Piété

Introduction à la vie dévote, ouvrage de piété à la mode

François de Sales   La religion est au cœur de la vie de ces femmes. Religion mondaine pour la plupart sans doute, mais on devait se montrer aux offices, avoir un directeur de conscience, suivre le jeûne des jours maigres, etc. Par ailleurs, les couvents devinrent bien souvent un lieu d'accueil pour les veuves, éplorées ou non - comme Mme de Maintenon après la mort de Scarron -. Une habitude qui se perpétua au siècle des Lumières.

   Et le 17e siècle a son lot de mystiques, comme Mme Guyon ou encore Antoinette Bourignon.

   Quant au jansénisme, il a ses adeptes (voir infra).

      L’Introduction à la vie dévote (1608) de François de Sales, évêque de Genève, participe du renouveau de la mystique catholique au début du 17e siècle. L’ouvrage est rédigé à partir des lettres et exercices de piété destinés à Mme de Charmosy, dont François de Sales est le directeur de conscience. Il reprend quelques-uns des principes de la Contre-Réforme : la sainteté n’est pas réservée aux cloîtrés et la perfection spirituelle est à la portée de n’importe quel chrétien. La dévotion peut être source de plaisir. Il s’élève contre les calvinistes et affirme que le péché originel n’a pas corrompu l’homme de façon irrémédiable. Cette doctrine humaniste et optimiste s’oppose à celle des jansénistes. Elle ne proscrit pas les divertissements, recommande la chasse et la musique et n’interdit pas le bal ni la comédie à condition qu’on n’y prenne pas goût... 

   L’ouvrage, qui s’adresse à une dame du monde appelée Philotée (« celle qui aime Dieu ») est rédigé dans le style précieux à la mode, avec une pléthore d’anecdotes, métaphores et comparaisons qui font assaut d’éloquence.

   Il a un succès considérable et reste jusqu’au 19e siècle, pour un public populaire, le guide de la piété affective. Julie y fait même allusion dans La Nouvelle Héloïse (Rousseau). Mais Bossuet lui reproche un style artificiel et mondain, une morale trop accommodante.

Scandale des couvents mondains au 17e siècle (Lettre de Mme de Sévigné)

   Les Carmélites, introduites en France en 1604, ouvrent leur couvent à Anne d’Autriche, puis à la reine Marie-Thérèse. La clôture n’est donc pas si sévère et il est bien difficile de se protéger du monde.

   Le 24 avril 1676, Mme de Sévigné raconte à sa fille la visite de la reine accompagnée de... Mme de Montespan. Quand on sait que le couvent héberge Mlle de La Vallière, ancienne maîtresse de Louis XIV, devenue Sœur Louise de la Miséricorde, l’anecdote ne manque pas de piquant :  

   « La Reine a été deux fois aux Carmélites avec Mme de Montespan, où cette dernière se mit à la tête de faire une loterie : elle fit apporter tout ce qui peut convenir à des religieuses ; cela fit un grand jeu dans la communauté. Elle causa fort avec sœur Louise de la Miséricorde ; elle lui demanda si tout de bon elle était aussi aise qu’on le disait. « Non, dit-elle, je ne suis point aise, mais je suis contente. » Elle lui parla fort du frère de Monsieur[1], et si elle ne lui voulait rien mander, et ce qu’elle dirait pour elle. L’autre, d’un ton et d’un air tout aimable, et peut-être piquée de ce style : « Tout ce que vous voudrez, Madame, tout ce que vous voudrez. » Mettez dans cela toute la grâce, tout l’esprit et toute la modestie que vous pourrez imaginer. Après cela Quanto[2] voulut manger ; elle donna une pièce de quatre pistoles pour acheter ce qu’il fallait pour une sauce, qu’elle fit elle-même, et qu’elle mangea avec un appétit admirable : je vous dis le fait sans aucune paraphrase. »

   La reine et les deux maîtresses ensemble dans un couvent : un scandale pour la religion ?...


[1] Le roi !

[2] Surnom que Mme de Sévigné donne à Mme de Montespan.

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Port-Royal-des-Champs

Port-Royal-des-Champs aujourd'hui   Dans une lettre du 26 janvier 1674, Mme de Sévigné rend compte de sa visite à Port-Royal-des-Champs.

