Contemporain(e)s et Versailles

Mme de Sévigné (Lettres)

   Mme de Sévigné fait ici la gazette de la Cour de Versailles dans une lettre adressée à Gontaut, début 1683. Elle écrit à propos des « soirées d'appartement » (cf. infra) :

   « Ce qui plaît souverainement, c'est de vivre quatre heures entières avec le souverain, être dans ses plaisirs et lui dans les nôtres. C'est assez pour contenter tout un royaume qui aime passionnément à voir son maître. Je ne sais à qui cette pensée est venue, mais Dieu la bénisse, cette personne ! »

   Mais elle n'est pas toujours aussi méprisante, se montre ravie lorsque sa fille, pas encore Mme de Grignan, danse au bal de la cour et lorsqu'elle-même, invitée à Saint-Cyr pour assister à une représentation d'Esther, est saluée par le roi. Dans une autre lettre, elle se montre également admirative d'une soirée dans la Grande Galerie, éclaboussée de lumières.

A propos d'une participation de Mme de Grignan à une fête versaillaise en novembre 1684

Mme de Grignan   Nous ne disposons pas de lettres de Mme de Sévigné concernant ce mois de novembre 1684 à Versailles pour la bonne raison qu’elle séjourne alors dans son domaine breton. Par contre, sa fille s’y trouve, comme en témoigne cette lettre écrite des Rochers :

   « … Mme de La Fayette m’a mandé que vous étiez belle comme un ange à Versailles, que vous avez parlé au roi, et qu’on croit que vous demandez une pension pour votre mari. Je lui répondrai négligemment que je crois que c’est pour supplier Sa majesté de considérer les dépenses infinies que M. de Grignan a été obligé de faire sur cette côte de Provence, et voilà tout… ».

   On peut imaginer la fierté de Mme de Grignan, orgueilleuse et hautaine (selon les témoignages du temps) participant à ces fêtes versaillaises...   

A propos de la Grande Galerie

   La première Galerie des Glaces, qu’on appelait alors « Grande Galerie » était fort différente de celle que l’on voit aujourd‘hui. Dans son ouvrage Versailles au temps des rois (1), G. Lenotre nous en livre une description dithyrambique. Il écrit :  

« La Grande Galerie était une délicieuse symphonie de blanc, de gris et d’or. On y voyait des tables et des vases d’albâtre à bordures de bronze, de grandes torchères et des tabourets d’argent massif fondus et ciselés aux Gobelins, d’après les dessins de Lebrun, des tables d’argent, de grandes pièces d’orfèvrerie, des candélabres à huit branches, des caisses d’argent (2) d’où s’élevaient des orangers (3) toujours verts, des girandoles, scabellons, bancelles, buires, aiguières, en argent massif. Des lustres de cristal et d’argent étaient suspendus à la voûte par des cordelières de fleurs ; aux dix-sept fenêtres pendaient des rideaux de damas bleu broché d’or. Par terre, d’immenses tapis de la Savonnerie. La discrétion de la tonalité générale faisait valoir l’Olympe des plafonds, supportés par des pilastres de marbre gris à chapiteaux d’or terni, séparant des arcades de glaces d’une remarquable blancheur, serties de cadres en cuivre ciselé. »

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Notes 

(1) JMG Editions, 2009 (première édition 1932).

(2) Louis XIV fit fondre ses meubles et sa vaisselle d’argent pour financer ses dernières guerres.

(3) Comme au Louvre. Nostalgie de Louis XIV ?

La princesse Palatine (Lettres)

Le Palais-Royal au 17e siècle   I. La Palatine préfère Versailles à Paris

   Astreints à participer à la vie de cour, Monsieur, le frère du roi, et Madame, la princesse Palatine, ont toutefois, le droit de passer quelques semaines par an au château de Saint-Cloud et de séjourner de loin en loin à Paris au Palais-Royal, leurs résidences personnelles. Cependant, la Palatine n'aime pas Paris, comme en témoignent différentes notations au cours des années.

