« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Bibliothèque Bleue

Bibliothèque bleue, colporteurs et sous-littérature pour le peuple

Bibliothèque bleue   La bibliothèque bleue est le nom donné à une collection de brochures imprimées d'abord à Troyes et, plus généralement, à la littérature de colportage, expression de la culture populaire.

   Bleue parce que le libraire-imprimeur Oudot et ceux qui le suivront, à Caen, Limoges et ailleurs, recouvre les livrets du papier gris-bleu utilisé pour emballer les pains de sucre. Ce sont de petits livrets in-12e de quelques pages formées de mauvais papier grisâtre, illustrés avec des gravures sur bois floues, brochés avec l’aide d’un simple fil, sans titre, ni dos. Mais ils ne sont pas chers (un à deux sols), diffusés par les colporteurs qui courent les campagnes et trouvent un vaste public, proposant récits merveilleux et contes invraisemblables. Le peuple est analphabète – surtout les femmes -, soit[1], mais il y a toujours quelqu’un qui sait lire dans la communauté. On pratique la lecture publique lors des veillées. Le public a ainsi accès à des almanachs, calendriers et autres horoscopes. Au nord de la Loire, les brochures sont en français, en breton en Bretagne et en langue d’oc dans le Midi.

   Les colporteurs proposent en même temps estampes, images pieuses ou profanes, aiguilles, miroirs, lacets, rubans, épingles, passementerie, boutons, mouchoirs de cou à la mode, coupons d'étoffes, épices, drogues médicinales, peignes, bijoux de pacotille, pantins et sifflets pour les enfants, voire des lunettes.   

   Soumis à autorisation spéciale, ils sont 43 en 1611, 50 en 1635. Leur nombre augmente encore au siècle suivant. Ils devront alors savoir lire et écrire et seront astreints au port d’une plaque.

   Littérature sans vrais auteurs, mais beaucoup plus prospère que la littérature dite normale, qui connaît des difficultés d’édition et d’impression (cf. censure).

   Centres d’intérêt populaires :

  • Mythologie païenne
  • Contes de fées comme La Belle et la Bête ou Cendrillon, plus ou moins déformés
  • Récits fabuleux à épisodes avec géants et magiciens
  • Calendriers et almanachs riches en horoscopes et prévisions climatologiques (cf. la collection prestigieuse du Grand Compost des bergers, connue depuis le 15e siècle)
  • Ouvrages de piété avec livrets de dévotion, petits catéchismes, livres d’ « heures » abrégées, récits hagiographiques, brochures de noëls (chants) et cantiques
  • Quelques ouvrages de magie noire ou blanche, avec l’inévitable Grand Albert.

   On a là une culture archaïque, filtrée, soigneusement revue et déformée.

Remarque : l'équivalent de nos Voici, Voilà, Gala et autres magazines débilitants qui font rêver le peuple, aujourd'hui comme hier...

Sources : Dictionnaire du Grand Siècle, François Bluche, Fayard, nouvelle édition 2005, Article d’Albert Poitrineau, op.cit.

 


[1]  Seulement 37% des Français savent lire à la veille de la Révolution.

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