« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Femmes dans Tartuffe

Tartuffe et la Compagnie du Saint-Sacrement

   Molière lisant Tartuffe chez Ninon de Lenclos

   À peine entré en scène (1), Tartuffe fait un geste symbolique qui soulève un éclat de rire général et qui amusait surtout les contemporains de Molière. Apercevant la servante Dorine, qui a la gorge découverte selon la mode de l’époque, il tire un mouchoir de sa poche et, en détournant les yeux, le lui présente et lui dit :

  « Ah ! mon Dieu ! je vous prie ;

Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.

DORINE

Comment !

TARTUFFE

Couvrez ce sein que je ne saurais voir.

Par de pareils objets, les âmes sont blessées ;

Et cela fait venir de coupables pensées. »

   Nous voyons ici une caricature amusante. Mais ici Molière répond directement à la campagne que mènent à ce moment-là les Confrères du Saint-Sacrement, les prédicateurs et l’Archevêque de Paris lui-même contre la mode féminine. En 1660 en effet s’affrontent avec une acuité particulière deux conceptions de la vie : la conception mondaine et la conception chrétienne. La Compagnie du Saint-Sacrement est une société secrète composée des membres de l’aristocratie et de la bourgeoisie, convaincus qu’il faut réformer le monde au lieu d’en sortir (2), le fréquenter pour agir sur lui, faire pénétrer l’esprit de ferveur chrétienne dans les familles, les grands corps d’État, les salons, à la Cour même, et combattre partout le frivolité des mœurs et l’indécence de la mode. Un des articles du règlement de la Société prévoit la guerre aux troupes de baladins et d’histrions qui portent soi-disant la corruption parmi le peuple. Les Confrères ont entrepris la police des spectacles, empêchant, même par la violence, les exhibitions licencieuses et les jeux grossiers. Molière conserve le souvenir cuisant d’une rencontre avec leur troupe dans la salle des Messagers d’où il fut chassé à coups de bâton.

(Sources : Types universels dans la littérature française, Jean Calvet, Éditions Fernand Lanore, 1932).   

   C’est donc de ce conflit que naît Tartuffe, qui pose cette question redoutable : quelle place la religion doit-elle occuper dans la vie de société ?

_ _ _

Notes

(1) Il n’apparaît qu’au 3e acte.

(2) A la différence des jansénistes de Port-Royal qui ne veulent pas composer avec la société et se retirent dans la solitude.  

Tartuffe libertin

   Tartuffe ne tient pas vraiment au mariage avec Marianne. Trop sûr de lui, le voilà qui s’attaque à Elmire, la femme d’Orgon. Pour la séduire, il met en oeuvre toute une rhétorique pieuse. Car il a lu à la fois les livres de dévotion et les romans, a fait un amalgame de mauvais aloi et prétend maintenant utiliser son libertinage avec la plus grande hypocrisie religieuse.  (Acte III, scène 3) :

ELMIRE

« Il est vrai. Mais parlons un peu de notre affaire.

On tient que mon mari veut dégager sa foi,

Et vous donner sa fille. Est-il vrai ? dites-moi.

TARTUFFE

Il ‘en a dit deux mots ; mais Madame, à vrai dire,

Ce n’est pas le bonheur après quoi je soupire

Et je vois autre part les merveilleux attraits

De la félicité qui fait tous mes souhaits.

ELMIRE

Pour moi, je crois qu’au Ciel, tendent tous vos soupirs,

Et que rien ici-bas, n’arrête vos désirs.

TARTUFFE

L’amour qui nous attache aux beautés éternelles

 N’étouffe pas en nous l’amour des temporelles.

 Nos sens facilement peuvent être charmés

 Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés ;

 Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles ;

 Mais il étale en vous ses plus rares merveilles ;

 Il a sur votre face épanché des beautés

 Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transportés ;

 Et je n’ai pu vous voir, parfaite créature,

 Sans admirer en vous l’auteur de la nature,

 Et d’une ardente amour sentir mon cœur atteint,

 Au plus beau des portraits où lui-même il s’est peint.

