« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Princesse de Montpensier

Au programme de Terminale Bac série L (année scolaire 2017-2018)

 

La Princesse de Montpensier, brouillon de La Princesse de Clèves (Mme de La Fayette)

La Princesse de Montpensier (Mme de la Fayette)   La Princesse de Montpensier donne en 1662 le modèle de la nouvelle classique : rapidité et sobriété du style, intériorité de l’action et pensée pessimiste. C’est en somme le brouillon de La Princesse de Clèves.

   Comparaison avec La Princesse de Clèves

   Mlle de Montpensier n’a pas la conscience toujours en éveil de la princesse : surprise de ce qui lui arrive et de ce qu’elle ressent, incapable de se défier elle-même, elle meurt de chagrin lorsqu’elle est abandonnée. Elle peut faire sourire (lorsqu’elle passe sa colère sur le malheureux Chabanes) alors qu’on ne sourit jamais de Mme de Clèves. Le mari reste inconsistant et sa mort n’est qu’une circonstance malheureuse de plus, alors que la mort de M. de Clèves, sensible, amoureux et fidèle, est un événement terrible pour son épouse qui peut y voir comme une sanction de sa conduite et de ses sentiments. Le hasard joue un grand rôle dans le premier ouvrage alors que le second montre l’effet inéluctable des passions. Guise annonce parfois Nemours : il sacrifie à sa maîtresse un mariage qui le ferait entrer dans la famille royale, il se rend la nuit clandestinement à Champigny mais il est reçu et l’irruption du mari fait verser la scène dans le tragi-comique alors que dans La Princesse de Clèves, la scène reste tragique : silence de deux protagonistes séparés par le silence et l’obscurité, espionnage qu’ils ignorent, malentendu irréparable qui en résulte entre le prince et sa femme. Guise oublie peu à peu sa maîtresse, mais beaucoup plus rapidement, et cet oubli est favorisé par d’autres passions : joie de la vengeance et ambition, rencontre d’une autre femme, la marquise de Noirmoutier, la femme de sa vie : « Il s’y attacha entièrement et l’aima avec une passion démesurée et qui lui dura jusques à la mort. »

   Passion funeste que l’amour dans La Princesse de Montpensier, mais les malheurs qu’il entraîne ont pour cause la faiblesse des âmes frivoles et légères et la force des circonstances au milieu desquelles l’amour semble un sentiment dérisoire et déplacé. Scènes absurdes et bizarrerie du sort : exemple de la scène du bal où, trompée par la ressemblance des masques, Mlle de Montpensier parle confidentiellement au duc d’Anjou en croyant parler au duc de Guise. Ou encore la scène qui précède le dénouement : Chabanes est allé cacher à Paris son désespoir, on le soupçonne à tort de favoriser les réformés et on le massacre la nuit de la Saint-Barthélemy ; au matin, Montpensier se trouve par hasard face à son cadavre ; d’abord ému, il cède finalement à la joie d’être vengé par le sort : mort et joie absurdes puisqu’elle est l’œuvre de fanatiques et que Montpensier ignorera toujours qu’il a été trahi.

   Ainsi, le classicisme de La Princesse de Montpensier s’oppose au baroque mais en le niant : les éléments baroques sont vidés de leur sens ; traités avec sécheresse et rapidité, ils ne servent qu’à faire ressortir, par contraste avec l’étrangeté des situations, la misère de la condition humaine.

Sources : Le Roman jusqu'à la Révolution, Henri Coulet, Albin Michel, réédition 2000.

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