   « A Paris, on vole plus que jamais et on s’y prend de plus d’une manière. L’autre jour, les voleurs virent une calèche où étaient deux dames. Elles avaient des poinçons de diamants dans la commode. Ils se mirent à crier ; « Mesdames, arrêtez, arrêtez, la flèche de votre carrosses est rompue, vous allez verser. » Le cocher arrête et veut voir ce qui en est, les dames aussi. Elles mettent la tête à la portière ; les filous leur arrachent la commode avec les diamants et se sauvent avec. » (1er février 1693)

   « Dès que je suis seulement deux heures à Paris, j’ai mal à la tête, et il me prend à la gorge un picotement qui me fait constamment tousser. Je ne peux pas non plus y faire grand-chose, attendu que les cuisines sont au-dessous de ma chambre ; enfin je ne peux ni chasser ni voir la comédie avec plaisir ; car d’abord il faut se faire conduire au théâtre en voiture, et, quand on y est, on ne peut pas voir à son aise comme ici [1], le théâtre étant toujours si plein de spectateurs qu’ils sont pêle-mêle avec les acteurs, ce qui est très désagréable [2]. Et puis il n’y a rien de plus ennuyeux que les soirées à Paris : Monsieur joue le lansquenet à une grande table dont il ne m’est pas permis d’approcher ; je ne peux pas même me montrer au jeu, car Monsieur a la superstition de croire que je lui porte malheur quand il me voit ; cependant il veut que je me tienne dans la même chambre que lui. Toutes les vieilles femmes qui ne jouent pas me tombent alors sur le dos et je dois les entretenir. Cela dure depuis sept heures jusqu’à dix, et me fait horriblement bâiller. Tous les deux jours, je dois aller passer l’après-midi à Port-Royal [3] pour ne rien changer à mes anciennes habitudes, mais je ne trouve plus à y aller le même plaisir qu’autrefois, et cela est devenu pour moi une servitude. Vous voyez bien, d’après tout cela, qu’il m’est impossible de vivre gaiement à Paris. Ici, au contraire, je suis très tranquille. Si le temps le permet, je vais à la chasse ; quand il y a comédie, je n’ai que quelques marches à descendre, et je suis dans la salle. Il n’y a personne sur le théâtre, de sorte que je vois la comédie dans tout son lustre, et, de plus, elle ne me coûte rien. Y a-t-il appartement, j’entends la musique, et après la musique, je ne suis pas obligée d’entretenir de vieilles femmes comme à Paris ; j’ai donc moins de raisons de m’ennuyer. Les jours de rien, je reste tranquillement seule dans mon cabinet où le temps ne me dure jamais. Tandis qu’à Paris, il y a toujours quelque contretemps ; on n’y peut jamais faire comme on veut, car les heures ne sont pas réglées comme ici : en somme, il n’y a rien à Paris qui ne me déplaise. » (16 janvier 1695)   

   « Je ne sais pas ce que les Allemands trouvent de si plaisant à Paris, car j’en vois peu y venir qui ne tombent horriblement malades. S’il m’était permis et possible de courir partout, de faire tout ce qui me passe par la tête, et de ne voir que les gens qui me plaisent, peut-être trouveras-je Paris joli et gai. Mais vivre dans une contrainte perpétuelle et se mal porter, il n’y a pas là de quoi rendre un séjour agréable. Ici [à Versailles] je suis cent fois plus tranquille ; j’y continue d’aller beaucoup à la chasse ; depuis neuf jours que nous y sommes, j’ai déjà chassé quatre fois : deux fois le cerf et deux fois le loup. Je crois que l’exercice à pied est plus favorable à la santé que le cheval mais je suis devenue trop lourde et je ne peux plus bien marcher ; je m’en tiendrai donc au cheval aussi longtemps que je le pourrai. Depuis que je suis à Versailles, je me trouve incomparablement mieux qu’à Paris. » (27 novembre 1695)

   Toutefois, le palais de Versailles ne trouve pas forcément grâce à ses yeux : « Le roi avoue lui-même qu'il y a des fautes dans l'architecture de Versailles. Cela vient de ce que, dans le principe, il ne voulait pas y bâtir un si vaste palais, mais seulement faire agrandi un petit château qui s'y trouvait. Par la suite, l'endroit a plu au roi : mais il ne pouvait y résider, vu l'insuffisance du logement. Alors, au lieu de faire abattre entièrement le petit château et d'en construire un grand sur un dessin nouveau, il a, pour sauver l'ancien château, fait élever des constructions tout autour, le recouvrant, pour ainsi dire, d'un beau manteau, et cela a tout gâté. » (Lettre du 5 novembre 1699).

