La poésie racinienne

   Chez Racine, la poésie transfigure l’émotion. À l’exemple des Grecs, il a senti que l’art tragique résidait justement dans la transmutation de l’horreur en beauté. Le pathétique se fond dans l’émotion esthétique. Chateaubriand dira plus tard : « Les vraies larmes sont celles que fait couler une belle poésie ; il faut qu’il s’y mêle autant d’admiration que de douleur. »  

Quelques beau vers

« Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même,

Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Dans un mois dans un an, comment souffrirons-nous,

Seigneur qua tant de mers me séparent de vous ?

Que le jour recommence, et que le jour finisse,

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ? »

 (Bérénice, IV, 5)

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« Captive, toujours triste, importune à moi-même,

Pouvez-vous souhaiter qu’Andromaque vous aime ? »

(Andromaque, v. 301-302)

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« Ariane, ma sœur, de quel amour blessée

Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ? »

(Phèdre, v. 253-254)  

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« Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle

Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle... »

(Andromaque, III, 8)

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