 D’abord j’appréhendai que cette ardeur secrète

 Ne fût du noir esprit une surprise adroite ;

 Et même à fuir vos yeux mon cœur se résolut,

 Vous croyant un obstacle à faire mon salut.

 Mais enfin je connus, ô beauté tout aimable,

 Que cette passion peut n’être point coupable,

 Que je puis l’ajuster avecque la pudeur,

 Et c’est ce qui m’y fait abandonner mon cœur.

 Ce m’est, je le confesse, une audace bien grande

 Que d’oser de ce cœur vous adresser l’offrande ;

 Mais j’attends en mes vœux tout de votre bonté

 Et rien des vains efforts de mon infirmité ;

 En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude ;

 De vous dépend ma peine, ou ma béatitude ;

 Et je vais être enfin, par votre seul arrêt

Heureux si vous voulez, malheureux, s’il vous plaît. »

Réflexions autour de la tirade de Tartuffe

Ces réflexions proviennent d'une étude du CNED.

   * Molière se heurta parfois à la censure. Ainsi, il écrivit trois versions et mit cinq ans pour avoir enfin le droit, en 1669, de jouer durablement sa pièce Tartuffe. Les dévots en effet, regroupés dans la Compagnie du Saint-Sacrement, avaient fait pression sur le pouvoir royal et avaient réussi à la faire interdire. Molière soutenait cependant que sa pièce ne ridiculisait pas la vraie dévotion, mais dénonçait seulement les « faux dévots » et l’hypocrisie religieuse à travers le principal personnage de Tartuffe qui profite, sous couvert de la fausse vertu religieuse, de la faiblesse des esprits et prend la direction des consciences. Le riche Orgon a en effet introduit chez lui un dévot comme directeur de conscience et voudrait que toute sa maisonnée suive les recommandations de ce « saint homme ». Il voudrait même lui donner sa fille en mariage. La femme d’Orgon, Elmire, tente de détourner Tartuffe d’une telle union. Mais c’est d’une autre union que rêve Tartuffe…

   * Amour d’une créature terrestre ou bien amour de Dieu ? Le vocabulaire utilisé induit la confusion. Tartuffe avoue clairement à Elmire la passion charnelle qu’il éprouve pour elle mais il n’emploie pas le vocabulaire galant habituel, recourant au champ lexical de la religion dans sa déclaration amoureuse. On retrouve ainsi des expressions qui sont habituellement employées dans les textes sacrés, les Saintes Écritures, ou dans les textes de religieux comme Saint François de Sales, très lus à l’époque dans les milieux catholiques, l’Introduction à la vie dévote, ou le Traité de l’amour de Dieu : par exemple « ardente amour », ou « béatitude ». L’amour qui doit être celui de Dieu, « L’amour qui nous attache aux beautés éternelles », cède la place à « l’amour des temporelles » ; des « ouvrages parfaits que le Ciel a formés » en général, on passe à « parfaite créature », qui désigne très précisément Elmire. Par ailleurs, les termes de « cœur », d’« offrande », sont employés à la fois dans un contexte religieux et dans un contexte galant. Enfin, il s’adresse à Elmire comme un homme de foi doit s’adresser à Dieu : « En vous est mon espoir ». Il y a donc un amalgame, une confusion volontaire entre le vocabulaire de l’amour divin et celui de l’amour terrestre qui laisse supposer que Tartuffe n’est pas entièrement tourné vers la contemplation du Ciel, et subodorer qu’il instrumentalise la religion et la foi pour tenter de convaincre Elmire : en employant un vocabulaire religieux, il rassure, en conservant le masque du dévot…

   * Plan de la tirade : L’amour divin n’exclut pas l’amour terrestre, car les créatures ont justement été formées par Dieu et sont donc admirables ; cette perfection est justement illustrée par Elmire, en laquelle Tartuffe retrouve la perfection céleste. Cet amour l’a d’abord effrayé, mais il lui a ensuite paru conciliable avec son salut de bon chrétien. Il offre son cœur et par là sa vie à Elmire : de sa décision dépendra son bonheur.