   Gâté ? Voire ! Ce qui est certain, c'est que Louis XIV était attaché à la mémoire de son père Louis XIII qui avait fait construire un petit pavillon de chasse, un « château de cartes », dit Saint-Simon péjorativement au beau milieu de nulle part. Plus encore, le roi fit installer sa chambre, qui donne sur la cour de marbre, au beau milieu de ce bâtiment.    

   L'illustre ennemie de la Palatine, Mme de Maintenon, n'aime pas davantage Versailles : « Avec Sa Majesté, il n'y a que grandeur, magnificence et symétrie qui vaillent. On doit supporter les vents coulis au risque d'y laisser sa santé. Il faut périr pour la symétrie. » 

II. Trianon

   « Je suis très bien logée ; j’ai quatre chambres et un cabinet dans lequel je vous [à sa tante la duchesse de Hanovre] écris. Il a vue sur les sources, comme cela s’appelle. Les sources sont un petit bosquet si touffu qu’en plein midi le soleil n’y pénètre pas. Il y sort de terre plus de cinquante sources qui font de petits ruisselets larges d’un pied [4] à peine, et que, par conséquent, l’on peut tous enjamber ; ils sont bordés de gazons et forment de petites îles suffisamment larges pour y mettre une table et deux chaises, de façon à pouvoir y jouer à l’ombre. Des deux côtés, il y a de larges degrés, car tout en un peu en pante [5] (je ne saurais pas dire cela en allemand) ; l’eau court aussi sur ces degrés et fait de chaque côté une cascade. C’est, comme vous voyez, un endroit très agréable. De mon côté, les arbres entrent presque dans les fenêtres ; aussi appelle-t-on les corps de logis où sont la princesse de Conti, M. le dauphin, moi et Mme la duchesse [6], Trianon-sous-Bois. Ce n’est pas ici comme à Marly, car personne n’y peut entrer que les invités ; dans l’après-midi, tout le monde peut venir, et l’on joue [7] toute la journée jusqu’au souper. » (21 juin 1705) 

Trianon-sous-Bois : site officiel du Château de Versailles

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Notes

[1] Versailles.

[2] La scène est alors occupée par les fauteuils des privilégiés.

[3] La communauté de Port-Royal-des-Champs avait une maison au faubourg Saint-Jacques. Cf. l’actuel boulevard de Port-Royal.

[4] Un pied équivaut à 30 cm à peu près.

[5] Orthographe originale respectée. Madame fait des fautes de français. Il semble également qu’elle oublie quelque peu sa langue maternelle.  

[6] La duchesse de Bourgogne.

[7] Le jeu, fléau de la cour.

Saint-Simon (Mémoires)

   Saint-Simon critique Versailles [1] dans ces lignes restées célèbres des Mémoires :

   « … Le plus triste et le plus ingrat de tous les lieux, sans vue, sans bois, sans eau, sans terre, parce que tout y est sable mouvant ou marécage, sans air par conséquent, qui n’y peut être bon. Il [Louis XIV] se plut à tyranniser la nature, à la dompter, à force d’art et de trésors. Il y bâtit tout l’un après l’autre, sans dessein général ; le beau et le vilain furent cousus ensemble, le vaste et l’étranglé. Son appartement et celui de la reine y ont les dernières incommodités, avec les vues des cabinets et de tout ce qui est derrière les plus obscures, les plus enfermées, les plus puantes.

