Juliana Berners, première écrivaine sportive

  Pêche a la ligne (Caillebotte, 1878 )

   Contemporaine de Christine de Pisan, Juliana Berners est anglaise. Née en 1388 et orpheline de père (exécuté à la hache pour complot), elle vivait à la cour avec sa mère et ses trois frères. Elle était férue de chasse aux cerfs et aux faucons, privilège des rois et des grands seigneurs. Son grand ami et conseiller était Edouard, duc d’York, cousin du roi et occupant l’une de plus hautes fonctions du royaume : il portait le titre de « Maître des Jeux ». A ses côtés, elle s’initie à tous les secrets de la chasse et de la pêche à la ligne, devenue à la mode.  

   En 1415, le duc d’York partit guerroyer en France et fut tué à Azincourt, fameuse victoire anglaise. Juliana prit alors le voile à l’Abbaye de Saint-Alban.

   Pendant cinq ans, elle pria en silence, s’efforçant d’oublier la cour et ses souvenirs. Mais dans le jardin du couvent passait une rivière, le Ver et Juliana s’attardait près des poissons. Elle fabriqua une ligne, tressa un fil avec des crins de couleurs, selon les règles apprises autrefois et se mit à pêcher.  Paisibles et consolatrices haltes au bord de l’eau. Elle y méditait mieux que dans sa cellule et sentait tomber sur elle, comme elle devait l’écrire plus tard, « en même temps que la bénédiction de Dieu, la protection de saint Pierre, patron des pêcheurs. »   

   Elle fut nommée prieure, mais les responsabilités du couvent ne lui firent pas oublier son passe-temps favori ; bien au contraire : elle s’aperçut que la pêche à la ligne constituait un précieux appoint à la nourriture de la communauté. N’oublions pas que le Moyen Age imposait cent jours maigres par an. Toutes les religieuses se mirent donc à pêcher. Juliana leur apprit à préparer des appâts compliqués, comment confectionner les fils ainsi que les mouches artificielles. 500 ans plus tard, des millions de pêcheurs à la ligne utiliseront ses méthodes.  

   Elle entreprit alors un travail original : écrire, en s’aidant de ses souvenirs, un traité de chasse suivi d’un traité de pêche.

   35 ans après sa mort, l’instituteur de Saint-Alban, se trouvant dans le parloir, vit traîner des copies du manuscrit. IL avait monté la deuxième presse d’Angleterre et trouve ces textes dignes d’être publiés.

   Immense succès ! Quelques années plus tard, Wynky de Worde en publiait une deuxième édition puis donnait en 1532 une édition séparée du Traité de la Pêche à la ligne, étonnant best-seller qui ne cessa d’être réédité.

   En s’aidant de la technique de Juliana, des générations de voyageurs, hors-la-loi, soldats lui durent de ne pas mourir de faim. Rien de plus facile, en effet, que de transporter hameçons et mouches.

   Il fallait un hiver entier à Juliana pour fabriquer une belle ligne. Elle faisait elle-même son fil avec 15 poils de cheval blanc au moins. Selon les saisons, elle préparait ses appâts pour chaque genre de poissons (ses poissons préférés étant la truite et l’omble). Elle faisait cuire des abeilles ou de la chair de chat… Ses mouches artificielles furent les premières utilisées dans l’Histoire.

   Elle accordait une réelle valeur morale à la pêche, supérieure à la chasse : sport doux, contemplatif, joyeux, innocent, solitaire (donc fait pour la prière).

   Ajoutons que les sports au Moyen Age étaient nombreux : chasse, tournois, joutes à mains nues, jeux de boules et de paume.

Juliana Berners — Wikipédia (wikipedia.org)

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