   * Pour convaincre Elmire de lui céder, Tartuffe utilise divers arguments :

  1. Un premier argument affirme que si le Ciel a formé des créatures, elles sont parfaites, et elles peuvent donc être aimées (« Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés ») : l’amour divin n’a pas à exclure l’amour terrestre.
  2. La beauté d’Elmire atteint un tel degré de perfection qu’elle rappelle Dieu à quiconque la regarde (« Et je n’ai pu vous voir, parfaite créature, / Sans admirer en vous l’auteur de la nature ») : ce ne peut donc point être un péché que de vouloir la posséder.
  3. Après avoir compris que cet amour n’a rien de mauvais, Tartuffe offre son cœur à Elmire comme il en ferait l’offrande à Dieu : sa décision scellera donc son sort, c’est elle qui tient sa vie entre ses mains.

    * Molière fait sentir que son personnage est un faux dévot, dont il dénonce l’hypocrisie. Molière présente un personnage qui comme on l’a vu, emploie le vocabulaire de l’amour de Dieu pour évoquer une passion terrestre, qui plus est, adultère, et pis encore, sous le toit et avec la femme de son hôte : ce détournement de ce qui devrait être le plus respectable pour un dévot, les mots de l’amour divin, laisse supposer que Tartuffe n’éprouve pas une foi sincère. On peut imaginer facilement des jeux de scène dans lesquels Tartuffe se rapprocherait physiquement d’Elmire : le champ lexical de la passion suggère en effet le désir physique du personnage. Sous des dehors d’humilité (« Ce m’est, je le confesse, une audace bien grande/ Que d’oser de ce cœur vous adresser l’offrande », Tartuffe exerce un chantage sur Elmire. Molière dénonce ici l’hypocrisie des faux dévots, qui sous des dehors de piété cherchent à assouvir des désirs plus matériels, à gravir l’échelle sociale, à obtenir du pouvoir, ou comme ici se livrent aux péchés mêmes qu’ils combattent chez autrui.

    * Tartuffe est censé être une comédie. Mais on peut se demander en quoi le personnage est inquiétant. En effet, la pièce commence comme une comédie traditionnelle. Peu à peu cependant, Tartuffe prend le pouvoir sur la maisonnée, et le rire disparaît au profit de l’inquiétude. Dans cette scène, Tartuffe peut paraître ridicule – un dévot, probablement peu séduisant, fait la cour à une femme jeune et attirante ; mais son argumentation quelque peu perverse inquiète plutôt : il risque de semer le trouble sous le toit d’Orgon, de déshonorer Elmire, tout en préservant des apparences de ferveur religieuse – et restera donc, lui, inattaquable… Molière se livre donc à une dénonciation de qui semble un danger pour la société : il s’agit bien d’une critique sociale, qui prend ici la forme d’une tirade théâtrale à travers laquelle le personnage dévoile son jeu et expose ce qu’il est réellement derrière l’apparence du dévot à laquelle tout le monde se fie.

___Fin de citation.

Remarques

   1) Dans son étude de Molière, Sainte-Beuve écrit : « En retraçant le Tartuffe, et dans la tirade de dom Juan sur l'hypocrisie qui s'avance (acte V, scène 2), Molière présageait déjà [...] la triste fin d'un si beau règne, et il se hâtait, quand c'était possible à grand-peine et que ce pouvait être utile d'en dénoncer du doigt le vice croissant. S'il avait vécu assez pour arriver vers 1685, au règne déclaré de Mme de Maintenon, ou même s'il avait seulement vécu de 1673 à 1685, durant cette période glorieuse où domine l'ascendant de Bossuet, il eût été sans doute moins efficacement protégé... »

   2) La querelle autour de Tartuffe agite les esprits. Même le prince de Conti (ancien protecteur de Molière à Pézenas), converti à un catholicisme dévot, évoque « l'opposition qui est entre la comédie et les plus solides fondements de la morale chrétienne. »