   Les jardins, dont la magnificence étonne, mais dont le plus léger usage rebute, sont d’aussi mauvais goût. On n’y est conduit dans la fraîcheur de l’ombre que par un vaste zone torride, au bout de laquelle il n‘y a plus, où que ce soit, qu’à monter et à descendre, et avec la colline, qui est fort courte, se terminent les jardins. La recoupe [2] y brûle les pieds ; mais, sans cette recoupe, on y enfoncerait ici dans les sables, et là dans la plus noire fange. La violence qui y a été faite partout à la nature repousse et dégoûte malgré soi. L’abondance des eaux forcées et ramassées de toutes parts les rend vertes, épaisses, bourbeuses ; elles répandent une humidité malsaine et sensible, une odeur qui l’est encore plus.

   Du côté de la Cour, l’étranglé suffoque, et ces vastes ailes s’enfuient sans tenir à rien […]. On ne finirait point sur les défauts monstrueux d’un palais si immense et si immensément cher, avec ses accompagnements, qui le sont encore davantage : orangerie, potagers, chenils, grande et petite écuries pareilles, communs prestigieux ; enfin une ville entière où il n’y avait qu’un très misérable cabaret, un moulin à vent et ce petit château de cartes que Louis XIII y avait fait pour n’y plus coucher sur la paille, qui n’était que la contenance étroite et basse autour de la Cour de Marbre, qui en faisait la cour, et dont le bâtiment du fond n’avait que deux courtes et petites ailes. Mon père l’a vu, y a couché maintes fois. Encore ce Versailles [de Louis XIV] n’a-t-il pu âtre achevé ; parmi tant de salons entassés l’un sur l’autre il n’y a ni salle de comédie, ni salle à banquets, ni de bal […]. Des murailles enfin, qui par leur immense contour enferment comme une petite province du plus triste et du plus vilain pays du monde … »

   Et Saint-Simon continue à vitupérer sur Clagny [3], le domaine de Maintenon et Marly qu’il accuse d’être « la fortune d’un repaire de serpents et de charognes, de crapauds et de grenouilles… ».

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Notes

[1] Il lui préfère Saint-Germain, « une ville toute faite ».

[2] Graviers provenant de la coupe des pierres.

[3] Bâti pour Mme de Montespan en bordure du parc, passé au duc du Maine.

A propos des soirées d'appartements

   « Il y a appartement », disent les familiers de Versailles, expression codée qui désigne les réceptions offertes et présidées par le roi dans les salles d’apparat. Elles naissent en 1682, six mois après l’installation définitive de la cour à Versailles en mai et ont lieu les lundis, mercredis et jeudis des mois d’hiver. Saint-Simon écrit : « C’était le concours de toute la Cour, depuis sept heures du soir jusqu’à dix, que le Roi se mettait à table, dans le grand appartement, depuis un des salons du bout de la grande galerie jusque vers la tribune de la chapelle. » En 1683 (mort de la reine), l’annexion des pièces donnant sur la cour de marbre et réservées désormais à l’usage du roi libère totalement le grand appartement, ouvert sur le parterre du nord, consacré à ces réceptions. Chaque salon a une affectation précise. Le salon d’Apollon par exemple est dévolu à la musique et à la danse. La famille royale joue à la bassette ou au lansquenet dans le salon de Mercure. Dans le salon de Mars, jadis salle des gardes, se tient le jeu auquel succèdent concert ou bal (parfois, le jeu occupe toute la Grande Galerie). Le billard occupe le salon de Diane, les trois buffets de boissons chaudes et rafraîchissements investissent le salon de l’Abondance. La collation est servie sur des tables dans le salon de Vénus.

   Durant ces soirées, règnent davantage de liberté et de familiarité, le roi devisant aimablement et interdisant qu’on se lève à son approche : l’étiquette suspend quelque peu ses rigueurs.

   Mais la Palatine dénonce leur monotonie et le roi, avec l’âge, s’y fait plus rare.

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 Sources : Dictionnaire du Grand Siècle, François Bluche, Fayard, nouvelle édition 2005, Article de Jean-François Solnon, maître de conférences à l'université de Franche-Comté.  

