Education négligée

Lucy Apsley Hutchinson   Les congrégations religieuses se consacrèrent au 17e siècle à l'éducation des filles, en particulier les Ursulines, l'association des Angéliques et les nonnes de l'ordre de Sainte-Élisabeth.

   Il faut signaler aussi la tentative de Port-Royal, dont les religieuses se chargeaient d'instruire une douzaine de fillettes, de préférence des orphelines pauvres. Nous sommes renseignés - cf. Journal d'une élève de Port-Royal, Charlotte de Pomponne à Madeleine de Louvois, octobre 1678-mai 1679, roman de M. Dhanys, Ollendorff, 1904 - sur l'éducation qui leur était donnée par les Constitutions du monastère de Port-Royal (1665), rédigées par la mère Agnès Arnauld - abbesse de Port-Royal, comme sa sœur Angélique - et par le Règlement pour les enfants (165 œuvre de Jacqueline Pascal - sœur de Blaise, en religion Sainte-Euphémie -.

   A Port-Royal, comme dans les autres maisons religieuses qui élevaient des jeunes filles, on s'attachait, conformément à l'opinion courante de l’époque, beaucoup plus à faire des femmes pieuses et vertueuses que des femmes instruites. Dans l'ensemble, l'éducation féminine fut malgré tout un peu moins négligée que dans les siècles précédents.

   Eurent une culture nettement supérieure : Mme de Sévigné qui apprit le latin avec Ménage, Mme de Grignan qui fut initiée à Descartes, Mme de La Fayette qui fut l'amie intime et sans doute la collaboratrice de La Rochefoucauld, Mme de La Sablière, que La Fontaine célébra sous le nom d'Iris, l'helléniste Mme Dacier qui défendit Homère avec énergie et quelques autres...

La Liseuse à la fenêtre (Vermeer, vers 1657-1659)   Mais ces éducations brillantes étaient exceptionnelles. La plupart des jeunes filles nobles (toutes ne vont pas au couvent !) n'ont pour lecture que des livres d'Heures reliés, portant les armes de la famille et la Vie des hommes illustres, de Plutarque. Elles écrivent des lettres ou bien en lisent.

   La question de l'éducation des femmes commença à se poser au temps de la préciosité : les uns se prononcèrent contre les « femmes docteurs », les autres, les femmes naturellement, comme Mlle de Scudéry dans un passage du Grand Cyrus, plaidèrent en faveur de l'instruction féminine.

   D'une façon générale, le règne des précieuses eut pour résultat de rehausser l'idée qu'on se faisait de la valeur intellectuelle de la femme. En 1672, dans Les Femmes savantes, Molière posa très nettement la question de l'éducation féminine. L'année suivante, la cause féministe trouva un défenseur chez Poulain de la Barre dans un ouvrage au titre significatif : L'Égalité des deux sexes (1673).

   Vers la fin du siècle apparurent les deux grands promoteurs de l'éducation des femmes, Fénelon et Mme de Maintenon.

   Il faut citer, en Angleterre, Lucy Apsley Hutchinson (cf. illustration). Huit précepteurs lui apprirent les langues, les lettres, la musique et la danse, elle assimila le latin deux fois plus vite que ses frères et fut la première à traduire en anglais De la nature des choses (Lucrèce).  

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