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Femmes dans Les Fourberies de Scapin

   Zerbinette, la fille d’Argante (caricature de père, à la fois tyrannique, avare et lâche) enlevée enfant et élevée per des bohémiens, est d’un naturel gai et insouciant. Léandre, le fils de Géronte, s’est épris d’elle et projette de l’épouser. Notons qu’on n’apprend qu’à la fin de la pièce sa véritable identité.

   Acte I, scène 1 : Molière évoque « une jeune Egyptienne ». Au 17e siècle, on pensait que les gens du voyage venaient d’Egypte[1].    

   Acte II, scène 4 : « Vos Egyptiens sont sur le point de vous enlever Zerbinette, et elle-même, les larmes aux yeux, m’a chargé de venir promptement vous dire que si, dans deux heures, vous ne songez à leur porter l’argent qu’ils vous ont demandé pour elle, vous l’allez perdre pour jamais » dit Carle (« un fourbe », précise Molière) à Léandre. L’enlèvement de Zerbinette est un coup de théâtre qui vient bouleverser la situation des personnages. Pour Léandre, qui doit maintenant trouver rapidement une grosse somme d’argent (« cinq cents écus[2] »), c’est un obstacle supplémentaire.  

   Hyacinte est la fille de Géronte (il a les mêmes défauts qu’Argante auxquels s’ajoute la crédulité) mais le spectateur l’ignore au début de la pièce. Octave, le fils d’Argante et ami de Léandre, l’a épousée sans consulter son père. On apprend lors du dénouement qu’elle est la fille d’une seconde femme de Géronte, élevée en secret[3]. Elle est particulièrement sentimentale.

   Quant à Nérine, c’est la nourrice de Hyacinte.

   Scapin mettra ses talents au service des amoureux et parviendra à réconcilier les familles. Dans cette pièce légère, Molière aborde les thèmes qui lui sont chers : les amours contrariées, le pouvoir des parents, l’éducation et la lutte des classes (rapport maîtres-valets, par exemple à la scène 5 de l’Acte II). Les Fourberies consacrent le triomphe du mariage d’amour sur le mariage de raison imposé par les parents. 

   Les Fourberies, proches de la commedia dell’arte, sont l’archétype du spectacle de jeu masqué et de la farce.   

   La pièce se déroule à Naples, près du port.

   Zerbinette et Hyacinte n’apparaissent qu’à l’acte III, scène 1. Zerbinette affronte Géronte à la scène 3. Elle dialogue avec Sylvestre à la scène 4.  Toutes deux sont présentes aux scènes 10, 11 et 12.  

Réception de la pièce

   La première des Fourberies de Scapin a lieu le 24 mai 1671 au théâtre du Palais-Royal. C’est Molière qui tient le rôle de Scapin. Mais les circonstances ne sont pas favorables : la salle étant en travaux, les acteurs jouent sur une scène de taille réduite avec des décours très simples. Le public boude la pièce. Le spectacle est arrêté au bout de 18 représentations. Après ce demi-échec, Molière laisse la pièce de côté. Ce n’est qu’après sa mort que Les Fourberies sont jouées devant le roi et qu’elles obtiennent un succès triomphal.

La commedia dell’arte

      Il s’agit d’un type de comédie semi-improvisée qui laisse une grande part au jeu, à la gestuelle de l’acteur et à l’improvisation. Pour ce qui est de l’origine du mot, des troupes de comédiens amateurs, les dilletanti, décident de devenir de vrais acteurs professionnels, des comédiens dell’arte (de métier). Ces comédiens italiens sont venus en France à la demande de Catherine de Médicis au 16e siècle. Très à la mode à Paris, ils jouent à l’Hôtel de Bourgogne ou en plein air sur le Pont-Neuf. Louis XIV les apprécie également et les nomme « Comédiens ordinaires du Roi ». Il leu permet d’occuper la salle du Petit-Bourbon en alternance avec la troupe de Molière. Dès lors, on comprend que Molière ait pu être influencé par leur technique de jeu et les personnages (Arlequin, Sganarelle, Scapin, Pantalon, Matamore, Polichinelle). Au fil du temps, Arlequin s’est transformé en amoureux rêveur, toujours vécu d’un costume composé de losanges multicolores. Polichinelle est devenu un personnage de marionnette.       


[1] Les mots gitan et gipsy en anglais viennent du mot Egypte.

[2] L’écu vaut trois livres. Léandre a besoin de 1500 livres. Le salaire annuel de Scapin comme valet est d’environ cent livres. La somme est donc importante.  

[3] Géronte a installé sa fille Hyacinte et sa seconde femme à Tarente, un port du sud de l’Italie.