Mme de Sévigné et ses portraits

La mode des portaits littéraires

   Les « portraits », descriptions physiques ou morales des uns et des autres, étaient à la mode : jeux de salon ou bien parties prenantes d'un ouvrage comme ceux de Mlle de Scudéry où elle prête à ses personnages des noms tirés d'une Antiquité fantasmée, tels Cléomire, Sapho, Parthénie, Clarinte, Cyrus, etc.

   Chez La Bruyère - dernière transformation du genre -, les portraits devinrent plus généraux dans Les Caractères.  Il se défendit d'y avoir mis des clefs, « fausses clefs, et qui sont aussi inutiles qu'elles sont injurieuses aux personnes dont les noms s'y voient déchiffrés, et à l'écrivain qui en est la cause, quoique innocente. » (Préface de son Discours de réception à l'Académie).

  

Portraits de Mme de Sévigné par ses contemporaines

   Mme de Sévigné coiffee à la hurluberlu

   Voici un portait de Mme de Sévigné par Mme de La Fayette en 1659 dans une lettre qu’elle lui adressait en faisant semblant d’être inconnue d’elle (incluse dans La Galerie des Peintures de Somaize).

   « Je ne veux point m’amuser à vous dire que votre taille est admirable, que votre teint a une beauté et une fleur qui assure que vous n’avez que vingt ans ; que votre bouche, vos dents et vos cheveux sont incomparables ; je ne veux point vous dire toutes ces choses, votre miroir vous le dit assez : mais, comme vous ne vous amusez pas à lui parler, il ne peut vous dire combien vous êtes aimable quand vous parlez, et c’est ce que veux vous apprendre. Sachez donc, Madame, si par hasard vous ne les savez pas, que votre esprit pare et embellit si fort votre personne, qu’il n’y en a pont sur la terre de si charmante, lorsque vous êtes animées dans une conversation dont la contrainte est bannie… »

   Mlle de Scudéry fit le portrait de Mme de Sévigné sous le nom de Clarinte dans Clélie (3e partie, livre III) :

   « Elle a l’imagination vive ; et l’air de toute sa personne est si galant [distingué], si propre [élégant] et si charmant qu’on ne peut, sans honte, la voir s’en l’aimer. Sa conversation est aisée, divertissante et naturelle ; elle parle juste, elle parle bien, elle a même quelquefois certaines expressions naïves et spirituelles qui plaisent infiniment. Au reste, Clarinte aime toutes les belles choses et tous les plaisirs innocents, mais elle aime la gloire plus qu’elle-même. J’oubliais à vous dire qu’elle écrit comme elle parle, c’est-à-dire le plus agréablement et le plus galamment qu’il est possible… »

   Somaize en fit le portrait sous le nom de Sophronie dans son Grand Dictionnaire des Précieuses.

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