Coiffures

Coiffures féminines à la fin du XVIIe siècle

   Selon les témoignages du temps, deux coiffures ont particulièrement marqué les esprits. 

Coiffure à la huluberlu   * La coiffure à la hurluberlu

   Dans les années 1670, les élégantes doivent abandonner la coiffure traditionnelle et se contenter de leurs vrais cheveux, plus courts, bouclés et sans le moindre petit bout de tissu : une hérésie !

   Mme de Sévigné écrit à ce propos le 18 mars 1671 : « Elle [Mme de Nevers] avait donc tous les cheveux coupés sur la tête, et frisés naturellement de cent papillotes qui lui font souffrir toute la nuit mort et passion. Tout cela fait une petite tête de chou ronde, sans nulle chose par les côtés : toute la tête nue et hurlupée […]. Cela est au point que le roi et les dames en pâment de rire. » Quelle honte d’être « en vrai fanfan », selon son expression imagée ! Mais Mme de Sévigné « se rend », adopte la coiffure à la mode et promet à sa fille de lui envoyer une poupée de mode coiffée selon le style nouveau.

   Cette coiffure hurlupée est dite aussi à l’hurluberlu et dure jusqu’en 1676 environ. Jusque-là, ce style tout en boucles était réservé aux enfants.

Coiffure à la fontange   * La coiffure à la fontange

   En 1680 apparaît la fontange, mise à la mode par Angélique de Fontanges, la nouvelle maîtresse du roi, âgée de 17 ans. Cette coiffure durera jusqu’au début du XVIIIe siècle. En 1694, Edme Boursault écrit une pièce satirique, Les Mots à la mode, où il se moque des autres coiffures, la bourgogne, la jardinière, la souris, l’effrontée, le crève-cœur, etc.

      En 1690, on invente une variante à la fontange, la commode : des mèches sont enroulées autour de morceaux de tissu placés les uns sur les autres de manière à former une série de tiroirs. Lors des grandes réceptions à Versailles, on devait être coiffée en papillons avec des aigrettes, des bijoux, des plumes et des diamants qui étincelaient sur fonds de miroirs et de bougies.

   Avec le temps, ces coiffures prennent de la hauteur grâce à une forme en fil de fer recouverte de tissu sur laquelle les mèches de cheveux (vrais et faux) pouvaient être attachées et d’où retombaient des rubans.

   Ces styles dérivés deviennent de plus en plus complexes et les coiffures atteignent jusqu’à soixante centimètres de haut. En 1713, Saint-Simon affirme : « C’était un bâtiment de fil d’archal, de rubans, de cheveux et de toutes sortes d’affiquets de plus de deux pieds de haut qui mettaient le visage des femmes au milieu de leur corps. »

   On dispose d'une lettre de Mme de Sévigné datée du 15 mai 1691, adressée au duc de Chaulnes. En voici un extrait :

   « Parlons maintenant de la plus grande affaire qui soit à la cour. Votre imagination va tout droit à de nouvelles entreprises ; vous croyez que le roi, non content de Mons et de Nice, veut encore le siège de Namur : point du tout ; c’est une chose qui a donné plus de peine à Sa Majesté et qui lui a coûté plus de temps que ses dernières conquêtes ; c’est la défaite des fontanges à plate couture : plus de coiffures élevées jusques aux nues, plus de casques, plus de rayons, plus de bourgognes, plus de jardinières : les princesses ont paru de trois quartiers moins hautes qu’à l’ordinaire ; on fait usage de ses cheveux, comme on faisait il y a dix ans. Ce changement a fait un bruit et un désordre à Versailles qu’on ne saurait vous représenter. Chacun raisonnait à fond sur cette matière, et c’était l’affaire de tout le monde. On nous assure que M. de Langlée a fait un traité sur ce changement pour envoyer dans les provinces : dès que nous l’aurons, monsieur, nous ne manquerons pas de vous l’envoyer... »

   Toutefois, la mode des fontanges durera jusqu'au début du 18e siècle.  

