Athalie

Athalie et Esther étaient au programme de l'agrégation de Lettres en 2018

   On trouvera ici (Mme de Maintenon et Saint-Cyr) une première analyse que nous complétons dans cette page.

Les points communs avec Esther

   * Un intérêt dramatique obtenu sans amour profane, audacieuse nouveauté dans les deux cas ;

   * Des chœurs : les jeunes Israélites d’Athalie, groupées en chœur après chacun des quatre premiers actes, glorifient la puissance de Dieu (Acte I), honorent la sagesse de Joas (Acte II), espèrent le châtiment des impies (Acte III) et demandent au seigneur son aide pour le saint combat (Acte IV). Les chœurs, que les dramaturges de la renaissance ont imité des tragédies grecques, ne conviennent pas forcément à la tragédie du 17e siècle (crises passionnelles) mais les sujets bibliques au contraire, (crises collectives, crises de nation) s’y prêtent.

L’originalité d’Athalie

   * La pièce comporte un spectacle : le Temple de Jérusalem dont le spectateur aperçoit l’intérieur, avec l’évolution des lévites. Lorsqu’au quatrième acte, la reine Athalie vient réclamer au grand-prêtre le petit Éliacin qu’un songe lui fait craindre, mais dont elle ignore tout, tandis que le spectateur sait qu’il a le droit de régner, un rideau se tire soudain. Éliacin apparaît alors sur son trône, entre sa mère adoptive à genoux et le chef des prêtres, une épée à la main ; tout autour, les lévites en armes. Joad s’écrie : « Soldats du Dieu vivant, défendez votre roi ! » Aussitôt, le font du théâtre s’ouvre sur l’intérieur du Temple et les lévites armés se répandent de tous côtés sur la scène.

   * Athalie ose faire parler un enfant sur scène qui, par la candeur et la simplicité de ses réponse à l’interrogatoire terrifiant de la reine, émeut le spectateur, d’autant plus qu’il symbolise, face à l’usurpatrice, les descendants de David, en somme la Jérusalem nouvelle, la future Église chrétienne. Joas est le seul enfant mis sur scène par la tragédie classique, comme la petite Louison du Malade imaginaire dans la comédie.

   * Le personnage principal d’Athalie n’est plus un être humain ; ce n’est ni Athalie ni Joad, c’est Dieu. Et, pour la première fois dans le théâtre classique, un mouvement d’extase prophétique, celui du grand-prêtre à qui Dieu dévoile l’avenir au moment de la lutte décisive, nous emporte hors de la vie réelle.

   * C’est au point qu’on peut se demander si Athalie n’est pas une véritable épopée. Poème d’une nation, la nation juive, et d’une dynastie, celle de David. Le poème sacré se développe à travers un merveilleux incontestable ; puisque Dieu, invisible mais présent, exhorte les uns, aveugle les autres, inspire Joad et perd Athalie. On retrouve même dans la pièce certains procédés des épopées classiques, par exemple Joad voyant, sous le coup d’une illumination divine comme Énée aux Enfers, toute la lignée future de ses rois et les gloires prochaines de sa nation.

   * Toutefois, sans méconnaître le caractère épique de la pièce, elle reste une tragédie tout ce qu’il y a de plus classique. En effet, il s’agit d’un événement qui, si capital soit-il, ne constitue tout de même qu’un épisode d’une lutte séculaire. Athalie reste une crise qui se dénoue en 24 heures. D’autres éléments manquent, indispensables à toute épopée : grande étendue de la scène, tableaux de vie nationale, fresque d’une civilisation, commerce de l’homme avec la nature.  

À propos des chœurs

   Les Cantiques spirituels de Racine, écrits pour Saint-Cyr, l’ont préparé à ces chœurs d’Athalie et Esther dont le lyrisme chanté révèle son talent : rythmes variés, symétrie sans monotonie, accord de la strophe et de la pensée. Certes, il n’y a plus rien ici du lyrisme antique, de la beauté tragique des tragiques grecs. Les chœurs d’Esther ont surtout une grâce plaintive et tendre : c’est la Bible adaptée pour des jeunes filles du 17e siècle français. Même dans Athalie, rien de grandiose. Ils valent avant tout par leur fonction proprement dramatique, qui les mêle au drame.

   Sans doute que le lyrisme de Racine s’exprime également dans la vision prophétique du grand-prêtre Joad dont le critique Lanson dira : « Songez à ce qu’il a fallu de puissance poétique, de hardiesse artistique, pour concevoir et pour offrir au monde de raisonneurs et d’intellectuels un prophète, un vrai prophète, inspiré, délirant, dessinant l’avenir en images actuellement extravagantes. »   

   Rappelons que pour Voltaire, Athalie représente un « chef-d’œuvre de l’esprit humain », sur lequel Racine termine sa carrière.

Sources de Racine

   Dans le Livre des Rois, il est dit qu'Athalie, à la mort de son fils Ochosias, roi de Juda, fait massacrer ses petits-enfants et prend le pouvoir. Racine conserve ces événements et ceux qui suivent. Racine ne se sépare de la Bible qu'au dénouement. Au lieu de nous montrer une Athalie entrant avec la foule dans le Temple où retentissent les acclamations du couronnement, il la fait tomber dans le piège du grand-prêtre. Mais la Bible ne lui fournit que les faits. Il invente la politique de Joad, son énergie, sa confiance et son audace. Il invente également l'interrogatoire d'Eliacin. Et, bien évidemment, toute la psychologie et donc la tragédie elle-même.      

Jugement de d'Alembert sur Athalie

   Le 11 décembre 1769, d'Alembert écrit à Voltaire : "J'ai toujours regardé cette pièce comme une très belle tragédie de collège. Je n'y trouve ni action, ni intérêt ; on ne s'y soucie de personne, ni d'Athalie, qui est une méchante carogne, ni de Joad qui est un prêtre séditieux, ni de Joas,  que Racine a eu la maladresse de faire entrevoir, en deux endroits, comme un méchant garnement futur." Voltaire en a une bien meilleure opinion. 

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