Nouvelle Pandore

La Nouvelle Pandore ou les femmes illustres du siècle de Louis le Grand (1698)

   Le choix de ces femmes illustres du siècle de Louis le Grand est fait par Vertron (historiographe du roi), ce qui lui vaut le titre de Protecteur du beau sexe.  La première partie comprend près de 260 morceaux de prose et de vers composés par des femmes, dont Mlle Bernard, Mme Deshoulières, Mlle de Chance, Mlle de La Vigne, Mlle de Scudéry.

   Catherine Bernard, romancière et poétesse, est parente de Corneille et Fontenelle. A Paris, elle acquiert d’utiles protections dans les milieux littéraires. En 1687, elle inaugure une série de romans sous le titre général Les Malheurs de l’Amour. Le troisième de ces romans, Inès de Cordoue (1696) est en fait une version de Riquet à la Houppe (Perrault). Le 16 février 1689, elle fait représenter sa tragédie Léodamie : vingt représentations et donc grand succès pour l’époque !  Entre le 18 décembre 1690 et le 18 janvier 1691, une seconde tragédie, Brutus, a droit à vingt-cinq représentations. Il semble que Voltaire ait plagié et même copié certains passages de la pièce, quarante années plus tard. Protégée de l’austère chancelière de Pontchartrain, Mlle Bernard abandonnera le théâtre et le roman. On trouve un certain nombre de ses poésies dans des recueils collectifs de la fin du 17e siècle. Certains, dès le 18e siècle, soutiennent que Fontenelle aurait collaboré à certains de ses ouvrages.

   Mme Deshoulières et la fille d’un maître d’hôtel de Marie de Médicis et d’Anne d’Autriche. Elle reçoit une bonne éducation (latin, espagnol, italien, poésie), fréquente les beaux-esprits du temps (Ménage, Benserade) et écoute les discours de Gassendi dont elle adopte certaines théories. Bayle la cite dans son article sur Spinoza. Elle se lie avec Corneille, La Rochefoucauld et bien d’autres. C’est elle qui dirige la cabale contre Phèdre. Elle tient salon et reste fidèle aux admirations de sa jeunesse, ce dont Boileau la blâme dans une de ses Satires :

« C’est chez elle toujours que les fades auteurs

S’en vont se consoler du mépris des lecteurs…

Là du faux bel esprit se tiennent les bureaux,

Là tous les vers sont bons pourvu qu’ils soient nouveaux… » 

   Lors de la Querelle des Anciens et des Modernes, elle prend parti pour Perrault. Somaize l’inclut dans son Dictionnaire des Précieuses sous le nom de Dioclée. Elle publie ses premiers vers dans le Mercure galant en 1672. Spécialiste de la poésie pastorale, elle compose des idylles et églogues sur la vie de la cour : la mort de Montausier (l’époux de la célèbre Julie d’Angennes), le retour du roi à la santé, la naissance du duc de Bourgogne. Elle chante aussi ses animaux familiers, chien, chatte, mouton et… brebis ! La nature n’est pas absente, chose assez rare en ce siècle pour le signaler :

« Sur les bords fleuris,

Qu’arrose la Seine… »

   La fin de sa vie est assombrie par un cancer ; elle change alors de registre et compose des vers à tendance philosophique.

   Mlle de Chance, fait partie de « l’Académie des douze Anonymes », comme elle le dit avec esprit et une dizaine de poèmes figurent dans La Nouvelle Pandore.

   Anne de La Vigne, renommée pour son esprit et ses vers, se lie avec Descartes, Ménage, Mlle de Scudéry, et bien d’autres. Ses oeuvres ne sont pas réunies en volume mais figurent, éparses, au milieu de diverses publications du temps.    

   Parmi les pièces en prose, Vertron insère dans le premier volume six discours académiques et quatre dans le second dont il est l’auteur, qui traitent du mérite des Dames ou de l’égalité des sexes. On trouve aussi dans ce recueil mention de l’académie des Ricovatri de Padoue, dont Mlle de Scudéry était membre ainsi que trois listes : « Fastes d’Apollon ou catalogue des dames illustres » (première partie : mortes ; seconde partie : vivantes) ; « Nom des illustres savantes modernes dont il est parlé dans les éloges faits par Mlle Buffet. »

Note : Marguerite Buffet (morte après 1680), « faisant profession d’enseigner l’art de bien parler et de bien écrire sur tous sujets », est l’auteur de Nouvelles observations sur la langue française… avec les éloges des illustres savantes tant anciennes que modernes (1668) 

Sources : Dictionnaire de la Littérature française, 17e siècle, op. cit.

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