Développement du parfum

Flacon à parfum ancien   Depuis la Renaissance, le « parfum » concerne toute substance désignant une odeur agréable et dégageant des effluves : pastilles que l’on fait brûler, pots-pourris, poudre, savons, gants, etc.  On utilise d’abord des parfums italiens.

   L’industrie française du parfum naît en 1656 (lettres patentes). Sous la direction de la Compagnie française des Indes orientales, on commence à cultiver des herbes aromatiques sur les îles françaises de l’Océan Indien, l’île de France (notre île Maurice) et l’île Bourbon (La Réunion actuelle). On découvre le patchouli et le vétiver.

   En 1673, Colbert promulgue son Ordonnance du Commerce afin de réguler les différents secteurs du commerce de luxe : c’est la naissance de la corporation des gantiers-parfumeurs, l’une des six corporations les plus puissantes, avec l’accès libre de droits de douane aux produits étrangers, d’où l’importation massive de plantes aromatiques.   

   Colbert déclare la ville de Grasse « capitale » du parfum. La ville passe de la fabrication des gants de cuir parfumé à la production d’huiles à base de fleurs : jasmin, violette et tubéreuse importée du Mexique en 1670. On utilise également les fragrances locales comme la lavande ou la « fleur d’orange » (d’oranger).   

   Avant la naissance de ces parfums fleuris, on utilisait la civette (sécrétion musquée de la poche anale d’un mammifère carnivore d’Asie), l’ambre gris (fourni par les entrailles du cachalot) et le musc (sécrété par le mâle porte-musc qui vit en Asie).

   A Paris, les boutiques se spécialisent dans tel ou tel produit parfumé. On achète les savons et les poudres près du pont Saint-Michel, les pots-pourris rue Croix-des-Petits-Champs, l’eau de fleur d’oranger rue de l’Arbre-Sec près du Louvre (la boutique se nomme À l’Orangerie). Il existe également des stands sauvages (pas d’intermédiaires) près du Louvre, à l’angle de l’église de Saint-Germain-L’auxerrois. La boutique la plus célèbre est sans doute La Toison d’or de Simon Barbe.     

   Le Parfum français paru en 1693 codifie la fabrication et l’utilisation du parfum. Les lectrices (et les lecteurs) apprennent les méthodes pour se parfumer le corps, l’art de parfumer les accessoires de mode (gants, mouchoirs) et de fabriquer des pots-pourris. Les femmes utilisent des « sachets de senteur », petits coussins parfumés glissés dans les sous-vêtements qui ont également pour mérite d’accentuer les formes et, peut-on lire, de « corriger les imperfections. »   

   On lance la mode des poudres parfumées et colorées pour cheveux et perruques. À la fin du siècle, la couleur gris-blanc, appelée poudre « argentine », est très appréciée. On la répand sur les cheveux à l’aide de soufflets ou, mieux, de « poudrières ». Les dames dorment avec une coiffe ou un bonnet de nuit en taffetas.

   Notons toutefois que Louis XIV n’aime pas les parfums (1), sauf la fleur d’oranger dans sa jeunesse. La raison en est, semble-t-il, que la galerie du Louvre était décorée d’orangers en pots… D’où, peut-être, l’Orangerie de Versailles ? Nostalgie… Les parfums lui donnent des vapeurs et des vertiges et il supporte difficilement ceux dont s’inonde Mme de Montespan. La princesse Palatine, belle-sœur de Louis XIV, écrit dans sa lettre du 8 novembre 1713 : « Notre roi aime beaucoup la cannelle, mais S.M. ne peut souffrir l’ambre. Dès qu’il sent un parfum, il entre en transpiration et a des points à la tête : il faut immédiatement brûler du papier. »    

   En 1709, c’est la commercialisation de l’Aqua Admirabilis à Cologne par l’italien Feminis. Quant au fameux Fargeon, il commence sa carrière en 1718.     

Sources : Du Style, Joan DeJean, Grasset, 2006.

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Notes

(1) Dans son ouvrage Le Livre des sens (Grasset, 1991), Diane Ackerman semble contredire Joan Dejean. Elle écrit en effet : « Louis XIV avait toute une armée de domestiques commis à la seule tâche de parfumer ses appartements avec de l'eau de rose et de la marjolaine, de faire bouillir ses chemises et autres vêtements dans un mélange de clous de girofle, de noix de muscade, d'aloès, de jasmin, d'eau de fleurs d'oranger et de musc. Il tenait à ce qu'un nouveau parfum fût créé chaque jour à son usage. »

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