Muse historique

La Muse historique : de la lettre au journal

   Marie d’Orléans, née en 1625 du premier mariage du duc de Longueville avec Louise de Bourbon, belle-fille de la fameuse duchesse de Longueville, est connue sous le nom de Mlle de Longueville. Elle épousera en 1657 le duc de Nemours.

   Dans sa résidence de Coulommiers, elle accueille et protège le gazetier Jean Loret. Pour la remercier et la divertir, il lui adresse (de 1650 à 1665), chaque samedi, des lettres en vers, contenant les nouvelles du temps. A sa demande d’ailleurs, puisque dans sa première lettre datée du 12 mai 1650, il écrit :

« Puisque votre cœur le désire,

Je fais dessein de vous écrire

Les bruits qui courent quelquefois

Parmi la cour et le bourgeois,

Mais Honny (sic) soit qui mal y pense. »  

    Elle y prend plaisir, ainsi que son entourage et le petit nombre de personnes dans la confidence. Grand succès : on les copie en plusieurs exemplaires et le manuscrit devient un ouvrage imprimé. À partir du 29 septembre 1652, les lettres paraissent chaque semaine sous forme de feuilles volantes chez Charles Chenault, « imprimeur ordinaire du roy, au bout du pont Saint-Michel, à l’entrée de la rue de la Huchette. »

   Ce que l’auteur désigne comme des Lettres en vers – il s’adresse à une princesse -, le public le nomme Gazette burlesque et très vite Muse historique, Muse convenant mieux à une production poétique que gazette, terme réservé aux relations en prose.

   La Muse historique satisfait la curiosité des lecteurs : Loret y donne des nouvelles de la cour et de la ville, de la province et de l’étranger. Il écoute et rapporte ce qu’il entend dans les ruelles du vieux Paris, dans le grand et le petit monde, les dernières comédies, les ballets à la mode, les morts, mariages et liaisons. Il ne néglige pas la politique. À chaque lettre, il donne un titre : la muse est enjouée, positive, délicate, pompeuse, familière, taciturne, plaisante, voire enrhumée… Les deux derniers vers de chaque lettre la datent, comme celle-ci :

« Le vingt-cinq mars j’ai fait ces vers

Souffrant cinq ou six mots divers. »

   Grand intérêt documentaire donc, événements publics et littéraires, existence quotidienne dans les milieux les plus divers, le climat d’une époque... et le premier (et unique ?) journal en vers !

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Commentaires (1)

Boudet Jean-Pierre
  • 1. Boudet Jean-Pierre (site web) | 28/09/2018
Bonjour,

Je vous propose un échange de lien avec mon site consacré aux origines de la presse française http://www.histopresse.com On y trouve des extraits de la Muse Historique de Loret et bientôt du Journal des Dames (époque Louis XV). Je viens de commencer ce site avec les journaux de ma collection.

Merci pour votre attention. Cordialement: JP Boudet chroniqueur à la Dépêche du Midi.

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