littérature

  • Littérature courtoise

    Litterature courtoise

    INTRODUCTION  

       Dans la deuxième moitié du XIIe siècle, l’aristocratie, qui a évolué dans sa structure et dans ses mœurs, se tourne vers des œuvres moins rudes que les Chansons de Geste.

    Adoucissement des mœurs

       La noblesse devient une clase héréditaire de plus en plus fermée. Sous l’influence de l’Eglise (Paix de Dieu, Trêve de Dieu), générosité et politesse viennent adoucir les mœurs. Une vie mondaine se crée : les dames imposent des habitudes plus raffinées et les beaux usages se codifient.

    Les œuvres courtoises

       Les écoles épiscopales et monastiques forment un public de lecteurs attirés par des ouvrages en latin et surtout en français. Ces œuvres, écrites spécialement pour une élite civilisée, content des aventures sentimentales dans le cadre d’une vie élégante et luxueuse. 

       Cette littérature « courtoise » (destinée à un public de cour) se rattache à trois courants essentiels : influence antique, bretonne et méridionale.

    LES ROMANS ANTIQUES

       Au XIIe siècle, la littérature latine connaît un renouveau. Les clercs (les savants) recopient et commentent les œuvres des historiens et des poètes : Virgile, Stace et surtout Ovide, poète de l’amour et des légendes mythologiques.

       Entre 1130 et 1165, ce sont les romans antiques qui ont la faveur de l’aristocratie. Le Roman d’Alexandre (vers 1150), remaniement d’un Alexandre antérieur, est écrit en vers de 12 pieds (d’où leurs noms d’alexandrins). A la même époque, le Roman de Thèbes (en octosyllabes), inspiré de la Thébaïde de Stace, raconte l’histoire d’Œdipe et de ses enfants. En 1160, Le Roman d’Eneas tire de l’Enéide un conte romanesque et galant. Cette production antique aboutit, en 1165, à l’énorme Roman de Troie (30 000 vers) de Benoît de Saint-Maure, protégé de la reine Aliénor d’Aquitaine.

       Ces œuvres adaptent au goût du jour les légendes antiques, sans souci des anachronismes : les héros anciens deviennent des chevaliers héroïques et galants ; les devins sont des évêques, etc. Elles constituent une sorte de transition entre l’épopée et le roman courtois. 

    • Comme les Chansons de geste, elles contiennent des batailles, sièges et exploits chevaleresques.
    • Comme les Romans courtois, elles font déjà une grande place au merveilleux et aux aventures romanesques. L’amour occupe le centre du roman et parfois commande l’intrigue : les filles d’Œdipe sont amoureuses mais leurs amants sont tués. Un autre poète conte les amours d’Enée et de Didon d’après Virgile et, très longuement, ceux d’Enée et de Lavinie (1 600 vers). Achille refuse de combattre les Troyens parce qu’il aime Polyxène, fille de Priam.  

        Ces intrigues amoureuses incitent les auteurs à tracer des portraits psychologiques et, dans certains monologues, à présenter des analyses de sentiments. Autre élément précurseur du roman courtois : la peinture de la vie matérielle contemporaine, notamment des vêtements à la dernière mode, décrits avec un grand luxe de détails.

    LA « MATIERE DE BRETAGNE »

       Cette expression d’un poète du XIIIe siècle désigne l’inspiration celtique, et plus spécialement la légende arthurienne qui fournira le cadre des romans courtois.   

       En 1135, Geoffroy de Monmouth publie son Historia regum Brittaniae (Histoire des Rois de Bretagne) en latin. Cette œuvre fut traduite librement en octosyllabes pour la reine Aliénor d’Aquitaine par l’anglo-normand Wace, chanoine de Bayeux, dan son Roman de Brut (1155).    

