Marie de Champagne et Chrétien de Troyes

Marie de Champagne   

Marie était la fille du roi de France Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine. Férue de littérature, aimant discuter de subtils problèmes amoureux, elle anima une cour brillante et se fit la protectrice de Chrétien de Troyes. Elle lui révéla sans doute les légendes bretonnes avec leurs exploits chevaleresques et leur merveilleux féérique. Il fut le premier Français à tirer un toman de la légende du roi Arthur et ses autres romans se rattachent tous au cycle arthurien.

   A côté de l’inspiration bretonne, il faut noter l’inspiration provençale <, également sous l’influence de Marie, séduite par la conception provençale de l’amour. Chrétien consacra donc ses romans à l’amour et au culte de la femme : il compose des romans où les chevaliers, soumis aveuglément aux caprices de leur dame, réalisent pour lui plaire les exploits qu’ils accomplissaient autrefois pour leur suzerain.

   On peut citer Erec et Enide, Yvain ou Le Chevalier au Lion, Lancelot ou Le Chevalier à la Charrette, Perceval ou le conte du Graal.

   Ainsi que quelques héroïnes : la reine Guenièvre, la fée Viviane, la servante Lunette, Laudine…

Voici la « Complainte des Tisseuses de soie » (Le Chevalier au Lion), inspirée à Chrétien de Troyes par les ateliers de Champagne ou d’Artois. On peut remarquer, dès le XIIe siècle, la misère ouvrière :

Toujours draps de soie tisserons :

Jamais n’en serons mieux vêtues.

Toujours serons pauvres et nues

Et toujours faim et soif aurons ;

Jamais tant gagner ne saurons

Que mieux en ayons à manger.

Du pain avons à grand dangier[1],

Au matin peu et au coir moins :

Jamais de l’œuvre de nos mains

N’aura chacune pour son vivre

Que quatre deniers de la livre[2].

Et de ce ne pouvons-nous pas[3]

Assez avoir viande[4] et draps[5] ;

Car, qui gagne (dans) la semaine

Vingt sous, n’est mie[6] hors de peine.

Ey sachez vraiment a estrouz[7]

Qu’il n’y a celle[8] d’entre nous

Qui ne gagne vingt sous au plus :

De cela serait riche un duc !

Et nous sommes en grand’poverte[9] :

S’enrichit de notre deserte[10]

Celui pour qui nous travaillons,

Des nuits grand ’partie nous veillons

Et tout le jour, pour (y) gagner ;

On nous menace a maheignier[11]

Nos membres, quand nous reposons,

Et pour ce reposer n’osons.

(Le Chevalier au Lion, vers 5298-5327)

   


[1] Peine.

[2] Pour une livre d’ouvrage.

[3] Nous ne pouvons pas.

[4] Nourriture.

[5] Vêtements.

[6] Pas.

[7] Clairement.

[8] Pas une.

[9] Pauvreté.

[10] Mérite, service.

[11] De maltraiter, de mutiler.

 

Moyen Age amour courtoise