La Princesse de Clèves : traitement du corps

   Le traitement du corps par le romancier varie suivant les codes esthétiques d’une époque donnée. Chez Mme de Lafayette, représentante de l’art classique, le corps est suggéré de manière floue et assorti d’appréciations axiologiques : « Ce prince était un chef-d’œuvre de la nature » ou encore « l’homme du monde le mieux fait et le plus beau. » Le portrait de Mlle de Chartres, future princesse de Clèves est tout aussi imprécis : « Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde […] ; la blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l’on n’avait jamais vu qu’à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage, et sa personne étaient pleins de grâce et de charme. » La visée de la romancière n’est pas de nous restituer une image authentique mais de respecter les conventions de la galanterie et du bon goût.

   Le genre romanesque s’imposant au siècle suivant, le corps devient plus présent et plus visible. L’écriture se somatise en quelque sorte et le corps impose un langage. Mais la présence du corps reste métaphorique, il n’est nullement question du corps biologique ou du corps naturel. Sauf chez Sade évidemment, qui nous en livre toutes les réalités.  

Sources : Dictionnaire du roman, Yves Stalloni, Armand Colin, 2006.

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