   3) Dans sa Préface de Tartuffe, Molière évoque les dévots hypocrites qui ont fait interdire sa pièce : « Suivant leur louable coutume, ils ont couvert leurs intérêts de la cause de Dieu ; et le Tartuffe, dans leur bouche, est une pièce qui offense la piété. Elle est, d'un bout à l'autre, pleine d'abominations, et l'on n'y trouve rien qui ne mérite le feu. Toutes les syllabes en sont impies ; les gestes mêmes y sont criminels ; et le moindre coup d'œil, le moindre branlement de tête, le moindre pas à droite ou à gauche, y cache des mystères qu'ils trouvent moyen d'expliquer à mon désavantage. » Il écrit plus loin : « ... Si l’emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes je ne vois pas par quelle raison il y en aura de privilégiés. Celui-ci [l’hypocrisie] est, dans l’État, d’une conséquence bien plus dangereuse que tous les autres ; et nous avons vu que le théâtre a une grande vertu pour la correction. Les plus beaux traits d’une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire ; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C’est une grande atteinte aux vices, que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions ; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant ; mais on ne veut point être ridicule... »

   Pour Molière, il s’agit de « corriger les vices des hommes », notamment l’hypocrisie religieuse. Et, pour mieux atteindre le public, au lieu de faire de la morale, il faut le faire rire : l’homme ne supporte pas la moquerie.

Commentaire de Tartuffe (Molière), Acte I, scène 1 - Mme Pernelle

Extrait, vers 1 à 44


MADAME PERNELLE et FLIPOTE, sa servante, ELMIRE, DAMIS, MARIANE, DORINE, CLÉANTE.

MADAME PERNELLE 

Allons Flipote, allons, que d'eux je me délivre.

ELMIRE

Vous marchez d'un tel pas qu'on a peine à vous suivre.

MADAME PERNELLE

Laissez, ma bru, laissez, ne venez pas plus loin ;
Ce sont toutes façons dont je n'ai pas besoin.
ELMIRE
De ce que l'on vous doit envers vous on s'acquitte.
Mais, ma mère, d'où vient que vous sortez si vite ?

MADAME PERNELLE
C'est que je ne puis voir tout ce ménage-ci,
Et que de me complaire on ne prend nul souci.
Oui, je sors de chez vous fort mal édifiée :
Dans toutes mes leçons j'y suis contrariée ;
On n'y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c'est tout justement la cour du roi Pétaut.

DORINE

 Si...
 

MADAME PERNELLE
Vous êtes, ma mie, une fille suivante
Un peu trop forte en gueule, et fort impertinente ;
Vous vous mêlez sur tout de dire votre avis.
DAMIS
Mais...
MADAME PERNELLE
Vous êtes un sot en trois lettres, mon fils :
C'est moi qui vous le dis, qui suis votre grand'mère ;
Et j'ai prédit cent fois à mon fils, votre père,
Que vous preniez tout l'air d'un méchant garnement,
Et ne lui donneriez jamais que du tourment.
MARIANE
Je crois...
MADAME PERNELLE
Mon Dieu, sa sœur, vous faites la discrète,
Et vous n'y touchez pas, tant vous semblez doucette ;
Mais il n'est, comme on dit, pire eau que l'eau qui dort,
Et vous menez sous chape un train que je hais fort.
ELMIRE
Mais, ma mère...
MADAME PERNELLE
Ma bru, qu'il ne vous en déplaise,
Votre conduite en tout est tout à fait mauvaise ;
Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux,
Et leur défunte mère en usait beaucoup mieux.
Vous êtes dépensière, et cet état me blesse,
Que vous alliez vêtue ainsi qu'une princesse.
Quiconque à son mari veut plaire seulement,
Ma bru, n'a pas besoin de tant d'ajustement.
CLÉANTE
Mais, Madame, après tout...
MADAME PERNELLE
Pour vous, Monsieur son frère,
Je vous estime fort, vous aime, et vous révère ;
Mais enfin, si j'étais de mon fils, son époux,
Je vous prierais bien fort de n'entrer point chez nous.
Sans cesse vous prêchez des maximes de vivre
Qui par d'honnêtes gens ne se doivent point suivre.
Je vous parle un peu franc ; mais c'est là mon humeur,
Et je ne mâche point ce que j'ai sur le cœur.
DAMIS
Votre Monsieur Tartuffe est bien heureux sans doute...
MADAME PERNELLE
C'est un homme de bien, qu'il faut que l'on écoute,
Et je ne puis souffrir sans me mettre en courroux
De le voir querellé par un fou comme vous.