   « … Je revins hier du Méni [1], où j’étais allée pour voir le lendemain M. d’Andilly [2]. Je fus six heures avec lui ; j’eus toute la joie que peut donner la conversation d’un homme admirable ; je vis aussi mon oncle de Sévigné [3], mais un moment. Ce Port-Royal est une Thébaïde [4] ; c’est un paradis ; c’est un désert où toute la dévotion du christianisme s’est rangée ; c’est une sainteté répandue dans tout le pays à une lieue à la ronde. Il y a cinq ou six solitaires qu’on ne connaît point, qui vivent comme les pénitents de Saint Jean Climaque [5] ; les religieuses sont des anges sur terre. Mademoiselle de Vertus [6] y achève sa vie avec des douleurs inconcevables et une résignation extrême ; tout ce qui les sert, jusqu’aux charretiers, aux bergers, aux ouvriers, tout est modeste. Je vous avoue que j’ai été ravie de voir cette divine solitude, dont j’avais tant ouï parler. C’est un vallon affreux, tout propre à inspirer le goût de faire son salut… »

Remarques sur Port-Royal

   Cette abbaye de religieuses cisterciennes, fondée en 1204, était située à 25 km au sud-ouest de Paris dans la vallée de Chevreuse et fut réformée en 1608-1609 par sa jeune abbesse, la mère Angélique (Angélique Arnauld, sœur des Arnauld d'Andilly) ; le monastère devint le principal foyer de la pensée janséniste et connut son apogée à la veille de la Fronde. Port-Royal disposait alors de deux établissements : Port-Royal des Champs et Port-Royal de Paris au faubourg Saint-Jacques. Les Solitaires, pieux laïques soucieux de perfection intérieure, désireux de rompre avec le monde, habitaient la maison des Granges, enseignaient dans les « petites écoles », composaient des livres de piété et des ouvrages pédagogiques. De nombreuses dames de qualité faisaient retraite à Port-Royal de Paris.

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Notes 

[1] Localité située à 7 kilomètres de Chevreuse (aujourd’hui Le Mesnil Saint-Denis).  

[2] Robert Arnauld d’Andilly, le frère aîné du Grand Arnauld, Solitaires de Port-Royal. Il s'y retira après son veuvage et s'y livra au jardinage et au travail intellectuel (rédaction de livres de piété, traductions d'auteurs, etc.). Dans une autre lettre, Mme de Sévigné plaisantait sur son zèle apostolique : « Nous faisions la guerre au bonhomme d'Andilly qu'il avait plus envie de sauver une âme qui était dans un beau corps qu'une autre. » 

[3] Retiré à Port-Royal depuis quelques années.

[4] Solitude profonde. La Thébaïde est un désert de la Haute-Égypte où se retirèrent les premiers chrétiens.

[5] Docteur de l’Église du VIe siècle.

[6] Elle appartenait à une famille de haute noblesse et avait commencé à faire des retraites à Port-Royal à partir de 1669. Elle n’y devint novice perpétuelle que le 11 novembre 1674. Elle vécut encore dix-huit ans, malgré sa mauvaise santé qui l’obligea à passer alitée les onze dernières années de son existence.

La mort de la mère Angélique (Racine, Abrégé de l'histoire de Port-Royal)

Mère Angélique   Vie et mort édifiantes s’il en est… Racine, fervent converti au jansénisme, ne pouvait écrire autre chose… Cependant, elle n'approuva pas tous ses écrits, même les plus religieux : « Le silence eût été plus beau et plus agréable à Dieu, qui s'apaise mieux par les larmes de la pénitence que par l'éloquence qui amuse plus de personnes qu'elle n'en convertit. »

   Racine écrit :

   [L'abbesse de Port-Royal, qui fit beaucoup pour son abbaye, est morte en 1661. Elle fut nommée abbesse dès 1603 à douze ans, le pape ayant été trompé sur son âge.]   

   « … Bien qu’elle eût passé sa vie dans des exercices continuels de pénitence, et n’eût jamais fait autre chose que de travailler à son salut et à celui des autres, elle était si pénétrée de la sainteté infinie de Dieu et de sa propre indignité, qu’elle ne pouvait penser sans frayeur au moment terrible où elle comparaîtrait devant lui. La sainte confiance qu’elle avait en sa miséricorde gagna enfin le dessus. Son extrême humilité la rendit fort attentive, dans les derniers jours de sa vie, à ne rien dire, à ne rien faire de trop remarquable, ni qui donnât occasion de parler d’elle avec estime après sa mort. […]  

   Il est incroyable combien ses souffrances augmentèrent dans les trois dernières semaines de sa maladie, tant par les douleurs de son enflure que parce que son corps s’écorcha en plusieurs endroits ; ajoutez à cela un si extrême dégoût, que la nourriture lui était devenue un supplice. Elle endurait tous ces maux avec une paix, une douceur étonnante, et ne témoigna jamais d’impatience que du trop grand soin qu’on prenait de chercher des moyens de la mettre plus à son aise. […] 

