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Le Malade Imaginaire-Bon à savoir

La comédie avant Molière

   Hormis les farces grossières, notre théâtre comique n’était guère représenté que par des comédies d’intrigue, le plus souvent mêlées de farce. Dans la comédie d’intrigue, l’intérêt repose sur la complication croissante de l’action que l’ingéniosité de l’auteur parvient à dénouer, après avoir porté au plus haut point la curiosité des spectateurs. Les comédies à succès s’inspiraient des pièces espagnoles et italiennes. En 1654-1655, d’une comédie de l’Espagnol Zorrilla dérivent L’Écolier de Salamanque de Scarron, Les Généreux ennemis de Boisrobert et Les Illustres Ennemis de Thomas Corneille. Ce théâtre a des défauts : événements obscurs et embrouillés (les Italiens disent imbroglio), romanesque poussé jusqu’à l’absurdité, complication précieuse et manque de naturel des sentiments (surtout dans les comédies galantes de Quinault) : ce ne sont que pirates, enlèvements, déguisements, quiproquos, substitutions, naufrages, reconnaissances.

   Pierre Corneille avait innové en remplaçant par des « honnêtes gens » les valets sans scrupules, les parasites, capitans et docteurs de la comédie italienne ; mais les intrigues restaient enchevêtrées et ses complication sentimentales encore loin du naturel qui triomphera chez Molière. On peut citer de Corneille (de 1628 à 1636) Mélite ou Les Fausses Lettres, La Veuve, La Galerie du Palais et La Suivante.

Résumé du Malade imaginaire (1673)

   ARGAN passe sa vie entre les médecines et les lavements. Il a une fille, ANGÉLIQUE, qu’il projette de marier avec THOMAS DIAFOIRUS, fils de médecin, médecin lui-même et neveu de son médecin ordinaire, M. PURGON. Il aura ainsi dans sa famille « la source des remèdes qui lui sont nécessaires. » D’autre part, il veut déshériter sa fille au profit de sa deuxième femme, la doucereuse BÉLISE.  Mais ANGÉLIQUE a deux défenseurs : son oncle BÉRALDE et surtout Sa domestique, la vive et moqueuse TOILETTE. Ils s’appliquent d’abord rompre le mariage projeté avec THOMAS DIAFOIRUS, un grand benêt nouvellement sorti des Écoles, à la fois pédant et grotesque, et à favoriser l’union d’ANGÉLIQUE avec CLÉANTE qu’elle aime : ils y parviennent en brouillant ARGAN avec l’artisan de mariage extravagant, M. PURGON, un ignare, aux dires de TOINETTE qui, déguisée en « médecin passager », affirme à ARGAN que sa femme ne le choie que pour son argent : il lui suffit de contrefaire le mort un instant pour voir avec quelle allégresse sa « veuve » se prépare à le dépouiller de ses papiers. La même épreuve, tentée sur ANGÉLIQUE et CLÉANTE, provoque leur sincère désespoir. Attendri, ARGAN consent à leur mariage, pourvu que CLÉANTE se fasse médecin. « Mais, mon frère, lui dit BÉRALDE, faite-vous donc médecin vous-même. En recevant la robe et le bonnet, vous saurez du même coup tout ce qu’il faut savoir. »

   Ainsi est annoncé le divertissement connu sous le nom de Cérémonie du Malade imaginaire. 

Les Médecins et la résistance au progrès

   Dans Le Malade, on peut se reporter à la scène où BÉRALDE, l’interprète de Molière, fait une critique en règle de la médecine (III ,3). Pour ridiculiser cette soi-disant science du temps, Molière nous y montre tantôt un personnage qui parodie les médecins (III, 14), tantôt un vrai médecin ayant une confiance totale et pointilleuse en son art, comme das les scènes 6 et 9 de l’acte II.

   Si, au 17e siècle, quelques esprits indépendants et audacieux ont, chez-nous, ouvert à la pensée des route nouvelles, le mouvement scientifique eut cependant beaucoup moins d’importance et d’éclat en France qu’à l’étranger. Citons Newton en Angleterre, Harvey qui découvrit en 1619 la circulation du sang, Kepler et Leibniz en Allemagne, Huygens en Hollande, Galilée en Italie et son disciple Torricelli. Mais plusieurs institutions encouragèrent chez nous les recherches scientifiques au 17e siècle : en 1626 fut créé, sur les conseils et avec l’aide de Gui de la Brosse,  médecin de Louis XIII, le Jardin Royal des plantes médicinales, réorganisé en 1671 et devenu plus tard le Jardin des Plantes, en 1665 fut créé le Journal des Savants, en 1666 fut fondée l’Académie des Sciences dont les membres passèrent, en 1699, de 16 à 50 ; en 1667-1672 fut construit l’Observatoire où Colbert appela l’Italien Gassini et le Danois Roemer.    

   Car l’effort des philosophe et des savants rencontra un obstacle dans la méthode d’autorité, qui depuis le moyen âge n’avait pas cessé de régner dans l‘enseignement officiel, toujours respectueuse de l’opinion des Anciens, toujours méfiants à l’égard des idées neuves et des découvertes récentes. S’y opposèrent Descartes et Pascal. La Sorbonne était le foyer de la tradition, le centre de la résistance au progrès.

   Le conflit entre la science et l’autorité fut particulièrement aigu en médecine. De là la longue opposition que rencontrèrent toutes les théories physiologiques nouvelles, par exemple celle de Harvey : en 1673, dans Le Malade imaginaire Molière fait encore allusion à cette polémique entre les « circulateurs » et leurs adversaires (II, 5). De là aussi la résistance aux remèdes nouveaux, comme le quinquina à propos duquel La Fontaine composa en 1682 un poème didactique de plus de 600 vers.