_ _ _

Remarques préliminaires

* alexandrins, rimes suivies,

* points de suspension à 5 reprises (parole souvent interrompue)

* Mme Pernelle prononce 40 vers sur 44 => la grand-mère, Mme Pernelle, monopolise la parole ; aucun autre membre de la famille ne parvient à s’exprimer.

Plan

 Problématique : scène d’exposition et scène de famille

 I. Scène d’exposition traditionnelle

1) Informations dramaturgiques

* Indices de lieu : Paris, chez Orgon (« Je sors de chez vous. »)

* Les liens qui unissent les personnages

- Mme Pernelle : mère d’Orgon, belle-mère d’Elmire, grand-mère de Damis et Mariane.

- Orgon : fils de Mme Pernelle, époux d’Elmire, père de Damis et Mariane, veuf.

- Elmire : épouse d’Orgon, belle-fille de Mme Pernelle et sœur de Cléante.

- Cléante : frère d’Elmire et beau-frère d’Orgon.

- Damis : frère de Mariane, fils d’Orgon, petit-fils de Mme Pernelle.

- Mariane : sœur de Damis, fille d’Orgon, petite-fille de Mme Pernelle

- Flipote : servante de Mme Pernelle

- Dorine : « fille suivante » (femme de chambre peut-être) de la maison d’Orgon.

- Tartuffe : un étranger introduit dans la maison d’Orgon.

=> Une famille bourgeoise recomposée avec sa domesticité et ses différentes générations (citer). Mme Pernelle exerce son autorité sur les domestiques et tous les membres de la maison (justifier : cf. remarques préliminaires). Tartuffe est absent de la scène mais nous est présenté indirectement à travers les paroles des personnages.  

2) Informations psychologiques

Quel regard Mme Pernelle porte-t-elle sur les autres personnages de la maison ? (portraits négatifs, regard dépréciatif)

* Elmire : vers 26, 29, 30 (conduite, « dépensière », trop élégante et coquette)

* Damis : vers 16, 19 (« sot », « méchant garnement », désobéissant)  

* Mariane : vers 21, 22, 23, 24 (hypocrite, sournoise)

* la défunte mère : exemplaire, économe.

* Cléante : vers 37, 38 (malhonnête, libertin)

* Dorine : vers 1, 15 (« impertinente », insolente, trop franche, curieuse et indiscrète). => A rédiger.

3) Informations génériques

Comédie.

* Comique de situation

Dynamisme de Mme Pernelle : elle est pleine d’énergie sur le plan physique comme psychologique (vers 1, 2, 6, 9). Volubile (abondance des verbes de parole, les citer). Elle occupe tout l’espace. Grand-mère redoutable.

* Comique de mots : par exemple « vous êtes un sot en trois lettres » (jeu de mots sur l’homophonie).

* Comique de caractère : Mme Pernelle, volubile, qui critique tout le monde et empêche les uns et les autres de s’exprimer.

 II. Une scène de famille

1) La mise en scène de la parole

Rares paroles des autres personnages qui parviennent à progresser d’un mot (« si ») à deux, puis trois et enfin à un vers (citer et développer). La grand-mère a le monopole de la parole.

2) Indignation de Mme Pernelle et raisons de la crise

Oppositions traditionnelles entre belle-mère et belle-fille, servante et maîtresse (cf. rapports dominant-dominé).

Opposition générationnelle : grand-mère et petits-enfants.

Mme Pernelle fait une scène à toute la famille. On perçoit le thème dominant de l’hypocrisie.

3) Manque de lucidité de Mme Pernelle

Le champ lexical de l’apparence et de l’hypocrisie est important (vers 19, 21, 22, 23, 30, 31 et 32) => thème principal de la pièce. Formules toutes faites (vers 12, 23, 16) => manque de perspicacité, ce que la suite de la pièce confirme puisqu’elle se trompe sur Tartuffe : c’est un usurpateur et un hypocrite qui cache bien son jeu. Discours laudatif de Mme Pernelle envers Tartuffe (qui s’oppose aux reproches qu’elle fait à sa famille). Relever les termes élogieux (vers 42 à 44).

