Arfure (La Bruyère)

Le pouvoir de l'argent (La Bruyère, Caractères)

   Dans le chapitre VI des Caractères, « Des biens de la fortune », La Bruyère dénonce le train de vie des fermiers généraux et le scandaleux pouvoir de l’argent. Il nous décrit ici la femme de l'un d'eux.

   « Arfure cheminait seule et à pied vers le grand portique de Saint ***, entendait de loin le sermon d’un carme ou d’un docteur [1] qu’elle ne voyait qu’obliquement, et dont elle perdait bien des paroles. Sa vertu était obscure, et sa dévotion connue comme sa personne. Son mari est entré dans le huitième denier [2] ; quelle monstrueuse fortune en moins de six années ! Elle n’arrive à l’église que dans un char [3] ; on lui porte une lourde queue [4] ; l’orateur s’interrompt pendant qu’elle se place ; elle le voit de front, n’en perd pas une seule parole ni le moindre geste ; il y a une brigue [5] entre les prêtres pour la confesser ; tous veulent l’absoudre et le curé l’emporte. » 

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Notes

[1] En théologie.

[2] Dans la ferme du huitième denier, impôt payé par les acquéreurs de biens ecclésiastiques.

[3] Un carrosse qui ressemble à un trône roulant.

[4] Traîne.

[5] Rivalité.

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