   La veille de sa mort, les médecins jugeant qu’elle ne pouvait plus aller guère loin, on lui apporta, pour la troisième fois, le saint viatique. Bien loin de se plaindre de n’être pas secourue en cette occasion par les ecclésiastiques en qui elle avait eu tant de confiance, elle remercia Dieu de ce qu’elle mourait pauvre de tous points, et également privée des secours spirituels et des temporels. […] 

   Bientôt après elle entra dans l’agonie, qui fut d’abord très douloureuse ; mais enfin ses souffrances se terminèrent en une espèce de léthargie, pendant laquelle elle s’endormit du sommeil des justes, le soir du sixième d’août 1661, jour de la Transfiguration, âgée de soixante-dix ans moins deux jours : fille véritablement illustre, et digne, par son ardente charité envers Dieu et envers le prochain, par son extrême amour pour la pauvreté et pour la pénitence, et enfin par les grands talents de son esprit, d’être comparée aux plus saintes fondatrices. »

Passion de la théologie

   Le siècle de Louis XIV est passionné de disputes théologiques. Révocation de l'Édit de Nantes, jansénisme, quiétisme... Les grands prédicateurs, comme Bourdaloue ou Bossuet, ont la cote. Mme de Sévigné préfère le premier au second dont elle redoute peut-être la lucidité : «Ha ! si quelques générations, que dis-je ? si quelques années après votre mort vous reveniez, hommes oubliés, au milieu du monde, vous vous hâteriez de rentrer dans vos tombeaux, pour ne voir pas votre nom terni, votre mémoire abolie... ! » (Bossuet, Oraison funèbre de Michel Le Tellier).       

   Mme de Sévigné est la petite-fille de Sainte-Jeanne de Chantal (proche de François de Sales) dont on peut retenir ce propos : « Perdez-vous comme une petite goutte d'eau dans l'immense bonté de l'amour éternel. »

   Et à propos de Mme de Maintenon s'adressant aux enseignantes de Saint-Cyr : « Ne vous servez jamais de citations ni d'exemples profanes qui enorgueillissent et dégoûtent de l'humilité du christianisme. »

La princesse Palatine et la religion (Lettres)

Chapelle du château de Versailles   La Palatine, obligée de se convertir au catholicisme pour épouser Monsieur, frère du roi, garde une foi sereine et raisonnable. Elle n’aime pas la messe [Remarque : la chapelle ci-contre ne fut terminée qu'en 1710] et vilipende souvent les fausses dévotes, dont bien entendu Mme de Maintenon, qu’elle accuse d’effrayer le roi par des visons infernales. Mais, toute sa vie, elle lit la Bible. 

   Elle dort à la messe : « Il m’est impossible d’entendre prêcher sans m’endormir ; au sermon, c’est de l’opium pour moi. Une fois que j’avais la toux bien forte, je passais trois nuits sans fermer l’œil. Je me souvins alors que je dormais à l’église dès que j’entendais prêcher ou chanter les nonnes. Aussi me rendis-je en voiture à un couvent où on allait prêcher un sermon. À peine les nonnes eurent-elles commencé leurs chants que je m’endormis et je dormis de la sorte pendant les trois heures que dura l’office, dont je sortis complètement remise. » (19 mars 1693) « On ne m’a jamais grondée de ce que je dormais à l’église ; j’en ai donc tellement pris l‘habitude, que je ne puis plus m’en défaire […]. Je crois que le diable ne s’en moque pas mal que je dorme ou non, car de dormir c’est une chose indifférente ; ce n’est pas un péché, mais simplement une faiblesse humaine. » (18 juin 1705) « Après-midi je ne peux pas aller au sermon, je m’endors de suite, et, comme ici on ne se trouve pas dans une tribune [1], mais qu’on est assise vis-à-vis de la chaire dans une chaise à bras [2] où tout le monde vous voit, ce serait un vrai scandale. Et depuis que je suis vieille, je ronfle très fort quand je dors : cela ferait rire le monde et troublerait le prédicateur. » (9 mars 1719)

