« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mme de Villedieu

Mme de Villedieu et Les Désordres de l'amour

Hortense Desjardins dite Mme de Villedieu   Tentée par le théâtre puis par la poésie, Mme de Villedieu se consacre au roman après le succès de Cléonice (1669), une œuvre galante railleuse et parodique. Elle sacrifie au goût du temps pour le romanesque historique dans plusieurs recueils de nouvelles où la passion amoureuse apparaît comme le seul moteur de l’action. Ses Mémoires de la vie d’Henriette Sylvie de Molière (1671 ou 1672), suivis de deux « suites aux précédentes aventures », présentent l’autobiographie fictive d’une aventurière. L’âge venant, l’inspiration galante de Mme de Villedieu se teinte de jansénisme.

   Il est tout de même intéressant de remarquer que, en pleine période classique, le roman baroque continue à exister, et Mme de Villedieu, en qui Bayle voit la créatrice du « goût nouveau », cultive en parallèle le goût ancien, changeant de plume quand elle passe de l'un à l'autre.   

   Les Désordres de l’amour (1675) soulignent la dégradation due à la passion.  

   Quatre parties et trois histoires situées à l’époque des guerres de religion sont destinées à montrer les dangers de la passion. Le premier récit peint les coquetteries et les trahisons d’une intrigante, Mme de Sauve, qui sert la politique de sa maîtresse, Catherine de Médicis, en séduisant Henri II, son frère le duc d'Anjou, le duc de Guise et le roi de Navarre (futur Henri IV) : rivalités amoureuses entraînent divisions politiques. La moralité placée à la fin de la nouvelle reprend l'intitulé, à savoir « Que l'amour est le ressort de toutes les autres passions de l'âme. » L'amour, passion néfaste donc.  

   La seconde histoire met en scène le maréchal de Bellegarde et la marquise des Termes, mariée malgré elle, vertueuse et de tempérament froid ; elle rappelle, par une émouvante scène d’aveu, la princesse de Clèves. La moralité en est : « Qu'on ne peut donner si peu de puissance à l'amour qu'il n'en abuse. »

   Le troisième récit, moins conventionnel et mieux construit, présente un amant lâche et ambitieux, compagnon de Henri IV, et une grande princesse capricieuse, fille du chef de la Ligue, Mlle de Guise : ces personnages sans héroïsme, en proie à leurs faiblesses ou conduits par leurs impulsions, sont dépeints avec ironie. La nature humaine est bien laide et « l'amour, conclut Mme de Villedieu, est une fatale manie. Si on la ressent faiblement, elle est une source intarissable de perfidie et d'ingratitude et si on s'y soumet de bonne foi, elle mène jusqu'à l'excès du dérèglement et du désespoir. »

   Une conteuse d'histoire et une moraliste, telle se présente Mme de Villedieu, à l'image de Pascal, La Rochefoucauld, La Bruyère ou La Fontaine. Elle veut à la fois « plaire et instruire ». Son pessimisme amoureux rejoint la philosophie du temps : l'amour n'est que galanterie ou parade mondaine.   

   L’engouement du public est très vif et immédiat. Si l’ouvrage a mal résisté à l’épreuve du temps, il intéresse la critique contemporaine.

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