Journalisme naissant

Prix Renaudot, hommage au premier journal (1631)

Gazette de France (Renaudot)   Théophraste Renaudot publie en 1631 La Gazette de France, premier journal, qui paraîtra jusqu'en 1915.

   C'est ainsi que le prix Renaudot rend hommage à ce pionnier.

   « En 1926, dix critiques littéraires patientent en attendant la délibération de l'Académie Goncourt. Les débats sont souvent longs et houleux ; les journalistes s'ennuient. L'un d'entre eux propose alors de profiter de ces réunions annuelles pour décerner eux aussi des lauriers et rectifier la choix de l'Académie qu'ils jugent souvent injuste. Le prix Renaudot est né. [...] Chaque année, deux livres sont choisis par le jury, au cas où le lauréat aurait déjà été primé par le prix Goncourt. Décerné chaque année dans le même lieu que ce dernier et peu de temps après lui, le prix Renaudot a effectivement souvent mis en lumière des écrivains majeurs qui n'avaient pas été récompensés par le Goncourt, comme Céline, Aragon, Butor ou Perec. »

  Le Goncourt permet de vendre environ 380 000 livres et le Renaudot 220 000.

Sources : La Littérature pour ceux qui ont tout oublié, Catherine Mory avec la collaboration de Daniel Berlion, Larousse, 2013.

Histoires, romans et journalisme

Le Mercure galant   En 1672, Donneau de Visé fonde le Mercure galant et promet à ses lecteurs avides de calomnies, satires et anecdotes diverses de leur faire connaître ce qu’il y a « de particulier et qui n’est pas su de tout le monde » dans les nouvelles publiques, les « véritables circonstances » des procès, morts et mariages. Il annonce également « quelques aventures nouvelles en forme d’histoire », le public cherchant des clefs secrètes à toutes les histoires : qu’elles en eussent ou non, elles contenaient la vérité vécue de la société contemporaine. La gazette fournit ainsi une pléiade d’histoires courtes, reproduites dans des recueils jusqu’au second tiers du 18e siècle, imitées ou démarquées par des romanciers qui ne citaient pas leurs sources.

   Le roman a donc des accointances avec le journalisme naissant. On aime compléter l’histoire en en révélant les secrets ; les auteurs appellent nouvelle historique, nouvelle historique et galante, et à partir de 1690, histoire secrète, un récit où ils prétendent expliquer des événements publics par quelque intrigue amoureuse, une vengeance personnelle, une rivalité, un incident d’ordre privé dans lequel aurait été impliqué un personnage historique. L’Histoire secrète de Marie de Bourgogne, par Mlle de la Force, ajoute des inventions aux données historiques ; au-delà de l’histoire secrète, on tombe dans l’histoire scandaleuse avec l’Histoire amoureuse des Gaules ou Les Amours des dames illustres de France.

   En marge du roman se développe donc une littérature de polémique et de calomnie ou des Mémoires apocryphes qui feront les beaux jours des gazettes subversives au siècle suivant.

Le siècle suivant multiplie les échanges

   Après avoir donné son ouvrage majeur, La Crise de la conscience européenne (1935), Paul Hazard analyse ici le développement des échanges littéraires.  

   « Les particuliers correspondaient, donnaient des nouvelles moins de leur vie privée, de leurs intérêts, de leurs amours, que du mouvement des esprits : tel livre vient de paraître, telle tragédie vient d’être sifflée. Les sociétés savantes correspondaient. Des écrivains à gages avaient pour métier de donner aux princes d’Allemagne la primeur des produits de Paris. Les journaux, autrefois le répertoire des richesses indigènes [françaises], étaient envahis par le compte-rendu des livres d’outre-mont, d’outre-mer ; d’autres se fondaient tout exprès pour actives les échanges, Bibliothèque anglaise, Bibliothèque germanique, Journal des nouveautés littéraires d’Italie, Journal étranger ; d’autres encore invoquaient jusque dans leur titre leur caractère européen : L’Europe savante, Histoire littéraire de l’Europe, Bibliothèque raisonnée des savants de l’Europe, etc. En les lisant, comme dit un journal italien, « les hommes qui jadis étaient Romains, Florentins, Génois ou Lombards, devenaient tous plus ou moins Européens. »

Sources : Paul Hazard, La Pensée européenne au XVIIIe siècle de Montesquieu à Lessing, Fayard, 1963.  

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