« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

La Silvanire, bergère ressuscitée (Mairet)

La Silvanire ou La Morte vive (Jean Mairet, 1631) : une bergère ressuscitée

La Silvanire (Mairet)   Le sujet de cette tragi-comédie pastorale est tiré d’un épisode de la troisième partie de L’Astrée. Honoré d’Urfé avait lui-même composé une pastorale dramatique, titrée La Silvanire, à partir du même passage.

   Les personnages sont toujours les bergers du Forez. La bergère Silvanire aime le berger Aglante, mais se parents lui destinent un prétendant plus riche. Un autre soupirant, Tirinte, lui offre un miroir magique qui a la vertu d’inspirer l’amour. Mais Silvanire, empoisonnée, se meurt, non, non sans que ses parent lui aient accordé Aglante pour époux. Molière se souviendra peut-être de cet épisode dans Les Fourberies de Scapin. Silvanire se réveille dans son tombeau, trouve à son chevet Tirinte qui tente de la violer et épouse finalement Aglante après que le druide Adamas ait reconnu valide la promesse de ses parents. Tirinte, condamné à mort, est sauvé par une bergère qui l’aime. Apparaît également Hylas, le libertin de L’Astrée, mais il ne participe pas à l’action.

   L’intérêt de la pièce tient surtout à sa préface : Mairet, à l’imitation des auteurs italiens de pastorales dramatiques à la mode (le Tasse, Guarini, Bonarelli della Rovere) affirme pour la première fois en France la nécessité de suivre les règles d’Aristote, l‘unité d’action, de lieu et de temps (24 heures). L’observance des règles répond d’ailleurs au souci de mieux respecter la vraisemblance ; il ne s’agit pas pour Mairet d’imiter servilement les Anciens mais de rompre avec l’esthétique baroque. Il ne cache pas d’ailleurs que sa pièce est un exemple qui doit corroborer sa démonstration et qu’il l’a composée davantage pour être lue que jouée.

   Le succès de La Silvanire est moindre que celui d’autres pièces de Mairet, comme Sophonisbe (1634), La Sylvie (1628) et surtout les immorales Galanteries du duc d’Ossonne (1632) qui ne suivent pas forcément les préceptes énoncés dans la préface. La gloire de Mairet sera écrasée par celle de Corneille.  

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