   Peu lui importe les convenances : « Il fait un tel froid ici qu’on ne sait que faire. Hier, à la grand-messe, je crus que j’aurais les pieds gelés, car quand on est avec le roi il n’est pas permis par respect, d’avoir une chancelière [3]. J’eus un dialogue bien comique avec notre roi. Il me tançait vertement de ce que j’avais mis une écharpe : « On n’a jamais été à la procession en écharpe, dit-il. – Cela se peut, répondis-je, mais il n’a jamais fait aussi froid qu’il fait. – Autrefois, dit le roi, vous n’en mettiez pas. – Autrefois, répliquai-je, j’étais plus jeune [4] et ne sentais pas tant le froid. – Il y en avait de plus vieille que vous, dit-il, qui ne mettait pas d’écharpe. – C’est que, répondis-je, ces vieilles-là aimaient mieux se geler que de mettre quelque chose qui ne soit pas bien, et moi j’aime mieux être mal mise et ne pas me morfondre la poitrine, car je ne me pique pas de gentillesse. À quoi il ne répondit rien » (3 février 1695)

   Elle critique les curés : « Qu’on aille à Rome pour voir des antiquités, comme fait mon cousin le landgrave de Cassel, je le comprends, mais non qu’on y aille pour voir les momeries des prêtres. Rien n’est plus ennuyeux. Peut-être aussi que bien des gens y sont allés pour voir les trente mille dames galantes ; mais quiconque est curieux de cette denrée-là n’a qu’à venir en France, il en trouvera tout autant. Qui veut se repentir réellement de ses péchés n’a pas besoin d’aller courir à Rome ; se repentir dans son cabinet vaut tout autant. En France on ne se soucie ni de Rome ni du pape : on est persuadé qu’on peut faire on salut sans lui. » (21 janvier 1700)

   A la messe comme partout, on respecte les préséances : « Vous deviez bien penser qu’on fait ici, à la messe, des distinctions de rang. Ainsi, personne autre que les petites-filles de France ne peut avoir un clerc de chapelle qui fait les réponses de la messe et tient un cierge depuis le Sanctus de la Préface jusqu’au Domine non sum dignus. Les princesses du sang ne peuvent pas avoir de cierge ni de clerc de chapelle à part, et elles font faire les réponses de la messe par leurs pages. A la fin de la messe, le prêtre apporte le Corporal à baiser ; cela ne va pas plus loin que les enfants de France.  En est de même d’un calice dans lequel on donne à boire du vin et de l’eau ; nous seuls y avons droit, et il ne va pas jusqu’aux princes du sang. Vous voyez donc qu’ici il y a des cérémonies en tout aussi bien que de la dévotion. Dans toutes les choses spirituelles on a toujours, en ce pays, égard au temporel ; de sorte que si cela ne plaît pas au bon Dieu autant qu’il serait désirable, il y a un côté temporel par où c’est bon ; ainsi tout n’est pas perdu, comme vous voyez. » (3 avril 1710)

   Elle raconte une anecdote qui n’est certes pas à l’honneur des prêtres : « Nous avons ici un évêque [5] bien zélé, portant les cheveux plats et lissés, n‘osant regarder aucune femme, n’ayant jamais mis de poudre, ne portant que de petites et sales manchettes de deuil, c’est un homme jeune encore […], je crois qu’il a trente-deux ans. Je ne sais comment cela est venu ; mais le diable qui rôde partout comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer, doit avoir été choqué de cette dévotion. Il a inspiré au pauvre jeune évêque l’envie de convertir une jeune femme qui, dans sa ville natale, mène une conduite légère. Il la fit chercher pour qu’elle se confessât à lui. La femme est jeune, belle comme un ange et futée, elle a si bien parlé au bon évêque qu’elle l’a séduit avant qu’il l’eût convertie. Il n’a pu vivre sans elle, a renvoyé ses vieux domestiques, s’est entouré de ses parents à elle, ses cheveux plats, il les a fait friser, et tous les jours il se promenait en voiture avec la dame. Cela a tellement fâché le peuple qu’on a accueilli sa voiture à coups de pierre. Les ecclésiastiques qui lui ont fait des remontrances, il leur a offert des volées de coups de bâton. Ceux-ci ont tout mandé à ses parents […], il n’a voulu voir que sa mère et lui a dit qu’il ne savait pourquoi on faisait une telle affaire de ses rapports avec Mlle de Rickard (ainsi se nomme la dame), qu’il ne l’avait auprès de lui que pour qu’elle lui montrât la musique, qu’elle sait dans la perfection. Quand les parents ont vu que rien n’y faisait, ils ont prié mon fils de faire enfermer la dame dans une maison de correction nommée Sainte-Pélagie, ce qui fut fait. L’évêque a fait le serment de ne plus voir de sa vie aucun de ses parents. Ainsi finit la chanson. » (28 juillet 1718)

