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Le Bourgeois Gentilhomme

Résumé du Bourgeois Gentilhomme (1670)

   M. Jourdain, marchand de drap enrichi, rêve de faire figure dans le monde. Il est bafoué de mille façons par les maîtres qu’il a pris pour le former aux belles manières, et outrageusement exploité par un certain comte ruiné, nommé Dorante. Dorante s’est offert à lui procurer les bonnes grâces d’une marquise, Dorimène, dont M. Jourdain s’est épris. En réalité, le noble arnaqueur travaille pour lui-même avec l’argent du bourgeois. Mme Jourdain, qui ne partage pas la folie de son mari, n’a point de sympathie pour Dorante. Aidée par sa servante Nicole, elle surveille son manège et lui dit vertement son fait ainsi qu’à Dorimène, qu’elle surprend à festoyer dans sa propre maison avec son mari. M. Jourdain a une autre marotte : c’est de marier Lucile, sa fille, avec un marquis pour le moins. Or Lucile est éprise d’un certain Cléonte, qui n’est point gentilhomme. Aussi ne peut-il être question de conclure ce mariage sans recourir à un subterfuge. Le valet de Cléonte, le subtil Covielle, en imagine un : travesti en Turc, il persuade M. Jourdain que le fils du Grand Turc, de passage à Paris, s’est épris de sa fille et veut l’épouser. Le naïf bourgeois, après avoir été élevé à la dignité de mamamouchi, donne avec joie Lucile à son Altesse qui n’est autre que Cléante déguisé.  

   Le Bourgeois Gentilhomme a été écrit sur le désir du roi, qui avait commandé à Molière un intermède bouffon mêlé de quelque turquerie : l’année précédente, une ambassade turque avait fort amusé la cour. Molière mêla à la mascarade la comédie de caractère et la comédie de mœurs : il a tracé le premier le type du parvenu et du chevalier d’industrie qui vont remplir les pièces du 18e siècle.

 

Représentations

   Le 14 octobre 1670, la « comédie-ballet » Le Bourgeois gentilhomme, écrite en collaboration par Molière et Lulli « pour le divertissement du roi », fut représentée à Chambord devant la cour. Reprise les 16, 20 et 21 octobre à Chambord, le 8 novembre à Saint-Germain, la pièce fut donnée au théâtre du Palais-Royal à Paris le 23 novembre. 

   Se mêlent ici les dialogues, la musique et la danse. Lulli, chargée de la partie musicale, joua avec beaucoup de verve le rôle du Mufti. Molière, qui savait chanter et danser et auquel le sujet de la pièce, « une cérémonie turque burlesque » avait été imposé, s’avisa de « coudre les intermèdes au sujet de la pièce et de ne faire qu’une seule chose du ballet et de la comédie » comme il l’avait fait pour Les Fâcheux en 1661 et pour le « Divertissement royal accompagnant Les Amants magnifiques » le 4 février 1670.  Il devait renouveler le genre le 17 février 1671 avec la « tragédie-ballet de Psyché ».

   Le Bourgeois obtint un grand succès à la cour comme à la ville et l’obtient encore à la Comédie-Française.

   Lors de la première représentation on sait que Molière tint le rôle de M. Jourdain, Hubert celui de Mme Jourdain, Mlle Molière celui de Lucile, Mlle Beauval celui de Nicole, Mlle de Brie celui de Dorimène.

Focus personnages féminins

   A l’Acte III, Monsieur Jourdain veut montrer à sa femme et à la servante Nicole ses connaissances nouvelles, se couvre de ridicule. Mme Jourdain reproche à son mari de fréquenter les nobles et de ne pas s’s’occuper du mariage de sa fille, le blâmant de recevoir Dorante. Malgré ses avis, M. Jourdain se laisse emprunter à nouveau de l’argent par Dorante qui s’est chargé d’offrir une bague à la marquise Dorimène que M. Jourdain courtise. Il se substitue à lui pour offrir à Dorimène « un dîner et un régal ». Nicole prévient Mme Jourdain qu’il y a « anguille sous roche ». Scènes de dépit amoureux entre Cléonte et Lucile, la fille de M. Jourdain, entre Nicole et Covielle puis raccommodements. Mme Jourdain invite Cléonte à demander la main de Lucile à M. Jourdain, qui refuse car Cléonte n’est pas un gentilhomme. Covielle propose à Cléonte un stratagème. Arrivée de Dorante et Dorimène qui s’inquiète des dépenses faites en son honneur.  

