Mme de Sévigné et Virginia Woolf

Virginia Woolf   Dans son ouvrage The Death of the Moth and Other Essays [1] (1942), Virginia Woolf écrit ces lignes sur Mme de Sévigné :

   « Cette grande dame, cette robuste et féconde épistolière qui, à notre époque, aurait sans doute été une romancière parmi les plus grands (sic) prend plus de place dans la conscience vivante des lecteurs d’aujourd’hui que tout autre personnage de son époque disparue […]. Elle créait son être non par des pièces de théâtre, non par des romans, mais par des lettres, amassant les bagatelles de chaque jour, les écrivant comme elles lui venaient en tête.

   Les quatorze volumes de ses Lettres sont un vaste espace ouvert semblable à l’un de ses grands bois [2] : les sentiers s’entrecroisent avec les sombres complexes des branches, des silhouettes rôdent dans les clairières, passent du soleil à l’ombre, disparaissant du regard, ne se fixant jamais à une attitude.

   Et puis nous vivons dans sa présence, et comme c’est l‘usage avec les gens vivants, dans une demi-conscience d’elle. Elle continue de parler, nous écoutons vaguement. Et soudain quelque chose qu’elle vient de nous dire nous secoue. Nous nous en saisissons et l’ajoutons à son caractère qui se développe, change, c’est alors qu’elle semble, comme la vie, inépuisable. Les livres sont sa résidence habituelle de sorte que Joséphos ou Pascal ou les absurdes romans interminables de l’époque ne sont pas tant lus par elle que gravées dans son cerveau. Leurs vers, leurs histoires montent à ses lèvres ensemble avec ses propres pensées […]. Il y a toujours un point de départ à ses impressions, de là le mordant, la profondeur et la comédie qui jettent tant de lumière sur ses exposés. Il n’y a rien de naïf en elle. Elle n’est d’aucune façon une simple spectatrice. » 

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Notes   

[1] La Mort de la phalène et autres essais.

[2] Allusion à son domaine de Rochers.

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