   Lorsque sa petite-fille devient abbesse de Chelles, elle écrit : « Le motif pour lequel notre pauvre Mlle d’Orléans est devenue une nonne est uniquement le peu d’affection que lui témoignait sa mère et la crainte d’être tourmentée pour qu’elle épousât le fils aîné du duc de Maine […] car, se disait-elle, si j’en épouse un autre, je m’attirerai la haine éternelle et la malédiction de ma mère. » (9 octobre 1718)

   Elle se moque de certaines coutumes religieuses, notamment durant les fêtes de Pâques : « Nous n’irons qu’à onze heures à la grand-messe, à notre paroisse. Nous nous y rendrons en cérémonie avec les gardes du corps et les suisses, tambours et fifres. De plus je rends le pain bénit aujourd’hui, c’est une espèce de grand gâteau. Il y en a douze, chacun porté par un suisse en livrée. Les tambours, les trompettes, les fifres marchent en avant ; les carrosses sont couverts de banderoles avec mes armes, chacun porte six cierges. Le maître d’hôtel de quartier marche derrière, portant sa baguette, de plus l’aumônier en surplis et le contrôleur général de ma maison qui mènent le bain bénit à l’église. On le coupe en morceaux, j’en envoie par mon maître d’hôtel au roi, à la duchesse de Berry et à toute la famille royale. Pour cela aussi il y a des cérémonies, auxquelles les princes du sang n’ont pas droit, mais je m’en soucie si peu que je ne sais pas même en quoi elles consistent. C’est certes une chose sotte et folle. Cet usage n’existe qu’en France. » (Jour de Pâques 1719)

   Elle fait preuve de tolérance : « Qu’est-ce que ce zèle impétueux qu’on déploie présentement à Heidelberg contre le catéchisme ? C’est une machination de prêtres, je n’en mettrais pas ma main au feu que les jésuites ne l’aient pas ourdie, car ils sont impitoyables vis-à-vis des autres religions […]. De tout temps les disputes et les querelles m’étaient insupportables ; pour avoir la paix on devrait supprimer la quatre-vingtième question [il s’agit du paragraphe du catéchisme réformé de Heidelberg qui dénonça la messe, désignée comme « idolâtrie maudite »]. À vrai dire elle est formulée trop durement. On aurait bien pu ne pas mettre cela. On ne devrait pas employer d’expressions aussi dures en parlant d’une chose qui se fait en mémoire de la passion et de la mort du Christ. » (1er juin 1719)

   A la mort de sa petite-fille, la duchesse de Berry, elle livre quelques détails sur les coutumes princières en matière de deuil : « Nous ne prendrons le deuil que pour trois mois. Il devrait durer six mois, avec des carrosses et des livrées noirs, mais le nouveau règlement de deuil en France a tout réduit de moitié. » (23 juillet 1719) « On ne porte des habits de deuil en drap que pour un mari ou une mère. C’est du drap de Saint-Maur en laine qu’on porte ou une étoffe en poil de chèvre qui est encore plus légère. » (17 août 1719)

   Elle lit beaucoup et réserve un jour à la lecture de la Bible : « Mais il faut que je m’arrête. J’ai commencé à écrire fort tard aujourd’hui, car c’était mon jour de Bible. J’ai lu mes chapitres, cinquième et soixante-seizième psaumes, les chapitres XIII, XIV, XV et XVI de saint Luc, et les mêmes chapitres de l’Apocalypse de saint Jean, à laquelle, pur dire vrai, j’ai fort peu compris. » (21 octobre 1719)

   Elle écrit à Leibniz : « Cette nation-ci est très difficile à contenter ; les gens écoutent le premier venu qui leur fait accroire quoi que ce soit et la province fait tout ce qu’on lui écrit de faire de Paris. Cela a particulièrement lieu quand les méchants prêtres se mêlent des affaires […]. C’est le cadet des soucis des prêtres d’ici de faire connaître et admirer les œuvres merveilleuses de Dieu : le dieu de la plupart d’entre eux, c’est Mammon, comme il est dit dans les sainte Écritures. » (21 novembre 1715)

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Notes

[1] A la différence de a chapelle de Versailles. Madame se trouve alors à Paris.

[2] Fauteuil.  

[3] Sac fourré destiné à tenir les pieds au chaud.

[4] Née en 1652, Madame a alors 43 ans.

[5] Il s’agit de l’évêque de Beauvais, le frère du duc de Beauvillier.

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