Château de Grignan

Mme de Grignan en son château, lieu de villégiature

Chateau de Grignan      Comme nous l'avons écrit dans un autre article, les Lettres de Mme de Sévigné sont intéressantes à plus d'un titre. On peut considérer certaines d'entre elles comme un reportage sur la vie quotidienne au Grand Siècle.

   Ainsi, dans une de ses lettres à Mme de Grignan, la marquise, après l'un de ses nombreux séjours, se livre à diverses considérations concernant la vie au château de Grignan.       

   Au 17e siècle, le château était déjà considéré comme lieu de villégiature [ce qui s’accentuera au siècle suivant], comme le rapporte Mme de Sévigné : « Vous avez une tribu à Grignan, ma chère fille, mais ils sont tous si aimables que l’on doit se réjouir avec vous de cette bonne compagnie. Mais il y a aussi les amis, les hôtes de passage. Vous avez donc, ma bonne, chez vous, présentement, toute la foire de Beaucaire ! Vous êtes ordinairement 100 à Grignan et 80 dans les grands retranchements ? Je ne m’en tiens pas non plus à vos 64 personnes sans les gardes ! »

   Il est vrai que le comte de Grignan, lieutenant général de Louis XIV en Provence, entretenait une petite cour dans son château et se plaisait à recevoir les grands personnages de la cour. Le château s’y prêtait. Son ampleur avait permis d’installer une longue galerie, élément clé de prestige. À côté des pièces de réception, le château était découpé en appartements, au moins 17, véritables suites avec chambre, garde-robe, cabinet, oratoire et communication directe avec une salle. L’étendue des appartements du maître et de la maîtresse de maison avait de quoi surprendre.

   Un détail : la « salle » restait le lieu majeur des sociabilités, mais le terme de salon, systématique au 18e, fit déjà son apparition au 17e pour désigner une pièce de réception avec une fonction située à mi-chemin entre la salle, trop collective et déjà démodée toujours selon Mme de Sévigné, et la chambre ou le cabinet, trop privés.

Boni de Castellane et le château de Grignan

Boni de Castellane   Boni (Boniface) de Castellane (né en 1867), le célèbre dandy, voulait ressusciter le château de Grignan, Mme de Sévigné faisant partie de ses ancêtres : « Cette demeure, propriété de mes ancêtres depuis François Ier jusqu’à Louis XIV inclus, s’élève sur une montagne fortifiée qui abrite dans ses flancs une basilique où reposent plusieurs membres de la famille de Castellane. Ces souvenirs m‘incitèrent à l’acheter : j’ai le culte des morts de mon nom. Quand les revers m’obligèrent à me défaire de mes biens, je conservai néanmoins les cimetières qui y sont attachés. Ces terres des morts sont les seules que je possède aujourd’hui... »

   Qui y avait-il, entre autres, dans ces cimetières ? Mme de Sévigné et sa fille, Mme de Grignan bien entendu.

   Boni de Castellane voulait restaurer le château, y créer un musée du midi de la France et en faire un lieu de réunion pour les hommes de lettres méridionaux, tels Moréas ou Mistral.

   Hélas, Boni de Castellane finit ruiné, son projet généreux ne vit pas le jour et il ne put racheter Grignan. C'est sa femme, la richissime Annie Gould, dont il était divorcé, qui l'acheta...

 

Télévision : Grignan avec Feydeau mais sans Mme de Sévigné !

   Le vendredi 24 juillet 2015, le J.T. de 20 heures sur TF1 se terminait par un reportage sur un spectacle d’été au château de Grignan : il s’agissait d’une pièce de Feydeau. Je n’ai rien contre lui. Toutefois, j’attendais une allusion, si minime soit-elle, à l’histoire de ce château – la caméra zoomait allègrement sur la merveilleuse façade Renaissance -, à Mme de Grignan, au moins à Mme de Sévigné… Rien ! Les journalistes prennent-ils les spectateurs pour des êtres incultes ? À moins qu’ils le soient devenus, eux-mêmes, incultes ! À moins que Grignan, dans leur imaginaire, soit connu de tous les téléspectateurs ? À moins, et fort probablement, qu’ils aient reçu des directives de la chaîne du style : « Nous sommes une chaîne tous publics (qu’est-ce que ça veut dire, au fait ?), restons simples ! Le Français moyen n’en a rien à faire de Mme de Sévigné… ». C'est certainement vrai, hélas...  

   Où allons-nous ?

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