 Bilan général - Conclusion

Toutes les fonctions d’une scène d’exposition sont remplies : liens entre les personnages, sujet de la pièce (hypocrisie), informations sur le genre (comédie). Tout cela dans un tourbillon de paroles et de mouvements d’une grand-mère volubile et dynamique qui fait une scène de famille : les informations sont données avec naturel dans un climat de crise psychologique. On perçoit à la fois la dimension comique de la pièce et son sujet, l’hypocrisie, que l'on peut résumer en une citation : "Ce n'est pas pécher que de pécher en silence."

Molière reviendra sur ce sujet qui lui tient à cœur dans Dom Juan (1665) : "L'hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour des vertus. Le personnage d'homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu'on puisse jouer aujourd'hui, et la profession d'hypocrite a de merveilleux avantages."

Remarques

- A quoi sert le théâtre pour Molière ?

   Dans sa Préface de Tartuffe (1664), Molière écrit : "Si l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes, je ne vois pas par quelle raison il y en aura de privilégiés. Celui-ci est, dans l'État, d'une conséquence bien plus dangereuse que tous les autres ; et nous avons vu que le théâtre a une grande vertu pour la correction. Les plus beaux traits d'une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire ; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes, que la peinture de leurs défauts. C'est une grande atteinte aux vices, que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions, mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant ; mais on ne veut point être ridicule."

- exemple de double énonciation dans Tartuffe : scène 5, acte IV.

   Orgon est caché sous une table afin de vérifier que les accusations de son épouse contre Tartuffe sont vraies. Celui-ci se comporte en libertin, exigeant qu'Elmire se donne immédiatement à lui. Orgon est choqué par l'hypocrisie et la trahison du faux dévot et Elmire redoute le viol. Mais cette scène reste comique pour le spectateur qui sait qu'il ne peut y avoir de viol dans une comédie de Molière.

- opinion de Baudelaire 

  « Molière - Mon opinion sur Tartuffe est que ce n'est pas une comédie, mais un pamphlet. Un athée, s'il est simplement un homme bien élevé, pensera, à propos de cette pièce, qu'il ne faut jamais livrer certaines questions graves à la canaille. » (Mon cœur mis à nu, XXXVII).      

Acte II, scène 3 (extrait)

   À l’acte II, scène 3 de Tartuffe, Molière met en scène Mariane qui implore le secours de la servante Dorine : la jeune fille, qui aime Valère, n’a pas osé résister à son père l’enjoignant d’épouser Tartuffe. Dorine se moque de sa soumission en la félicitant ironiquement du beau mariage qu’elle se laisse imposer. Elle trace un portrait satirique de la vie provinciale qu’elle mènera en compagnie de Tartuffe.         

«... Vous irez par le coche[1] en sa petite ville,

Qu’en oncles et cousins vous trouverez fertile,

Et vous vous plairez fort à les entretenir[2].

D’abord chez le beau monde on vous fera venir :

Vous irez viser, pour votre bienvenue,

Madame la baillive et Madame l’élue[3],

Qui d’un siège pliant vous feront honorer[4].

Là, dans le carnaval, vous pourrez espérer

Le bal et la grand ’bande[5], à savoir deux musettes.

Et parfois Fagotin[6] et les marionnettes,

Si pourtant votre époux... »

 

 


[1] Alors que les personnes bien nées voyageaient dans leur carrosse particulier. Le coche est une voiture publique. 

[2] On imagine la conversation en province...

[3] Le bailli est le juge royal d’un tribunal de première instance, appelé bailliage ; l’élu est un magistrat royal qui, dans certaines provinces, juge les contestations en matière d’impôts.

[4] On offre des sièges différents aux visiteurs selon leur qualité. Aux personnes qu’on veut traiter honorablement, on offre un fauteuil ; les pliants sont les sièges les moins honorables.

[5] On appelle ainsi le 24 violons de la chapelle du roi. Au bal de la petite ville, ce seront deux musettes ou cornemuses, instruments rustiques dont jouent les paysans. 

[6] Singe d’un célèbre montreur de marionnettes nommé Brioché.

* * *

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