« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mme d'Aulnoye

Contes de fées

Mme d'Aulnoy   Mme d’Aulnoye, petite-nièce de Mme des Loges, se fit connaître par la publication de contes de fées qui connurent une grande vogue après Perrault.

   Après une vie agitée (mariée à seize ans avec un époux de plus de quarante ans, elle se débrouilla pour le faire embastiller, s’enfuit en Flandre puis en Angleterre), elle ouvrit en 1685 un salon réputé : y fréquentaient la princesse de Conti, la comtesse de Murat, les Deshoulières. Pastorales et contes de fées devinrent à l’ordre du jour.

   Elle adorait en effet les enfants et publia La Chatte blanche, Le Nain jaune et surtout L’Oiseau bleu. Des récits de voyages aussi : Mémoires de la cour d’Espagne, Relation du voyage d’Espagne, Nouvelles espagnoles. Emprunts et plagiats divers : a-t-elle vraiment franchi les Pyrénées ? Certains y voient au contraire une verve picaresque annonçant Lesage et Beaumarchais.

   Paul Hazard, dans sa Crise de la conscience européenne, ne doute pas un instant de la véracité de ce voyage et cite la Relation du voyage en Espagne (1691) à propos de l'engouement pour l'Opéra ; l'Espagne serait en retard et Mme d'Aulnoye se moque : « Il n'a jamais été de si pitoyables machines ; on faisait descendre les dieux à cheval sur une poutre qui tenait d'un bout du théâtre à l'autre ; le soleil était brillant par le moyen d'une douzaine de lanternes de papier huilé dans chacune desquelles il y avait une lampe ; lorsque Alcine [il s'agit de l'opéra de Haendel, Alcine] faisait des enchantements, et qu'elle invoquait des démons, ils sortaient commodément de l'enfer avec des échelles... »

   Elle témoigne également de l'étiquette à la cour espagnole : « Voici comme il est marqué dans l'étiquette que le roi [Charles II] doit être lorsqu'il vient la nuit de sa chambre dans celle de la reine [Marie-Louise, fille aînée de Monsieur, frère de Louis XIV] : il a ses souliers en pantoufles, car on ne fait point ici de mule, son manteau noir sur ses épaules, au lieu d'une robe de chambre dont personne ne se sert à Madrid, son broquet [bouclier] passé dans ses bras, sa bouteille passée dans l'autre avec un cordon ; cette bouteille n'est pas pour boire, elle sert à un usage tout opposé que vous devinerez. Après tout cela, le roi a encore sa grande épée dans l'une de ses mains et la lanterne sourde dans l'autre. Il faut qu'il aille ainsi tout seul dans la chambre de la reine. » (Sources : Marie Mancini, Claude Dulong, Perrin, 1993 et 2002).

   À propos de Marie Mancini, retirée dans un couvent à Madrid : « La connétable me mena dans sa chambre ; j'y pensai geler de froid ; elle était aussi haute qu'un jeu de paume et, à proprement parler, ce n'était qu'un grand grenier. Elle était dans une véritable nécessité, manquant d'argent, fort mal nourrie et encore plus mal logée. » (Sources : ibidem)    

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Réflexions sur les contes de fées : un zeste de psychanalyse anchronique...

Peau d'âne (film)

   La fin du siècle voit le retour en force du romanesque, de l’imaginaire et une étonnante mode, celle des « contes de fées. » De nombreuses femmes s’y essaient, notamment donc Mme d’Aulnoy (Contes nouveaux ou les fées à la mode, 1698) mais aussi Mme de Beaumont plus tardivement (Le Magasin des enfants).

   Mais ce sont les contes de Perrault qui ont le plus vif succès. On peut retenir « Peau d’Âne » et son héroïne mythique, incarnée à l’écran par Catherine Deneuve (Jacques Demy, 1970), un conte incontestablement ambigu qui justifierait à lui seul l’ouvrage Psychanalyse des Contes de fées (Bruno Bettelheim, 1976). Après ses Contes en vers, Perrault s’attelle à ses Histoires ou Contes du temps passé (1697), ces Contes de ma mère l’Oye (dédicacés  la fille de la Palatine), comme dit le frontispice, en prose cette fois, qui lui valent de passer à la postérité.

   Proche du monde des fantasmes, le conte de fées serait une réponse imaginaire et salutaire à un conflit réel ; donnant forme et présence aux tensions et pulsions inconscientes (du « ça »), que par là il exorciserait, il permettrait une jouissance fantasmatique de la transgression ; mais il suggèrerait aussi des solutions en accord avec la personnalité consciente et sociale (le « surmoi »), tout conte étant récit d’une métamorphose, d’une initiation du héros ou de l’héroïne qui parviendrait, à travers obstacles et dangers, à la vie adulte et responsable.

Remarque : lire aussi Morphologie du conte (Vladimir Propp, 1928) d’où provient le fameux « schéma quinaire ».

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Genre littéraire initié par Perrault

   Charles Perrault, champion des Modernes dans la fameuse Querelle, publie paradoxalement en 1697 ses Contes de ma Mère l’Oye. Sur la première page, on peut lire Histoires ou Contes du temps passé. Il y attache si peu d’importance qu’il les publie sous le nom de son fils. Ce premier recueil contient huit contes en prose et autant d'héroïnes (et quelques héros !) : La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, Barbe-Bleue, Le Chat botté, Les Fées, Cendrillon ou la petite pantoufle de vair, Riquet à la houppe et Le Petit Poucet. Trois contes en vers, Grisélidis, Les Souhaits et Peau-d’Âne ont été joints au volume dans les éditions postérieures.

   Ces contes font de Perrault le créateur d’un genre littéraire, celui des contes de fées. Écrits pour des enfants, ils ont charmé les contemporains et sont devenus des chefs-d’œuvre.

   Ces contes sont déjà connus oralement et répétés avec mille et une variantes par les nourrices. Anatole France écrit : « Qu’est-ce que ma Mère L’Oye, sinon notre aïeule à tous, et les aïeules de nos aïeules, femmes au cœur simple, aux bras noueux qui firent leur tâche quotidienne avec une humble grandeur et qui, desséchées par l’âge, n’ayant comme les cigales ni chair ni sang, devisaient encore au coin de l’âtre, sous la poutre enfumée et tenaient à tous les marmots de la maisonnée ces longs discours qui leur faisaient voir mille choses ? »

   Perrault fixe « ces longs discours » : la forme en est classique, concise et définitive. Après lui, on voit surgir une floraison de contes de fées, notamment au 18e siècle avec Mme Le Prince de Beaumont.

   Quant au merveilleux, l’auteur ne se donne pas la peine d’expliquer le pourquoi et le comment des événements surprenants qu’il relate : le « pacte avec le lecteur » est implicite. En cela, il rejoint l’Antiquité : c’est la même simplicité qui préside aux récits mythologiques. Autre paradoxe chez ce farouche partisan des Modernes !         

Sources : Dictionnaire de la Littérature français, op. cit.

Remarque : au tout début du 19e siècle, les frères Grimm ont repris ces contes de fées, en ont ajouté d'autres, puisant dans le folklore germanique. Ils finissent plus mal et ne sont pas dénués de cruauté (Des Knaben Wunderhorn).

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