Manière de montrer les jardins de Versailles, par Louis XIV

Statue d'Apollon dans les jardins de Versailles   Le roi Louis XIV, amoureux des jardins de Versailles, rédige un guide à l’intention de ses invités, ou plutôt il le dicte à un secrétaire, en l’annotant de sa main. En voici un très court extrait :

   « En sortant du château par le vestibule de la cour de Marbre, on ira sur la terrasse ; il faut s’arrêter sur le haut degré pour considérer la situation des parterres, des pièces d’eau et des fontaines des cabinets, il faut ensuite aller droit sur le haut de Latone et faire une pause pour considérer Latone, les lézards, l’Allée royale, il faut après tourner à gauche pour aller passer entre les sphinx, on fera une pause pour voir le parterre du Midi, et après on ira droit sur le haut de l’Orangerie, en passant on regardera la petite fontaine du satyre qui est dans un des bosquets, on tournera autour du dragon et l’on fera considérer les jets et la pièce de Neptune... »

   Nous nous permettons d'ajouter ces lignes, crime de lèse-majesté, après avoir recueilli les impressions diverses des habitués du parc.

   Le premier nous dit : « Le plus noble endroit du parc est sans aucun doute l'entrée de l'allée royale, appelée aussi le Tapis vert où se dresse la Milon de Croton, athlète grec qui voulait fendre un arbre avec ses mains et demeura prisonnier du tronc. »

   Un autre conseilla : « Après le bassin d'Apollon, suivez l'Allée Royale jusqu'au Canal aux gondoles. Le bassin transversal mène à Trianon, à une lieue du palais. »

   Une marquise effrontée et gourmande indiqua : « Vous pouvez pénétrer dans le parc par la porte des Suisses qui donne justement sur la pièce d'eau des Suisses. La grille dorée à côté donne sur le potager, chef-d'œuvre de Monsieur La Quintinie. »

   Un duc du bel air nous informa : « Après la grille des matelots, s'étendent un petit bois et une clairière où se règlent dans le sang les affaires d'honneur. »  

   Un page rapporta : « J’aime particulièrement le bosquet de rocailles où l'eau ruisselle sur les rocailles et les coquillages rapportées de l'Île de Madagascar. »

   Une douairière nous confia : « Le bassin de Latone est décidément admirable avec le char d'Apollon et l'Encelade. »

   Nous apprîmes aussi que les marronniers de Versailles furent importés d'Inde.

   Nous demandâmes alors : « Quand séjourner à Versailles ? »

   On nous répondit : « En été ? N'y songez pas. Le château est vide tout comme la ville car la cour se transporte à Compiègne. C'est la même chose à l'automne : tout le monde est à Fontainebleau pour la chasse. Le roi aime tant la forêt ! Par hasard, nous nous trouvions l'autre jour dans notre équipage sur la route de Compiègne. Une véritable expédition, un déménagement ! Nous avons compté entre deux cents et trois cents carrosses et une multitude de voitures de service occupés par des cochers et des garçons d'attelage, des grands seigneurs, ministres, commis, chapelains, aumôniers, officiers des gardes du corps, écuyers de La Grande Écurie, officiers de la Bouche et du Commun, dames d'atours, médecins et apothicaires, valets de pied, comédiens et chanteurs. Tout ce monde emporte son mobilier, ses ustensiles, sa batterie de cuisine, son argenterie, son linge… »

La parc de Versailles

   Avant que Louis XIV s'empare du village de Versailles, la région n'était que forêts, guérets, roselières et marécages. Le village comptait quelques chaumières, une église, des cabarets, un moulin et une pêcherie. Autour du pavillon de chasse construit par Louis XIII, le parc, resté sauvage, était un grand terrain de chasse. Le climat était malsain en raison des étangs alors qu'à Saint-Germain, la cour jouissait d'un air excellent et d'une belle vue sur la Seine et Paris. Les deux hostelleries les plus anciennes de Versailles sont « A la Corne de Cerf » et « À l'Image de Notre-Dame de Versailles ».

   Aujourd'hui, les roses n'ont plus d'odeur. Au XVIIIe, la mode était aux roses « cuisses de nymphes », petites, rondes, d'aspect sauvage et qui embaumaient.

   Richard, le jardinier de Louis XVI, présenta à la reine Marie-Antoinette les premières cinéraires poussant à Versailles. 