       Wace révélait notamment aux Français la légende du roi Arthur, chef celtique de la résistance bretonne contre l’invasion saxonne au VIe siècle, très populaire en Grande-Bretagne. Figure à moitié mythique sans doute. La légende en a fait un roi puissant et raffiné, tenant une cour luxueuse, entouré des chevaliers de la Table Ronde. Une telle table permet d’éviter les querelles de préséance.

       Les romanciers courtois puisent à cette source : ils lui doivent leurs héros, le cadre de leurs aventures (la Bretagne : Cornouailles, pays de Galles, Irlande, Armorique), les détails romanesques et féériques caractéristiques de la mythologie celtique. Ces éléments apparaissent déjà dans des œuvres antérieures au développement des romans courtois, comme les Lais de Marie de France ou le roman de Tristan et Iseut.   

    L’INFLUENCE PROVENCALE

       Le Midi de la France a connu avant le Nord une civilisation plus douce et plus aimable : climat moins rude, vie plus sereine. Initiés par les croisades aux splendeurs orientales, les seigneurs méridionaux s’habituèrent à une vie plus douce, dans un cadre plus luxueux où la femme occupait une place importante. Ils attiraient à eux artistes, poètes et troubadours, comme Jaufré Rudel, Bertan de Born, Raimbaut de Vaqueyras, Bernard de Ventadour ou Giraut de Borneil. Leur œuvre lyrique chante le printemps, les fleurs, l’amour heureux, lointain ou perdu.      

       Dans la deuxième partie du XIIe siècle, ces mœurs plus polies ont gagné lentement le Nord de la France. Aliénor d’Aquitaine a contribué à acclimater la courtoisie du Midi, d’abord comme reine de France (épouse d Louis VII), puis comme reine d’Angleterre, deux ans après son second mariage avec Henri Plantagenet, comte d’Anjou et duc de Normandie, devenu roi d’Angleterre en 1154. Aliénor aimait les artistes et s’entourait d’une cour cultivée et raffinée. Cette influence s’agrandit grâce à ses deux filles, Aélis de Blois et Marie, comtesse de Champagne. Cette dernière, protectrice de Chrétien de Troyes, lui imposait certains thèmes courtois : elle organisait des « tribunaux » ou « Cours d’amour » où l’on discutait de subtils problèmes de sentiments, prélude aux salons des Précieuses du XVIIe siècle.

    LA COURTOISIE

       Elle apparaît dans les romans à la rencontre de ces trois influences et place la préoccupation amoureuse au centre de toute activité humaine.         

    • Le service d’amour : les chevaliers se doivent d’être aussi vaillants et aventureux que dans les Chansons de geste. Mais leurs exploits ne sont plus dictés par leur fidélité à Dieu à leur suzerain : ils sont désormais dictés par le « service d’amour », soumission absolue du chevalier à sa dame, souveraine maîtresse (le mot vient du latin domina, maîtresse).
    • Le code de l’amour courtois : ce service d’amour se codifie en un certain nombre de règles artificielles qui honorent l’amour terrestre de tous les rites de l’amour divin. C’est pour plaire à sa dame que le chevalier recherche la perfection : vaillance et hardiesse mais aussi élégance de l’homme de cour. La dame ennoblit son héros en le soumettant à des épreuves pour lui permettre de manifester sa valeur : l’amour qui peut faire agir contre la raison et même contre l’honneur est aussi la source de toute vertu et de toute prouesse. Mais les exploits ne suffisent pas à fléchir une dame altière et inaccessible : il fait encore savoir aimer et souffrir en silence, avec discrétion et patience, être ingénieux pour exprimer sa passion, s’humilier pour traduire son adoration. C’est seulement quand le chevalier a souscrit aux caprices despotiques de son idole qu’il est récompensé de sa constance et payé de retour. Cette courtoisie était-elle à l’image de mœurs qui régnaient, même dans l’élite ? Certainement pas : c’était un idéal capable de séduire les femmes et peut-être de contribuer à adoucir les mœurs d’une société où commençait le règne des femmes.

     

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