moyens fort différents) pourtant une passion aussi fatale et totale que celle de Tristan et Iseut. Le pathétique reste sobre : si l’on meurt stoïquement pour l’honneur, on meurt aussi, sans une plainte, pour l’amour.

    « L’empereur est revenu d’Espagne. Il vient à Aix[1], le meilleur siège[2] de France. Il monte au palais, il est entré dans la salle. Vers lui est venue Aude[3], une belle demoiselle. Elle dit au roi : « Où est Roland le capitaine, qui me jura de me prendre pour femme ? » Charles en a douleur et peine. Ses yeux pleurent ; il tire sa barbe blanche : « Sœur, chère amie, c’est d’un home mort que tu t’enquiers. Je t’en donnerai un plus considérable en échange[4] : c’est Louis[5], je ne peux mieux te dire, c’est mon fils et c’est lui qui tiendra mes marches ». Aude répond : « Cette parole m’est étrange[6]. Ne plaise à Dieu, ni à ses saints, ni à ses anges, qu’après Roland je demeure vivante ! » Elle perd la couleur, tombe aux pieds de Charlemagne : elle est morte…     

       Aude la Belle est à sa fin allée. Le roi croit qu’elle s’est évanouie ; il a pitié d’elle, l’empereur. Il la prend par les mains, il la relève. Sur ses épaules, elle a la tête penchée. Quand Charles voit qu’elle est morte, il mande aussitôt quatre comtesses : elles la portent jusqu’au moutier[7] de nonnes : toute la nuit elles la veillent, jusqu’au jour. Au pied d’un autel, on l’enterre magnifiquement : le roi lui a rendu les grands honneurs. » 


    [1] Aix-la-Chapelle.

    [2] Siège du pouvoir, capitale.

    [3] Sœur d’Olivier et fiancée de Roland.

    [4] Cette offre n’a rien d’insultant pour la jeune fille ni pour la mémoire de Roland : dans la société féodale, le seigneur est avant tout le protecteur du fief et de sa dame.

    [5] Louis le Débonnaire. En réalité, il n’est pas encore né !

    [6] Incompréhensible.

    [7] Monastère.

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