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Les domestiques au 17e siècle

La Servante paresseuse (Nicolas Maes)

Pour le 18e siècle, voir ici

   Valets et servantes forment la catégorie des domestiques. Ils sont alors fort nombreux (environ 10% de la population parisienne). Il est inconcevable, dans les milieux aristocratiques, d’effectuer soi-même des travaux domestiques. Les domestiques, outre leur fonction bien réelle dans la maison, ont une valeur symbolique : ils donnent une indication sur le statut social de leur maître. La bienséance fixe d’ailleurs des règles très précises : un grand seigneur est obligé d’avoir environ 50 domestiques à son service alors qu’un simple bourgeois peut se contenter d’un valet ou d’une servante. Le costume des domestiques a aussi son importance : ceux des grands seigneurs portent une livrée, uniforme aux couleurs de leur maître et dont le luxe reflète la richesse de la maison où ils servent.

   Certains domestiques ne servent qu’à représenter leur maître : les coureurs, par exemple, précédent le carrosse en portant la nuit un flambeau. Les laquais sont également des domestiques de représentation, l’essentiel étant qu’on les voie bien, derrière le carrosse ou à quatre pas derrière leur maître, à pied.

L’organisation d’une grande maison

   Les grands seigneurs s’efforcent de s’entourer d’une « maison » dont l’organisation rappelle celle des maisons royales. On distingue trois grandes catégories. En haut de la hiérarchie, figurent les grands officiers, nobles. Parmi eux, le gentilhomme chargé d’accompagner le seigneur à la chasse ou à la promenade : la demoiselle suivante, chargée de suivre la maîtresse dans tous ses déplacements. Puis viennent les officiers de deuxième classe regroupant les maîtres d’hôtel, le personnel de l’écurie, de la vénerie et de la fauconnerie, l’aumônier, le secrétaire, le précepteur, le sommelier, etc. Enfin viennent les titulaires des bas offices, d’origine routière.

Conditions de vie  

1/ Refuge contre la misère

   Les domestiques issus de famille pauvres échappent à leur condition et sont protégés des soucis matériels une fois chez leurs maîtres. Souvent, ils sont aussi pris en charge lorsqu’ils sont vieux et malades. Le maître a des devoirs de protection envers lui : si le domestique veut le quitter, il doit veiller à bien établir celui qui lui a été fidèle.

2/ Gages et récompenses

   Dans les maisons bourgeoises, l’essentiel du salaire des domestiques est constitué du logement et de la nourriture, assurés par le maître. On distingue :

  • Les domestiques à récompense qui servent gratuitement et reçoivent une certaine somme à la fin de leur service. Cette somme est variable, peut être élevée, et versée lors du mariage du domestique (dot pour les filles) ou lorsque ce dernier se retire.      
  • Les domestiques à gages travaillent pour un salaire annuel fixe. Le montant est régulé par les actes royaux. Ils ne doivent pas être trop élevés, même en période de pénurie de domestiques, après des guerres ou des pestes. Le maître reste prioritaire, il doit pouvoir rester riche. En cas de contestation de paiement des gages entre le maître et son domestique, c’est le maître qui a la faveur des tribunaux.

3/ Servitude

   Le logement du domestique est médiocre : une paillasse ou un matelas, un traversin et une couverture dans des réduits, sous des escaliers ou dans des dortoirs. Dans les grandes maisons, le valet et la femme de chambre dorment toujours juste à côté de la chambre des maîtres pour être disponibles à toute heure de la nuit. Le domestique n’a aucun espace personnel. Il possède parfois un coffre où il peut ranger ses vêtements mais que le maître peut faire ouvrir s’il le souhaite.

   Ce n’est qu’à la fin du 18e siècle que, pour protéger la vie familiale des maîtres qui devient plus privée, l’espace s’aménage autrement, et que les domestiques commencent à avoir des chambrettes sous les toits. Dans les ménages modestes, la servante doit se contenter d’une couchette dans la chambre de sa maîtresse ou d’un coin dans la cuisine. De même, les domestiques ne mangent pas à la même table que le maître, ni la même chose. Ce sont souvent les restes qui sont servis à l’office.

4/ D’autres avantages

   Les domestiques bénéficient des avantages de leurs maîtres : exempts des corvées de route, de loger les gens de guerre et du tirage au sort pour la milice[1]. Ils adoptent également des habitudes de vie qui les rapprochent des maîtres : ils reçoivent des vêtements à peine portés, se nourrissent abondamment, épargnent de l’argent en vue de leur mariage, savent lire et écrire et se comportent souvent avec insolence envers ceux qu’ils estiment inférieurs à leur maître.

   En revanche, s’ils perdent leur place, les domestiques peuvent retomber dans la misère. Il apparaît souvent dans les archives judiciaires et registres des hôpitaux qui, à l’époque, recueillent plus de pauvres que de malades.  

Qu’est-ce qu’un maître attend de son valet et une maîtresse de sa servante ?

   Les domestiques sont un travail de nettoyage considérable, non par souci d’hygiène mais pour répondre à l’orgueil de leur maître qui peut recevoir des visites à n’importe quel moment. Dans les grandes maisons, le travail est divisé et les tâches sont spécialisées. Dans les maisons bourgeoises plus modestes, elles sont cumulées : la femme de chambre doit pouvoir remplacer la cuisinière.   

