La Princesse de Clèves : héroïne mythique

   Mme de Clèves fait partie de l’imaginaire collectif littéraire, si du moins cette expression a un sens. Elle réunit en elle tous les topoï du classicisme précieux : élégance du corps, noblesse de l’âme et de la naissance, héroïsme des sentiments, vie tragique, etc.  

   Sa vie

  • Éducation janséniste et aristocratique
  • Un mariage sans amour
  • Les plaisirs et les servitudes de la Cour
  • La perte de la mère
  • La perte de l’époux
  • Maladie et retraite finale au couvent

   Un grand amour

  • Coup de foudre
  • Premières preuves d’amour
  • Premiers tourments
  • L’amour à mots couverts
  • Première fuite
  • Désarroi
  • La vérité du cœur
  • Jalousie
  • Tête-à-tête
  • Scrupules
  • Seconde fuite
  • « Remède violent » 
  • Encore une fuite
  • Tortures morales et remords
  • Dernière rencontre
  • Premier aveu
  • Renoncement définitif

   Les aveugles et irrépressibles élans du cœur la rapprochent des héroïnes de Racine.  

   Un secret bien gardé

   Mais comment analyser le personnage ? On peut s’interroger de diverses manières sur sa personnalité :

  • Mme de Clèves est-elle une héroïne tragique, cornélienne, racinienne, cartésienne ?
  • Une âme aristocratique, janséniste ?
  • Quelle est donc cette « vertu » qu’elle met au-dessus de tout ?
  • Sa vie est-elle une victoire ou un échec ?

       Une vision du monde

       L’abbé Prévost, auteur de Manon Lescaut reprochera aux analyses de Mme de La Fayette un « réalisme insuffisant ». On peut comparer les deux ouvrages et se demander ce qui rapproche et sépare les deux héroïnes, et de quelle manière chacune appartient à son siècle. 

       Ainsi, le mythe de la cruelle « Carte de Tendre » se poursuit et se transforme avec Adolphe (Benjamin Constant, 1816), Armance (Stendhal, 1827), Le Lys dans la vallée (Balzac, 1836), Carmen (Prosper Mérimée, 1845) Dominique (Eugène Fromentin, 1862), L’Education sentimentale (Gustave Flaubert, 1869),La Porte étroite (André Gide, 1909), Le Grand Meaulnes (Alain-Fournier, 1913), Un amour de Swann (Marcel Proust, 1913), Le Diable au corps (Raymond Radiguet, 1923), Le Soulier de satin (Paul Claudel, 1924) La Modification (Michel Butor, 1957), Moderato Cantabile (Marguerite Duras, 1958).

       Raymond Radiguet, auteur également du Bal du comte d’Orgel (1924) avait pour ambition de rivaliser avec La Princesse de Clèves. Une tentative de rapprochement des deux romans peut être intéressante.

       Mme de Clèves et la notion de devoir chez les héroïnes littéraires

       Dans La Princesse de Clèves, le devoir est conçu comme un contrat entre l’individu et la société. L’héroïsme final de Mme de Clèves serait cornélien si elle hésitait entre son devoir et l’amour. Mais il n’y a pas de place pour les incertitudes ou les compromis. La passion ronge les cœurs mais les consciences ne succombent pas. 

       C’est que l’héroïne n’est préparée ni par son éducation, ni par le code des bienséances aux conflits violents mais insolubles qui la surprennent et elle vit comme un songe l’amour coupable.   

       Par son sens inflexible de la vertu et du devoir, sa noblesse et sa droiture, Mme de Clèves et à l’origine d’une lignée de femmes qui ne transigent pas avec la fidélité conjugale : Julie dans La Nouvelle Héloïse, Charlotte dans Les Souffrances du jeune Werther, Mme de Mortsauf dans Le Lys dans la vallée, Mme de Couaën dans Volupté (Sainte-Beuve). Elle se rapproche également des héroïnes cornéliennes.

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