Mme de Sévigné sans cœur ?

Révolte des paysans bretons : Mme de Sévigné sans cœur ?

Révolte du papier timbré   Noble, Mme de Sévigné ne déroge pas à sa caste et traite les « manants » avec indifférence, voire cruauté. Lorsque les paysans bretons se révoltent et sont horriblement réprimés par le duc de Chaulnes, gouverneur de la province, elle écrit :

   * « Les mutins de Rennes se sont sauvés il y a longtemps : ainsi les bons pâtiront pour les méchant : mais je trouve tout fort bon, pourvu que les autre mille hommes de guerre qui sont à Rennes [...] ne m’empêchent point de me promener dans mes bois, qui sont d’une hauteur et d’une beauté merveilleuses. » (Lettre à Bussy-Rabutin du 20 octobre 1675).

   * « On a pris soixante bourgeois ; on commence demain à pendre. Cette province est un bel exemple pour les autres, et surtout de respecter les gouverneurs et les gouvernantes, de ne leur point dire d’injures et de ne point jeter de pierres dans leur jardin. » (Lettre à Mme de Grignan du 30 octobre 1675).

   * « Vous me parlez bien plaisamment de nos misères : nous ne sommes plus si roués ; un en huit jours seulement [un pendu] pour entretenir la justice : la penderie me paraît maintenant un rafraîchissement. » (Lettre à Mme de Grignan du 24 novembre 1675).

Tout sur cette révolte dite « du papier timbré » sur Wikipédia

Remarque : Lors de la Révocation de l'Edit de Nantes, Mme de Sévigné osera écrire : « Rien n'est si beau que cette Déclaration, jamais aucun roi n'a fait et ne fera rien de plus mémorable. Les dragons sont de très bons missionnaires jusqu'ici. »

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Tourisme : on visite les galériens !

Galère La Réale en construction à Marseille   Mme de Sévigné, qui rendit visite à Mme de Grignan de juillet 1672 à Octobre 1673, en profita pour visiter la Provence. Cette lettre fut écrite à sa fille de Marseille et porte uniquement la date : « mercredi… 1672 ».

   « … Je suis ravie de la beauté singulière de cette ville. Hier le temps fut divin, et l’endroit d’où je découvris la mer, les bastides, les montagnes et la ville, est une chose étonnante […]. Il fait aujourd’hui un temps abominable, j’en suis triste ; nous ne verrons ni mer, ni galères [1], ni port. Je demande pardon à Aix, mais Marseille est bien plus joli et plus peuplé que Paris à proportion ; il y a cent mille âmes au moins ; de vous dire combien il y en a de belles, c’est ce que je n’ai pas le loisir de compter ; l’air en gros y est un peu scélérat, et parmi tout cela je voudrais être avec vous. Je n’aime aucun lieu sans vous, et moins la Provence qu’un autre ; c’est un vol que je regretterai… ».

   Certes, en ce temps, il ne viendrait pas à l'esprit d'éprouver une quelconque pitié pour les galériens mais...

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Notes

[1] Les travaux forcés des galériens furent supprimés à la fin du XVIIe siècle.

Mme de Sévigné et les femmes du peuple

   La notion de peuple est vaste. Certains paysans s'enrichissent, ce qui dérange Mme de Sévigné qui écrit le 15 juin 1680, lors d'un séjour dans sa propriété bretonne des Rochers : « Il me vint l'autre jour une belle petite fermière de Bodigat avec de beaux yeux brillants, une belle taille, une robe de drap de Hollande découpé sur du tabis, les manches tailladées [avec des « crevés » qui laissent voir la chemise, alors forts à la mode]. Ah Seigneur ! Quand je la vis, je me crus ruinée ; elle me doit huit mille francs ! »

   A propos de peuple, on en apprend beaucoup avec les tableaux de Le Nain qui a tendance à idéaliser ses modèles.  

Les tableaux de Le Nain ou le peuple idéalisé

Le Repas des paysans (Le Nain)

L'Interieur campagnard (Le Nain)

   Au milieu du 17e siècle, les frères Le Nain peignent des paysans, comme dans L’intérieur campagnard ou Le Repas des paysans. L’accent est mis sur les vêtements, sombres mais propres, et non pas sur le mobilier, réduit, et pour cause, à l’essentiel : le peuple et pauvre. Une cheminée, une fenêtre au verre serti de plomb, quelques chaises, la table, un banc recouvert d’une nappe. Mais, surprise, les personnages tiennent des verres élégants et fragiles qui n’appartiennent pas à ce monde rustique : ils ne sont pas encore d’usage courant. Même chose pour les nappes blanches jetées sur la table ou un banc, utilisées dans de rares occasions. Il s’agit de montrer la simplicité des gens modestes et, en même temps, la symbolique du repas et de la sociabilité entre voisins. Contraste entre la pauvreté, considérée comme une vertu religieuse, le manque de raffinement et l’éclat d’un objet riche.

Les sources de ce commentaire me sont inconnues.

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