Monde masculin

Combat des femmes dans un monde fait pour les hommes

Une dame fort respectable   Le 17e siècle, en ses débuts, reste brutal. Mlle de Gournay y voit une raison, le droit à porter l’épée, signe d’appartenance à l’aristocratie qui donne « le pouvoir et l’audace ensuite, que cette épée qui pend au côté des nobles leurs suscite, pouvoir de qui peu d’esprits se gardent de s’enivrer, s’ils ne sont timbrés en perfection[1]. »     

   Paule Constant, dans Un monde à l’usage des demoiselles (Gallimard, 1987) constate de même : « Le monde est bien fait pour les hommes, ils y ont la primauté. Il faut que les Demoiselles y consentent. […] Pourtant elles apprennent qu’elles ont leur place parmi les hommes, qu’elles sont la douceur de leur violence et la force de leur faiblesse. La différence n’agit pas comme exclusion mais leur est présentée comme complémentaire et parfois, à condition qu’elles en emplissent tous les devoirs, come cruciale. Elles sont alors détentrices du bonheur, gardiennes des vertus, protectrices des mœurs, et par la force des choses, maîtresses de ce monde dont les hommes sont maîtres. »

   Les valeurs sont transmises de mère en fille et les femmes subissent le destin immuable de leur sexe et de leur milieu social. Dans La Princesse de Clèves, Mlle de Chartres accepte docilement le mariage proposé par sa mère, sans aimer son mari, chose banale en ce temps, le sentiment étant un élément inconvenant dans le mariage.

   Il faut aussi modeler le corps et le mettre en scène, selon un véritable art du paraître. Corsets à baleines, leçons de maintien et de danse corrigent la nature et remodèlent la silhouette : hanches étroites, épaules effacées, dos droit, port distingué, démarche altière imposée par les lourds habits de cérémonie et les traînes démesurées.

   La conversation est tout aussi codifiée : les femmes ne doivent pas donner de tour personnel à leurs propos, sous peine de se faire remarquer : « Toute distinction[2] attire l’attention des hommes, leur application fait naître des discours et ces discours étant avantageux ou désagréables flattent ou piquent la vanité, et causent ainsi une tentation capable de vous engager en diverses fautes » écrira encore Nicole en 1706 dans ses Lettres choisies.

   L’Introduction à la vie dévote, de Saint François de Sales (1609) est écrite pour une femme de la haute noblesse appelée à vivre dans le monde. L’ouvrage devient un bréviaire dans certains cercles mondains. Il s’agit de faire de la politesse un art chrétien et rien n’empêche d’avoir « la face et les paroles ornées de joie, gaieté et civilité. »     

   Dans un des dialogues des Femmes illustres ou les Harangues héroïques (1642), Mlle de Scudéry dénonce l’ignorance des femmes : « Ceux qui ont des esclaves les font instruire pour leur commodité et ceux que la nature ou l’usage nous ont donnés pour maîtres, veulent que le bois éteigne, en notre âme, toutes les lumières que le Ciel y a mises et que nous vivions dans les plus épaisses ténèbres de l’ignorance. »

   Il faut donc rendre hommage aux Précieuses qui eurent le courage de faire fi des convenances et d’annoncer, bien avant l’heure et à travers bien des vicissitudes, le droit à l’expression personnelle.

Sources : L’Age de la conversation, op. cit.


[1] « De la Néantise des communes vaillances de ce temps, et du peu de prix de la qualité de la noblesse » in Les Avis ou les présents de la demoiselle de Gournay, T. du Bray, 1641.

[2] Différenciation.

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