   * Les perruques 

   Bien entendu, il ne faut pas omettre l’engouement pour les perruques[1] qui date de 1670 environ, symbole du statut social et du pouvoir dans toute l’Europe. Les marchands de cheveux font fortune : ils envoient des « coupeurs » à travers toute l’Europe. Les mèches doivent mesurer au moins dix centimètres. Les cheveux hollandais étaient réputés les plus beaux ; en France, on préférait les cheveux des Normandes. Le nec plus ultra était la couleur blond cendré, la plus chère, quarante fois plus que les cheveux châtains. Cinq cents grammes de cheveux châtains revenaient à 150 livres (à peu près 7000 euros). En Angleterre, on préférait les cheveux noirs.

   Binet, maître-perruquier de Louis XIV, tient boutique rue des Petits-Champs et fournit les grands seigneurs.  À Versailles, le cabinet des perruques se situe près de sa chambre ; elles sont posées sur des « termes ». Il dispose de modèles pour la chasse, l’intérieur, les soirées d’appartement, etc.

   * Nouvelle mode 

   La fin du XVIIe siècle connaît une pénurie des cheveux et, à partir de 1713, les grandes coiffures disparaissent. À l’étranger, on se moque de ces fontanges, comme en témoigne un article du journal The Spectator du 22 juillet 1711 ; l’épouse de l’ambassadeur d’Angleterre, la duchesse de Shrewsbury, raille ouvertement l’aspect qu’offrent les fontanges vues de dos. Saint-Simon écrit que les dames de la cour abandonnèrent la fontange « avec une rapidité surprenante ». Prévaut alors le style opposé avec des cheveux plats, « l’extrémité du plat », souligne le mémorialiste, un style imité par toute l’Europe. Montesquieu, dans les Lettres persanes (1721), rapporte que « les ordonnances de leurs coiffeurs [des Français] sont portées dans toutes les toilettes d’Europe.   


[1] Il semble que Louis XIV, devenu chauve très jeune, soit à l’origine de cette mode.

Coiffeurs pour dames

   Les coiffeurs sont une grande nouveauté au XVIIe siècle car toucher la chevelure des dames est un geste qui relève de l’intimité. Il ne s’agit pas, d’ailleurs, de s’occuper uniquement des cheveux : les coiffeurs y ajoutent divers éléments : bouts de tissus, dentelles, taffetas, etc. Ils attirent très vite les faveurs des grandes dames bien qu’une comédie satirique soit donnée au théâtre du Marais en 1663, titrée Champagne le coiffeur.  

   Le mot entre dans le Dictionnaire de l’Académie en 1694 sous l’appellation : « coiffeurs et coiffeuses à la mode ».

   Tallemant des Réaux en parle dans ses Historiettes : le coiffeur ne demande rien mais « lorsqu’il coiffait une dame, il disait ce que telle et telle lui avaient donné, et quand il n’était pas satisfait il ajoutait : elle a beau m’envoyer quérir, elle ne m’y tient [ne me verra] plus. »

   Une demi-douzaine de coiffeurs répertoriés est rassemblée avec les joailliers autour du Palais-Royal, non loin du Louvre.

   Certaines coiffeuses demeurent célèbres : Mlles d’Angerville, Le Brun et Mlle Canilliat que l’on dit la meilleure : nommée coiffeuse officielle des ballets de la Cour, elle le restera jusqu’en 1698. Mlle Poitiers, rue Saint-Honoré, est également très réputée. Les courtisans se font coiffer chez Mlle Cochois, dans le quartier du Marais : elle est spécialisée dans les grandes coiffures et les arrangements complexes.

      Dès janvier 1678, Le Mercure galant [1] parle de mode des « coiffeurs », au sens fort du terme : de nombreuses coiffeuses (Mlle Borde, Mlle Matin) en sont victimes et sont peu à peu contraintes d’abandonner leur art.

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Notes

[1] Le Mercure galant, premier journal, est lancé par Jean Donneau de Visé en 1671 (ou 1672) et dicte la conduite des élégantes.

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