   A l’Acte IV, le festin tire à sa fin. M. Jourdain adresse à Dorimène de maladroits compliments quand Mme Jourdain survient, indignée : elle dit leur fait à M. Jourdain, à Dorante et à Dorimène qui veut sortir. Le ménage Jourdain continue à se disputer quand apparaît Covielle déguisé en Turc. Il annonce à M. Jourdain que le fils du Grand Turc (Cléonte déguisé) a vu Lucile, s’est épris d’elle et veut l’épouser. Ainsi, M. Jourdain sera élevé à la dignité de « mamamouchi ». Il accepte donc.

A l’Acte V, Mme Jourdain retrouve son mari affublé des insignes de sa nouvelle dignité et le croit fou. Arrivée de Dorante avec Dorimène qui lui offre de l’épouser. Cléonte et Covielle, en costume turc, qui viennent pour le contrat de mariage, sont présentés à Dorimène et Dorante. M. Jourdain impose le fils du Grand Turc comme époux à Lucile qui accepte en reconnaissant Cléonte.  Même jeu de scène avec Mme Jourdain qui consent au mariage.

   Comme dans la plupart des comédies de Molière, il s’agit d’un mariage dont l’arrangement est troublé par la manie d’un proche parent de la jeune fille, ici le père. Le thème est donc analogue à celui de Tartuffe (1664), de L’Amour médecin (1665), de L’Avare (1668), des Femmes savantes (1672) et du Malade imaginaire (1673). Dans la farce de Georges Dandin (1668), Molière avait déjà montré les déboires d’un prétendant à la noblesse. Le Dépit amoureux fournit, pour l’Acte III, la scène de la dispute et du raccommodement des amoureux. 

En résumé :

Mme Jourdain représente le bon sens un peu rude et étroit de la bourgeoisie française qui pense à pourvoir sa fille d’un époux et qui défend énergiquement ses écus et sa maison contre l’intrusion intéressée des parasites. Elle est aidée dans sa tâche par Nicole qui, comme toutes les servantes de Molière, use de son franc-parler pour combattre les manies et les prétentions de son maître. Dorimène, une marquise authentique, ne semble pas très bien se rendre compte du jeu suspect de Dorante et traverse l’action sans comprendre l’intrigue où elle tient un rôle. Lucile n’a qu’un rôle épisodique. Elle n’intervient dans l’action que pour se disputer puis se raccommoder avec Cléonte qu’elle épousera en tant que fils du Grand Turc. 

Pourquoi un tel sujet ?

   1/ La pièce est un document de l’époque où tout financier enrichi achète une charge qui lui confère la noblesse (cf. « la savonnette à vilains »), où tout bourgeois à l’aise achète un domaine de grand seigneur ruiné dont il prend le nom. Des vérifications de titres avaient eu lieu plusieurs fois depuis 1660 et avaient abrogé maintes lettres de noblesse suspectes. La pièce est bien une comédie d’actualité et une satire contre un snobisme contemporain. 

   2/ En novembre 1669, Louis XIV avait reçu en grande pompe à Saint-Germain l’envoyé (Muta Ferraca) d’un sultan qui avait manifesté une totale indifférence pour la magnificence de la réception. On en garda rancune et on ne manqua pas de se moquer de lui et de la civilisation étrange qu’il représentait. 

   Depuis longtemps, les turqueries étaient à la mode. Dès 1641, Scudéry et sa sœur avaient fait paraître un long roman à succès, Ibrahim ou l’illustre Bassa, qui révélait une Turquie de fantaisie. En 1645, Rotrou avait, dans sa comédie La Sœur, fait parler le turc à l’un de ses personnages. Lulli, en 1660, avait offert à la cour un Récit turquesque qui avait ravi Louis XIV. En 1672, Racine devait tirer d’une intrigue de cour à Constantinople, sa tragédie de Bajazet.

   Puisque les Turcs avaient du succès, on décida de prendre pour thème du « divertissement royal » une cérémonie turque et le chevalier d’ Arvieux, qui revenait d’un long séjour en Orient, fournit aux collaborateurs les éléments authentiques sur lesquels ils pouvaient travailler. Au cours des réunions chez Molière à Auteuil, on arrêta les grandes lignes de l’intrigue. Molière, qui avait déjà raillé les manies et les vices de son temps dans ses grandes comédies, utilisa ses notes, feuilleta ses modèles favoris, reprit dans ses inventions précédentes quelques tirades et quelques jeux de scène qui avaient été bien accueillis, accepta les conseils de Lulli et mit en œuvre les qualités physiques de ses comédiens.      

