Bon usage du français

Rôle des femmes dans le bon usage de la langue française (Vaugelas)

Remarques sur la langue française (Vaugelas)   Dès 1625, Vaugelas fréquenta le salon de Mme de Rambouillet. Il entra à l’Académie (1634) et Richelieu, pour en hâter les travaux, lui confia un rôle important den la préparation du Dictionnaire de l’Académie.

   Vaugelas, dans ses Remarques sur la langue française (1647), déclare qu’il vaut mieux « consulter les femmes et ceux qui n’ont point étudié que ceux qui sont bien savants en la langue grecque et en la latine. » Pourquoi ?

   « Quand je parle ici des femmes et de ceux qui n’ont point étudié, je n’entends pas parler de la lie du peuple, quoiqu’en certaines rencontres il se pourrait faire qu’il ne le faudrait pas exclure, et qu’on en pourrait tirer l’éclaircissement de l’usage, non pas qu’il faille en cela tant déférer à la populace que l’a cru un de nos plus célèbres écrivains, qui voulait que l’on écrivît en prose comme parlent les crocheteurs et les harengères[1]. J’entends donc parler seulement des personnes de la Cour ou de celles qui la hantent, et dans le mot de personnes, je comprends les hommes et les femmes qui n’ont point étudié, et crois que pour l’ordinaire, il vaut mieux les consulter dans les doutes de la langue que ceux qui savent la langue grecque et latine. La raison en est évidente ; c’est que douter d’un mot ou d’une phrase, dans la langue, n’est autre chose que de douter de l’usage de ce mot ou de cette phrase, tellement que ceux qui nous peuvent mieux éclaircir de cet usage sont ceux que nous devons plutôt consulter dans cette sorte de doutes. Or est-il que les personnes qui parlent bien français et qui n’ont point étudié seront des témoins de l’usage beaucoup plus fidèles et plus croyables que ceux qui savent la langue grecque et la latine, parce que les premiers, ne connaissant pout d’autre langue que la leur, quand on vient à leur proposer quelque doute de la langue, vont tout droit à ce qu’ils ont accoutumé de dire ou d’entendre dire, qui est proprement l’usage, c’est-à-dire ce que l’on cherche et dont on veut être éclairci. Au lieu que ceux qui possèdent plusieurs langues, particulièrement la grecque et la latine, corrompent souvent leur langue naturelle par le commerce des étrangères, ou bien ont l’esprit partagé sur les doutes qu’on leur propose par les différents usages des autres langues, qu’ils confondent quelquefois, ne se souvenant pas qu’il n’y a point de conséquence à tirer d’une langue à l’autre. »  


[1] Malherbe.

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