Au Cours-la-Reine

Le Cours-la-Reine, rendez-vous galant au début du XVIIe siècle

Le Cours-la-Reine

   Le carrosses se multiplient et occasionnent bouchons et embouteillages, notamment au Cours-la-Reine, promenade à la mode, importée d’Italie par Marie de Médicis. On cède le passage aux princes du sang et à la famille royale. Les laquais se battent pour que le carrosse de leur maître ou maîtresse passe en premier, foule multicolore de livrées (jusqu’au milieu du 17e siècle, ils portent une livrée grise uniforme). Les carrosses achoppent à la porte, un arc de triomphe décoré de statues, pas toujours ouverte et surveillée par un gardien. On parle de « l’horrible confusion des carrosses, les uns voulant y entrer, les autres en sortir. »

   Un voyageur anglais décrit ainsi le Cours-la-Reine : « C’est un espace d’environ un mille anglais de longueur, planté de quatre rangées d’arbres avec une grande place circulaire au centre. […] C’est là que les beaux et belles de la cour vont prendre l’air et se divertir. » Furetière, dans son Dictionnaire, au mot cours écrit : « lieu agréable où est le rendez-vous du beau monde pour se promener à certaines heures. » Les arbres (des ormeaux) sont plantés sur ordre de Marie de Médicis en 1616.

   Les poètes imitent Ronsard :

« Madame, allons au cours ; allons vois si la rose

Que les rais du soleil ont ce matin déclose

N’a point perdu son pourpre et son beau teint vermeil. »

   Et brocardent les carrosses à six chevaux :

« Carrosses on attelle, on ne voit que brillants ;

Des dames, les amis, les voisins, les galants,

Accostent la portière et, feignant la rencontre,

Après les compliments se mettent à la montre. »

   A la montre, c’est-à-dire se donnent en spectacle. Verbiage galant… On imagine les coquetteries de ces dames qui ne songent qu’à blesser des cœurs infortunés… D’autres ont plus de chance :

« Chacun monte en carrosse, et Dieu sait les discours

Que l’on tient là-dedans du joli jeu d’amour. »

   Un voyageur étranger remarque la politesse qu’il juge excessive, la complexité des révérences et se moque : « Il faudrait presque aller à une école de danse pour apprendre à se dire le bonjour. » Il est scandalisé car les dames se laissent embrasser en public. Il semble qu’on puisse les « courtiser en tous lieux et en toutes saisons sans que cela tire à conséquence. » Nous n’en doutons point…

Sources : La Fleur des rues, Michel Chaillou, Fayard, 2000.

* * *    

Ajouter un commentaire

 
×