Mlle de Scudéry et l'éducation

Pour l'éducation des femmes

 Danse à la cour   Dans Le Grand Cyrus, Mlle de Scudéry plaide pour l’éducation des femmes :

   « Y a-t-il rien de plus bizarre que de voir comment on agit pour l'ordinaire en l'éducation des femmes ? Ce qu'il y a de rare est qu'une femme, qui ne peut danser avec bienséance que cinq ou six ans de sa vie, en emploie dix ou douze à apprendre continuellement ce qu'elle ne doit faire que cinq ou six ; et cette même personne, qui est obligée d'avoir du jugement jusques à sa mort et de parler jusques à son dernier soupir, on ne lui apprend rien du tout qui puisse ni la faire parler plus agréablement, ni la faire agir avec plus de conduite ; et, vu la manière dont il y a des dames qui passent leur vie, on dirait qu'on leur a défendu d'avoir de la raison et du bon sens et qu'elles ne sont au monde que pour dormir, pour être grasses - Mlle de Scudéry était très maigre -, pour être belles, pour ne rien faire et ne dire que des sottises [...].

   Il ne faut pourtant point qu'on s'imagine que je veuille qu'une femme ne soit pas propre et qu'elle ne sache ni chanter ni danser ; car, au contraire, je veux qu'elle sache toutes les choses divertissantes ; mais, à dire la vérité, je voudrais qu'on eût autant de soin d'orner son esprit que son corps, et qu'entre être ignorante ou savante on prît un chemin entre ces deux extrémités qui empêchât d'être incommode par une suffisance impertinente ou par une stupidité ennuyeuse. Je veux bien qu'on puisse dire d'une personne de mon sexe qu'elle sait cent choses dont elle ne se vante pas, qu'elle a l'esprit fort éclairé, qu'elle connaît finement les beaux ouvrages, qu'elle parle bien, qu'elle écrit juste ; mais je ne veux pas qu'on puisse dire d'elle : "C'est une femme savante", car ces deux caractères sont si différents qu'ils ne se ressemblent point. Ce n'est pas que celle qu'on n'appellera point savante ne puisse savoir autant et plus de choses que celle à qui on donnera ce terrible nom ; mais c'est qu'elle sait mieux se servir de son esprit et qu'elle sait cacher adroitement ce que l'autre montre mal à propos. »

Mlle de Scudéry, Le Grand Cyrus, Xe partie, livre II

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