Jugements sur la pièce

  • « Le Bourgeois gentilhomme est un des plus heureux sujets de comédie que le ridicule des hommes ait pu fournir. La vanité, attribut de l’espèce humaine, fait que les princes prennent le titre de rois, que les grands seigneurs veulent être des princes… Cette faiblesse est précisément la même que celle d’un bourgeois qui veut être homme de qualité ; mais la folie du bourgeois est la seule qui soit comique et qui puisse faire rire au théâtre : ce sont les extrêmes disproportions des manières et du langage d’un homme avec les airs et les discours qu’il veut affecter qui font un ridicule plaisant. » (Voltaire, Sommaires des pièces de Molière, 1765).  
  • « J’entends dire qu’il (Molière) attaque les vices ; mais je voudrais bien que l’on comparât ceux qu’il attaque avec ceux qu’il favorise. Quel est le plus blâmable, d’un bourgeois sans esprit et vain qui fait sottement le gentilhomme, ou du gentilhomme fripon qui le dupe ? Dans la pièce dont je parle, ce dernier n’est-il pas l’honnête homme ? N’a-t-il pas pour lui l’intérêt ? Et le public n’applaudit-il pas à tous les tours qu’il fait à l’autre ? …. » (Rousseau, Lettre à M. d’Alembert sur les spectacles, 1758).
  • « Molière me paraît un peu répréhensible d’avoir pris des sujets trop bas. La Bruyère, animé à peu près du même génie, a peint avec la même vérité et la même véhémence que Molière les travers des hommes ; mais je crois que l’on peut trouver plus d’éloquence et d’élévation dans ses peintures. On peut mettre encore ce poète en parallèle avec Racine. L’un et l’autre ont parfaitement connu le cœur de l’homme ; l’un et l’autre se sont attachés à peindre la nature. Racine la saisit dans les passions des grandes âmes ; Molière dans l’humeur et les bizarreries des gens du commun. L’un a joué avec un agrément inexplicable les petits sujets ; l’autre a traité les grands avec une sagesse et une majesté touchantes. Molière a ce bel avantage que ses dialogues jamais ne languissent : une forte et continuelle imitation des mœurs passionne ses moindres discours. Cependant à considérer simplement ces deux auteurs comme poètes, je crois qu’il ne serait pas juste d’en faire comparaison. » (Vauvenargues, Réflexions critiques, 1746).   
  • « Molière, jusqu’à sa mort, fut en progrès continuel dans la poésie du comique. Qu’il ait été en progrès dans l’observation morale et ce qu’on appelle le haut comique, celui du Misanthrope, du Tartuffe et des Femmes savantes, le fait est trop évident et je n’y insiste pas ; mais autour, au travers de ce développement, où la raison de plus en plus ferme, l’observation de plus en plus mûre ont leur part, il faut admirer ce surcroît toujours montant et bouillonnant de verve comique très folle, très riche, inépuisable, que je distingue fort, quoique la limite soit malaisée à définir, de la farce un peu bouffonne et de la lie un peu scarronesque où Molière trempa au début… Quoi qu’on ait dit, Monsieur de Pourceaugnac, Le Bourgeois gentilhomme, Le Malade imaginaire attestent au plus haut point ce comique jaillissant et imprévu. Pourceaugnac, M. Jourdain, Argan, c’est le côté de Sganarelle continué, mais plus poétique, plus dégagé de La Farce du Barbouillé, plus enlevé souvent par-delà le réel. » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, X, 1868).    

          

Sujets de dissertations 

  • Les jeux de scène : en quoi contribuent-ils non seulement à rendre l’action plaisante, mais encore préciser les caractères, en particulier celui de M. Jourdain ?
  • Faites, à la manière de La Bruyère, le portrait de M. Jourdain, bourgeois gentilhomme.
  • En quoi M. Jourdain peut-il être considéré comme l’ancêtre des nouveaux riches ?
  • Molière s’est souvent moqué des philosophes :  Métaphraste dans Le Dépit amoureux, Pancrace et Marphurius dans Le Mariage forcé, Robinet dans La Comtesse d’Escarbagnas. En quoi le maître de philosophie est-il le plus ridicule de ces personnages ? Comment Molière combat-il la fausse science et ses méthodes surannées ?

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Date de dernière mise à jour : 24/09/2021