Mme Guyon

Mme Guyon et le quiétisme

Mme Guyon   Cette doctrine mystique professée par un théologien espagnol, Molinos[1], fut introduite en France par une jeune veuve, Mme Guyon, qui écrivit de nombreux ouvrages de dévotion (quarante volumes !). Les deux principaux étaient Le Moyen court et très facile de faire oraison et Les Torrents spirituels. Elle montre dans ce dernier comment les âmes, en suivant leur pente naturelle, sont entraînées à se perdre en Dieu, à la façon des torrents qui, descendant de la montagne, se confondent dans la mer...

   Elle séduisit Fénelon et de grandes dames, comme les duchesses de Chevreuse et de Beauvillier et, surtout, Mme de Maintenon, et de nombreuses femmes.

   Bossuet, voyant de telles idées se répandre à Saint-Cyr, fit nommer une commission ecclésiastique pour examiner les livres de Mme Guyon. A la suite de ces Conférences d’Issy, Mme Guyon et Fénelon durent signer un formulaire en 34 articles qui définissait la doctrine orthodoxe (mars 1695). L’incident parut clos et Fénelon, nommé archevêque de Cambrai, fut sacré par Bossuet lui-même (10 juillet 1695). Mais Mme Guyon recommença sa propagande, fut emprisonnée à Vincennes et Fénelon eut maille à partir avec l’Église.

   Le public, surtout féminin, s’était passionné pour ce duel entre deux champions célèbres : Bossuet, conservateur et orthodoxe, et Fénelon, épris d’idées nouvelles et tourné vers l‘avenir.

Fléchier, orateur célèbre (notice biographique de l'Académie Française ici), écrivit quatre dialogues en vers, dans lesquels une femme sensée, Flavie, raille une fervente du quiétisme, Clarice. En voici un extrait :

Contre le quiétisme

« Ces passives langueurs, ces transports hors de soi,

Tous ces raffinements ne sont pas faits pour moi.

Il me faut une loi plus simple et plus facile ;

Mon maître est Jésus-Christ, ma règle est l’Évangile.

O vous, contemplatifs de céleste origine,

Et qui participez à la grandeur divine,

Qui par vos actes purs, simples et solennels

Vous mettez au-dessus du reste des mortels,

Travaillez un peu moins à devenir tranquilles[2],

Soyez moins glorieux[3]  et soyez plus utiles[4]

Pour porter le secours et l’exemple en tout lieu,

Descendez quelquefois de l’essence de Dieu,

Avec des actions qui ressemblent aux nôtres,

Et venez ici-bas faire comme les autres.

Pour moi votre oraison a de grands embarras,

Et mon esprit grossier ne s’accommode pas

De la subtilité de vos allégories ;

Les Marthes quelquefois valent bien les Maries[5]. »

Françoise Mallet-Joris écrivit une intéressante biographie : Jeanne Guyon (Grasset, 1979). 

 


[1] Il reprend les idées de Thérèse d’Avila et recommande d’entrer directement en communication avec Dieu par l’extase. Dans son ouvrage La Guide spirituelle (1675), il dépeint la quiétude parfaite (d’où le nom de quiétisme) de l’âme parvenue à la contemplation divine par l’oraison.

[2] Idéal du quiétisme, du latin quies, repos.

[3] Au 17e siècle, glorieux signifie orgueilleux.

[4] Action opposée au rêve et à l’extase.

[5] Les deux sœurs de Lazare, la première active, l’autre contemplative.

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