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Citations sur Phèdre

   On sait que Phèdre repose sur la peinture des passions et leurs conséquences tragiques qui provoquent le plaisir du spectateur. À cet égard, on peut citer cet extrait des Réflexions sur la poétique de ce temps (1674), de René Rapin : « Dès que l’âme est ébranlée par des mouvements si naturels et si humains, toutes les impressions qu’elle ressent lui deviennent agréables : son trouble lui plaît, et ce qu’elle ressent d’émotion, est pour elle une espèce de charme, qui la jette dans une douce et profonde rêverie, et qui la fait entrer insensiblement dans tous les intérêts sur le théâtre. Et c’est dans cette émotion que consiste tout le plaisir qu’on est capable de recevoir de la tragédie. »

   Dans une interview donnée à L’Humanité le 20 septembre 2003, la comédienne Dominique Blanc qui incarne Phèdre[1] déclare : « Phèdre me bouleverse. Elle est l’incarnation du désir féminin absolu, entier. Le plus effrayant, au début de mon travail, a été de concilier ces deux extrêmes, présents chez elle : le désir d’amour et le désir de mort. Phèdre aime Hippolyte depuis le jour de son mariage avec Thésée. Elle est victime d’une sorte de fatalité. Elle est prête à mourir en silence, et elle se tue d’ailleurs à petit feu depuis des années. Lorsqu’elle réussit, avec beaucoup de tendresse, à nommer ce sentiment[2], tout se déchaîne en elle. Et notamment la haine de soi, qui l‘entraîne vers les comportements les plus fous. Elle est ainsi prête à se faire tuer pour Hippolyte, et à le transpercer, dans le même mouvement. Le rôle de Phèdre est très physique, remuant, périlleux.

   Didier Méreuze écrit dans La Croix du 25 mars 2014 un article titré « Phèdre furiosa »[3] dont voici un extrait : « Du bruit, de la violence, des larmes, du sang. De la douleur, de la détresse animale et sauvage... Dès l’apparition de Phèdre, tout habillée de noir, corps torturé, âme égarée, le ton est donné. Fille de Minos et de Pasiphaé, seule contre tous, à commencer par elle-même. Nerfs à vif, elle ballotte jusqu’au paroxysme, entre passion et perdition, désirs avoués et pulsions refoulées, prise au piège de la trouble dialectique de la culpabilité et de l’innocence. »

   Au sujet de cette culpabilité et de cette innocence, Racine lui-même précise dans sa Préface : « Phèdre n’est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente. Elle est engagée par sa destinée, et par la colère des dieux[4], dans une passion illégitime dont elle a horreur la première. »

 

 


[1] Dns la mise en scène de Patrice Chéreau au théâtre de l’Odéon en 2003.

[2] Cf. Acte I, scène 3 : « Tu vas ouïr le comble des horreurs. / J’aime... À ce nom fatal, je tremble, je frissonne, / J’aime... »

[3] Phèdre est incarnée par la comédienne Cécile Garcia Fogel au théâtre Gérard Philippe du 6 mars au 6 avril 2014, mise en scène de Christophe Rauck.

[4] Vengeance de Vénus.

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