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Lettres et manuscrits de femmes

Femmes : lettres et manuscrits autographes

Femmes lettres et manuscrits autographes     « Je sçay que la gloire d’une femme consiste à ne faire point parler d’elle » écrit Hortense Mancini dans ses Mémoires, en 1675.

   Et pourtant...
 

   Plus de mille cinq cents manuscrits de femmes de lettres ou de pouvoir ont été dispersés les 18 et 19 novembre [2014] à Paris, salle Favart. Cette vente a été orchestrée par la maison Ader.  

   La collection Claude de Flers est née au XIXe siècle, grâce à la passion du marquis de Flers - Hyacinthe-Jacques Pellevé de La Motte-Ango (1803-1866) - pour les écrits de personnages plus ou moins illustres. Cette passion s’est transmise aux générations suivantes et la collection s’est enrichie au fil des années, comprenant plusieurs milliers de documents dont ces mille cinq cents lettres et manuscrits, exclusivement écrits par des femmes « intelligentes, émouvantes, héroïnes, martyres, amoureuses, mères, épouses, spirituelles, insouciantes, mystiques, muses, cruelles, etc. »  

   « On découvre à travers ces écrits le rôle essentiel qu’ont pu jouer les femmes, notamment dans la transmission des valeurs, l’évolution de la civilisation et des idées, un pouvoir qui ne pouvait pas toujours être révélé », note le collectionneur.  

   Ces lettres ont été répertoriées dans un beau catalogue illustré qui couvre six siècles de l’histoire des femmes, de 1376 à 1984. Il est introduit par Claude de Flers et par Thierry Bodin, expert en autographes et documents historiques du moyen-âge jusqu’à nos jours. Il contient également un précieux index.  Dans un déroulement chronologique, les documents sont organisés en 36 chapitres, explique Thierry Bodin en préambule à l’ouvrage, qui « permettent d’allier des affinités et de former, au sein d’un défilé historique, des ensembles cohérents, en particulier ceux sur les Précieuses, les nièces de Mazarin, Madame de Sévigné, Madame de Maintenon, la famille et les maitresses de Louis XV, les salons et l’Europe des Lumières, Madame de Staël, la famille d’Orléans, Juliette Drouet et Victor Hugo, ou Georges Sand... ».

    Avant leur dispersion, les lettres ont été exposées le 21 octobre à l’Institut des Lettres et Manuscrits (21 rue de l’Université - 2, rue Gallimard 75007 Paris).

_ _ _ Fin de citation

Sources : FloriLettres, Revue littéraire de la Fondation La Poste, Numéro 158, novembre 2014

Hier et aujourd'hui

L'Amour au coin de l'écranRomantisme et amour virtuel

   Dans son ouvrage L’Amour au coin de l‘écran[1] (Albin Michel, 2012), Pascal Couderc considère qu’un monde violent entraine un idéal romantique et relève des points communs entre le mouvement romantique (fin 18e siècle-début 19e siècle) et notre monde virtuel. « Les romantiques, seuls et exilés, regardaient le mode depuis leur refuge, comme aujourd’hui l’on peut se tenir hors de la furie du monde, derrière son ordinateur... Le romantisme est né dans un moment sociohistorique qui voyait émerger une société matérialiste en engendrant un profond malaise, un moment où les valeurs semblaient en perte de vitesse. » On eut donc recours à la nature ave Rousseau (cf. notre écologie), à la foi avec Chateaubriand (cf. les mouvements religieux ou spirituels actuels), à l’amour avec Hugo, Lamartine, Musset et Sand, ces deux derniers étant les champions de l’amour épistolaire.

   L’auteur considère également que l’amour pur est né bien avant le romantisme dans l’imaginaire occidental avec Paul et Virginie, Roméo et Juliette, Tristan et Iseult, à l’origine des contes de fées hors de toute sexualité. « L’irruption du corps signe le début des ennuis. » Nos héros, comme les internautes, ne peuvent se rejoindre. Perrault ou Grimm, afin de garder la pureté de cet amour, font mourir leurs héros ou se taisent pudiquement après cette phrase : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. »     

Sensibilité littéraire des Français

   Les amours épistolaires font partie du fonds culturel commun avec les Lettres portugaises (Guilleragues, 1669), Les Liaisons dangereuses (Laclos, 1782), la correspondance entre George Sand et Musset, Hugo et Juliette Drouet, Kafka et Milena, Anaïs Nin et Henry Miller. Ainsi, les courriels amoureux feraient renaître cette fibre littéraire, alors que plus personne ne s’écrivait via la poste depuis un certain temps.

Aimer l’autre ou l’amour ?

   Selon l’auteur, il faut se demander si l’on aime l’amour ou bien l’autre. Il cite cette phrase de l’héroïne des Lettres portugaises à son amant qui l’a abandonnée : « J’ai éprouvé que vous m’étiez moins cher que ma passion, et j’ai eu d’étranges peines à la combattre, après que vos procédés injurieux m’ont rendu votre personne odieuse ». Elle poursuit ainsi : « J’écris plus pour moi que pour vous. »         

    


[1] Écrit en collaboration avec Catherine Siguret.

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Date de dernière mise à jour : 12/03/2021