Princesse de Clèves : aveu

Enquête sur l'aveu de la princesse de Clèves dans le Mercure galant

Le Mercure galant   En 1678, Donneau de Visé, le fondateur et le directeur du Mercure galant, premier journal littéraire, ouvrit une enquête auprès de ses lecteurs sur l'aveu de Mme de Clèves à son époux. L'enquête eut un succès considérable et les résultats plutôt défavorables à ce qu'avait imaginé Mme de La Fayette.

   Les « honnêtes gens » partagèrent l'avis de Bussy-Rabutin dans sa lettre à Mme de Sévigné du 29 juin 1678 : « L'aveu de Mme de Clèves à son mari est extravagant, et ne se peut dire que dans une histoire véritable ; mais quand on en fait une à plaisir, il est ridicule de donner à son héroïne un sentiment si extraordinaire. L'auteur, en le faisant, a plus songé à ne pas ressembler aux autres romans qu'à suivre le bon sens. Une femme dit rarement à son mari qu'on est amoureux d'elle, mais jamais qu'elle ait de l'amour pour un autre que lui. »

   A quoi Fontenelle répondit dans les colonnes du Mercure : « Qu'on raisonne tant qu'on voudra là-dessus, je trouve le trait admirable et très bien préparé : c'est la plus vertueuse femme du monde, qui croit avoir sujet de se défier d'elle-même, parce qu'elle sent son coeur prévenu malgré elle en faveur d'un autre que son mari. Elle se fait un crime de ce penchant, tout involontaire et innocent qu'il est, elle cherche du secours pour le vaincre. Je ne vois rien à cela que de beau et d'héroïque. On admire la sincérité qu'eut Mme de Clèves d'avouer à son mari son amour pour M. de Nemours. »

   Plus tard, Stendhal écrira dans De l'Amour (1822, chap. XXIX) : « La princesse de Clèves devait ne rien dire à son mari et se donner à M. de Nemours. »

   Le problème était digne de la casuistique amoureuse des salons du 17e siècle, d'où son succès.

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Date de dernière mise à jour : 01/02/2020