   Pour apprécier toutes les beautés de ce domaine de 850 hectares, je vous conseille la lecture de l'ouvrage Le Jardinier de Versailles (Alain Barabon, Grasset, 2006) où j’ai puisé ces renseignements.  

On y apprend maintes choses sur les fleurs, les plantes, les arbres, le potager créé par La Quintinie, jardinier de Louis XIV et tout un tas de détails parfaitement inutiles mais passionnants.

Versailles sous Louis XV

   Le roi Louis XV respecte le château de Louis XIV. Il n’effectue que des modifications intérieures, à la recherche de refuges intimes, cadres et gages de liberté. Il fait aménager le salon d’Hercule en 1725, immense salle séparant la chapelle des grands appartements. En 1752, il fait démolir le grand degré - dit l’escalier des ambassadeurs - qui ne servait plus et en proie à des actes de vandalisme. Le Petit Trianon est construit de 1762 à 1764 par Gabriel, à l’origine pour Mme de Pompadour, mais elle n’a pas le temps d’en profiter. L’Opéra de Gabriel est construit après la mort de la Pompadour, de 1768 à 1770.

   Au sujet du goût du roi pour les appartements intimes, Cheverny écrit : « Il aimait le particulier par goût » mais « sentait que sa place exigeait le contraire. » D’où un écartèlement entre la sphère privée et publique, une des causes de son mal-être. À l’aide de Mme de Pompadour, il parvient à se ménager dans l’espace et le temps des plages de détente où il vit en simple gentilhomme, à Versailles mais aussi à Compiègne, Fontainebleau, Marly et dans tous les petits châteaux d’Ile de France comme Saint-Hubert, Choisy ou La Muette.

   Versailles est un « théâtre à machines », disait-on, le cadre alternatif d’une double existence. Dans les petits cabinets, le protocole est inexistant, les ducs n’ont plus le pas sur les vicomtes. Le premier étage reste royal, le deuxième est aristocratique certes, mais aimable et discret.

   Du reste, Louis XV ne couche pas dans sa chambre d’apparat, à la différence de Louis XIV : il y fait trop froid ! Il y vient et en repart - pour les levers officiels - vêtu d’une robe de chambre, traversant le cabinet du Conseil. D’ailleurs, les horaires du lever sont irréguliers : à la différence de son aïeul, il fixe chaque soir l’heure du futur réveil.

Sources : Louis XV, François Bluche, Perrin, 2000

   Marie-Antoinette, à son tour, va s’y aménager des petits appartements à son goût avant d’investir Trianon qui deviendra sa véritable demeure et dont elle fera son symbole : architecture, décoration intérieure, meubles, jardins, manière de vivre, tout proclame ce qu’elle est profondément, une jeune femme raffinée mais naturelle, spontanée et affectueuse, gaie et rêveuse et sans doute amoureuse.

A lire

Vue du château et des jardins de Versailles (Patel, 1668)

   On peut lire l'Histoire de Versailles de Jean-François Salmon (Perrin, 2003). C'est un ouvrage agréable, petit et assez bien fait, pour les « amateurs ». J'entends par là que les spécialistes n'apprendront rien de bien nouveau.

Voici la quatrième de couverture :

   « Versailles, ce n'est pas un palais sorti tout achevé de la volonté de Louis XIV, mais un interminable chantier commencé sous Louis XIII, embelli par Louis XV. Au début, rien ne prédisposait un site aussi ingrat à accueillir la résidence de la Cour. Elle deviendra pourtant l'emblème de la splendeur royale. La vie quotidienne y est réglée comme un ballet, jalonnée de fêtes somptueuses, mais aussi prisonnière de mille incommodités, le froid, le bruit, les vols, la saleté. Les courtisans qui s'y pressent y sont souvent mal logés. Mais l'histoire de Versailles ne s'arrête pas au siècle de Louis XIV. Le château fut sauvé de la destruction par la Révolution. La Troisième République naquit en ses murs. Aujourd'hui encore, il accueille le Parlement réuni en congrès et les sommets internationaux. Organisme vivant, Versailles ne cesse d'écrire la grande et la petite histoire de France. »

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