   Par ailleurs ils doivent être toujours disponibles : pas de temps libre, sauf certains jours fériés. Ils ont rarement une vie de famille et restent souvent célibataires. Ils travaillent continuellement et quand ils ont fini, ils doivent aider leurs collègues. Ils doivent sortir le moins possible. Dans certaines maisons, ils sont soumis à l’appel du soir. On recommande de loger la cuisinière dans une pièce attenante à la cuisine afin qu’elle n’ait aucun prétexte pour s’en éloigner.

   La journée de travail est très longue[2]. Elle commence entre 4 et 6 heures du matin et si les maîtres reçoivent le soir, les domestiques veillent très tard.

   Pourtant, dans tous les manuels, on dénonce l’oisiveté des domestiques. Mais le maître étant responsable du salut de son domestique, il doit faire en sorte de toujours l’occuper car l’oisiveté mène au vice (!).

   L’obéissance doit être sans faille. Les rapports ne sont pas toujours cordiaux et les domestiques doivent supporter humiliations et mépris. Les protestations, l’insolence et la désobéissance sont considérées comme des fautes graves, sanctionnées par la justice[3]. Ce n’est qu’en 1778 qu’une ordonnance de police interdit aux maîtres de frapper les domestiques.    

Quelles lois réglementent la condition de domestique ?     

   La condition des domestiques est très réglementée, sous le contrôle de la police et les infractions sont sévèrement punies.

   Les domestiques doivent leur condition sociale à leur maître. Sans lui, ils sont asociaux et donc suspects. Ils sont donc très contrôlés par la police dans leurs embauches, leurs déplacements et chez leur logeur entre deux places. Lorsqu’il souhaite partir, le domestique doit recevoir un congé écrit qu’il doit présenter au nouveau maître pour pouvoir être réengagé. Ce document doit contenir la cause pour laquelle il a été congédié. Si le maître refuse de délivrer ce certificat, le valet doit s’adresser à un commissaire de quartier qui, après enquête, lui en délivre un. Les maîtres ne peuvent engager personne sans certificat. Le domestique qui fait une fausse déclaration ou qui quitte son maître sans congé est considéré comme un vagabond. Il est alors passible de prison. Au 18e siècle, la loi limite à un mois la durée pendant laquelle un domestique peut rester à Paris après avoir quitté son maître.   

   Il est interdit aux domestiques de porter des armes sous peine de châtiment corporel. Pourtant, il est d’usage de se faire accompagner en voyage par des laquais armés. Dans bien des villes, l’entrée des jeux et des théâtres est interdite aux domestiques à cause des désordres qu’ils provoquent.

   Le vol domestique, considéré comme un crime contre nature, est passible de la peine de mort. Les maîtres hésitent à porter plainte en raison de cette sévérité et se contentent le plus souvent de renvoyer le domestique par compassion, mais aussi pour éviter qu’un gibet soit dressé devant leur porte et les désigne à la réprobation générale.

   Les relations sexuelles hors mariages sont interdites. Les domestiques mères célibataires sont nombreuses et représentent l’illustration la plus tragique de la détresse qui peut menacer les servantes, souvent séduites et abandonnées par leur maître ; elles risquent de ne plus trouver une parce qu’elles ont un enfant. Pour lutter contre les risques d’infanticide, Henri II prévoit en 1556 que les femmes non mariées qui n’ont pas déclaré leur grossesse et dont l’enfant est mort sans avoir reçu les saints sacrements seront punies de la peine de mort. Une déclaration de 1708 renouvelle cet édit et en impose la lecture à la messe tous les trois mois. Quant au domestique soupçonné d’avoir eu des relations sexuelles avec sa maîtresse ou la fille de son maître, il est passible de la peine de mort ou des galères, même si la partenaire déclare qu’elle était consentante. Par ailleurs, les veuves avec enfants qui épousent leur domestique ne peuvent leur faire aucune donation et sont interdites de toute disposition de leurs biens en faveur des enfants qu’ils pourraient avoir.    

A la cour

   Sous Louis XIV, ils sont 4 000. Leur statut est particulier : ils ont acheté leur charge ou office et sont des officiers du roi. Cependant, la catégorie qu’ils forment est très hétérogène : rien de commun entre un grand officier de la Couronne et un artisan fournisseur de la cour.

   1/ Les commensaux du roi sont les officiers qui ont le privilège de manger à la cour et de servir le roi. Ils ont acheté leur charge et peuvent l’effectuer par quartiers : quelques mois un semestre ou un an.  Le service est récompensé par d’importantes pensions. Mais les dépenses induites par le train de vie à la cour sont également considérables.

   2/ Le premier gentilhomme de la chambre du roi est noble. Il exerce également une fonction domestique auprès du roi, fonction très enviée : le matin, il sert le roi au petit-déjeuner et le soir, il demande au souverain l’heure prévue pour son réveil ; il prépare la chaise percée du roi et organise les audiences quand celui-ci est sur sa chaise… Il est responsable de la sécurité royale dans la chambre mais aussi des pages, des menus, de l’argenterie et du linge du roi.   

3/ Le Premier valet de chambre du roi est introduit dans les « secrets du roi ». Il joue le rôle de secrétaire particulier, le préfixe secret reprenant ici toute son importance étymologique.


[1] Le peuple est souvent invité à participer à l’effort de guerre : c’est l’impôt du sang. Les villageois doivent proposer l’un d’entre eux pour deux ans par tirage au sort.

[2] Pour les autres métiers, le temps de travail est souvent fixé en fonction du jour : quand la nuit tombe, le travail cesse.

[3] En 1722, un domestique insolent fut condamné à 10 livres d’amende, 3 années de bannissement de Paris et 2 heures de carcan. 

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