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Parodie du portrait

   Charles Sorel, en 1659, a tourné ce genre en ridicule dans sa Description de l’Île de Portraiture. Molière s’en est également moqué dans Les Précieuses ridicules. Même dans la fameuse Galerie des Peintures de Segrais, se trouve, au milieu de tant de portraits flatteurs, une caricature amusante, le Portrait de Mme de le Grenouillère, dont voici un fragment :

   « J’ai les yeux à fleur de tête et assez gros, mais ils sont ouverts d’un peu trop et ronds, et, pour ne rien déguiser, ils ressemblent à des yeux de lapin blanc. Ils ont un autre défaut encore, c’est qu’ils ne sont pas assez éloignés du nez ; le mien est aquilin et fort pointu, avec une butte fort considérable au milieu, et tout le monde juge que des lunettes ne luis siéraient pas mal ; il est un peu tordu, il rougit au froid, et en hiver il est toujours paré d’une roupie [...] Outre cela, j’ai les gencives plus rouges que le corail, et je ne laisse pas d’avoir l’haleine puante à cause de la mauvaise constitution de mon estomac... »

   Et, dans son Dialogue des héros de roman, Boileau a raillé la fadeur habituelle des portraits à la mode, en faisant lire devant Pluton par Sapho, la poétesse grecque, ce portrait de Tisiphone, l’une des trois Furies :

   « Tisiphone a naturellement la taille fort haute, et passant de beaucoup la mesure des personnes de son sexe ; mais pourtant si dégagée, si libre et si bien proportionnée en toutes ses parties, que son énormité même lui sied admirablement bien. Elle a les yeux petits, mais pleins de feu, vifs, perçants et bordés d’un certain vermillon qui en relève prodigieusement l’éclat. Ses cheveux sont naturellement bouclés et annelés, et l’on peut dire que ce sont autant de serpents qui s’entortillent les uns dans les autres et se jouent nonchalamment autour de son visage... »

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