Mme de Sévigné et Pauline de Simiane

Lettre de Mme de Sévigné du 30 juin 1677 : Pauline de Grignan, future Mme de Simiane

Mme de Simiane, née Pauline de Grignan   Dans sa lettre du 30 juin 1677 à Mme de Grignan, Mme de Sévigné évoque le décès prématuré d'un nouveau-né de sa fille et la console ainsi :

   « ... Pauline me paraît digne d'être votre jouet ; sa ressemblance même ne vous déplaira point, du moins je l'espère. Ce petit nez carré est une belle pièce à retrouver chez vous. Je trouve plaisant que les nez de Grignan n'aient voulu permettre que celui-là, et n'aient point voulu entendre parler du vôtre. C'eût été bien plus tôt fait ; mais ils ont eu peur des extrémités, et n'ont point craint cette modification. Le petit marquis [autre fils] est fort joli, et, pour n'être pas changé en mieux, il ne faut pas que vous en ayez du chagrin. Parlez-moi souvent de ce petit peuple, et de l'amusement que vous y trouvez... »

Envoi des lettres de Mme de Sévigné à Rabutin par Mme de Simiane

   Pauline de Simiane (1674-1737), la deuxième fille de Mme de Grignan, est belle, intelligente et ressemble davantage à sa grand-mère qu’à sa mère, sans doute trop rationnelle [1], par son tempérament passionné. Elle fait un grand mariage, se retrouve veuve assez jeune et passe le reste de sa vie dans une relative austérité. On sait qu'elle possède une résidence d'été près de Marseille, au château de Belombre, hérité des Grignan. Mme de Sévigné en parle du reste dans ses lettres.    

   C’est la première à donner au public un choix de lettres de Mme de Sévigné, choix qu’elle regrettera par scrupule religieux, en raison des histoires parfois un peu lestes où sa joyeuse grand-mère se complaisait. Par ailleurs, elle détruit les lettres de Mme de Grignan [2] dont la hardiesse cartésienne et les idées philosophiques lui semblent encore plus dangereuses.

   Voici la lettre envoyée en 1725 à M. de Bussy, fils cadet de Bussy-Rabutin, en même temps que le premier choix des lettres de Mme de Sévigné.

   « … Vous savez, mon cher cousin, ou si c’est à un lecteur indifférent que je parle, il saura que c’est ici une mère qui écrit à sa fille tout ce qu’le pense, comme elle l’a pensé, sans avoir jamais pu croire que ses lettres tombassent en d’autres mains que les siennes [3]. Son style néglige et sans liaison est cependant si agréable et si naturel que je ne puis croire qu’il e plaise infiniment aux gens d’esprit et du monde qui en feront la lecture.

   Un agrément qui serait à désirer à ces lettres, c’est la clef de mille choses qui se sont dites ou passées entre elles ou devant elles, qui empêcherait que rien n’en échappât : je ne l’ai point trouvée ; cependant un lecteur intelligent et attentif remédie à tout cela et y trouve du sens de reste pour s’en contenter.

   Comme ces lettres n’étaient écrites que pour ces deux aimables personnes, elles ne déguisaient par aucun chiffre ni par aucun nom emprunté ce qu’elles voulaient s’apprendre ; et comme elles ne trouvaient dans toutes les actions du roi que de la grandeur et de la justice, elles en parlaient sans crainte que leurs lettres fussent interceptées [4].

   Quoique le style de ces lettres soit d’un tour aisé, naturel et simple en apparence, il ne laisse pas d’être assez figuré pour exiger du lecteur bien de l’attention pour le suivre et pour l’entendre.

   Ces lettres sont d’ailleurs remplies de prétextes et de raisonnements si justes et si sensés, avec tant d’art et d’agrément, que leur lecture ne peut être que très utile aux jeunes personnes et à tout le monde.

   Tout ce qu’il ne m’est pas permis de vous envoyer, mon cher cousin, et qui doit rester sous le secret parce qu’il est trop mêlé d’affaires de famille, est pour le moins aussi beau que ce que je vous envoie, et j’y ai bien du regret. Cependant, voici cent trente-sept lettres que je vous ai triées, et dont j’espère que la lecture vous donnera bien du plaisir ; en ce cas je plaindrai si peu les veilles que j’y ai employées que je continuerai à vous en chercher d’autres. Mais si j’étais assez heureuse pour y pouvoir joindre les réponses de ma mère [5], ne seriez-vous pas bien content, mon cher cousin, et croyez-vous après cela qu’il y eût rien à désirer ? »

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Notes

[1] Mme de Grignan est une grande lectrice de Descartes.

[2] Vers 1734.

[3] Cette remarque est relativement fausse : les lettres de Mme de Sévigné circulaient dans les salons précieux de son vivant.

[4] A la différence de celles de la princesse Palatine qui étaient ouvertes et lues par le « cabinet noir ».

[5] C’est faux : voir supra

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