- Extrait de l’Acte II, scène 5 (contre les « circulateurs ») -

M. DIAFOIRUS – Mais sur toute chose ce qui me plaît en lui, et en quoi il suit mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang et autres opinions de même farine.

THOMAS DIAFOIRUS (tirant de sa poche une grande thèse roulée qu’il présente à Angélique) – J’ai contre les circulateurs soutenu une thèse, qu’avec la permission (saluant Argan) de Monsieur, j’ose présenter à Mademoiselle, comme un hommage que je lui dois des prémices[1] de mon esprit.

ANGÉLIQUE – Monsieur, c’est pour moi un meuble[2] inutile, et je ne me connais pas à ces choses-là.

TOINETTE – Donnez, donnez, elle est toujours bonne à prendre pour l’image[3] ; cela servira à parer notre chambre.  


[1] Premières productions : terme employé ici d’une manière solennelle et ridicule.

[2] Objet. Le mot avait alors un sens plus général qu’aujourd’hui.

[3] Les thèses étaient imprimées sur étoffe parfois sur du satin et portant une vignette. O peut citer cet extrait de Boileau (Satire X) : « Peindrai-je son jupon bigarré de latin, / Qu’ensemble composaient trois thèses de satin, / Présent qu’en un procès sur certain privilège/Firent à son mari les régents d’un collège, / et qui, sur cette jupe, à maint rieur encor / Derrière elle faisait dire ARGUMENTATION ? » 

La part de la farce dans Le Malade imaginaire

   1/ Caractère traditionnel de la farce avec le déguisement (III, 14). Langue vigoureuse, une certaine grossièreté de paroles et de gestes parfois. Sur ce point, toutefois, son comique est plus discret que celui de ses prédécesseurs (Scarron, Desmarets ou Cyrano de Bergerac).

   2/ Renouvellement de la farce avec :

* la vérité de l’observation : Molière transforme les types traditionnels de la farce, pantins au caractère immuable, en êtres humains. Les pédants deviennent des médecins, diversité des valets et servantes (ici la rusée TOINETTE)

* simplification caricaturale : mélange habilement osé de bouffonnerie et de réalité. Molière trouve un point d’équilibre : le spectateur s’attache à des faits invraisemblables grâce à la réalité qui s’y trouve mêlée. Pourtant, si graves que soient les situations, nous ne pouvons qu’en rire car la part de convention théâtrale empêche l’émotion. 

   3/ Dans certains cas, les procédés mécaniques de la farce avec leur simplification caricaturale, se révèlent les meilleurs pour peindre les caractères de maniaques et d’obsédés, comme ARGAN. Sa passion l’aveugle au point de l’isoler de la réalité et de le rendre insensible à ce qui n’est pas son idée fixe.  

   4/ Valeur symbolique : la farce peut être conçue comme un moyen de rendre matériellement sensible au spectateur une vérité morale ou une idée. Si l’on y réfléchit, la scène où la consultation burlesque de TOINETTE déguisée en médecin (III, 14), la cérémonie où ARGAN devient médecin déchaînent le rire mécanique de la farce, mais ont aussi une signification morale : cf. l’aveuglement d’ARGAN (III, 16-18).

   Le comique de farce est un élément inséparable du génie de Molière.

Intrigue dans les grandes comédies de Molière

   Molière sait très bien bâtir une intrigue attachante mais il se tourne rapidement vers l’étude des mœurs et des caractères. Dans ses meilleures comédies, Tartuffe, le Misanthrope, L’Avare, Le Bourgeois Gentilhomme, Les Femmes Savantes, Le Malade Imaginaire, il est avant tout soucieux de peindre « d’après nature », et il lui arrive de négliger l’intrigue, ou du moins de la subordonner à la vérité de l’être humain. 

1/ Le schéma habituel de la comédie d’intrigue

   Le problème qui recevra sa solution au dénouement est celui d’un mariage contrarié par les parents (ARGAN et BÉLISE) de la jeune fille (ANGÉLIQUE). Le personnage qui s’oppose au mariage est un maniaque aveuglé par son obsession et l’action a pour objet de mettre en lumière les défauts et le ridicule de son caractère (ARGAN). 

* le héros

   C’est pour satisfaire une idée fixe que le personnage central contrarie le mariage de son enfant et veut lui en imposer un autre. Notre malade imaginaire ARGAN ne saurait épouser qu’un médecin : « C’est pour moi que je lui donne ce médecin, et une fille de bon naturel doit être ravie d’épouser ce qui est utile à la santé de son père. » 

* les exploiteurs

   Autour de ce maniaque se trouve des intrigants qui exploitent ses idées fixes : Personnage avide comme BÉLISE qui convoite l’héritage de son époux. C’est une habile hypocrite dont l’action persévérante suppose une connaissance profonde de son dupe.  

* le parti du bon sens

   Face à cette coalition (le père et son exploiteur) voici le couple des amoureux menacé, très épris mais désarmé, mais heureusement soutenu par des êtres raisonnables et ingénieux, ici une servante à la langue bien pendue, capable d’inventer des ruses pour démasquer les hypocrites et faire triompher l’amour. Dans Le Malade, c’est TOINETTE qui dit son fait à ARGAN (I, 5) et démasque par un stratagème l’hypocrite BÉLISE (III, 18).    

   Les comédies de Molière ont de nombreux points communs mais sont loin de se ressembler.

2/ Intrigue psychologiques

   La tentation de bâtir l’intrigue en fonction du personnage central l’emporte dans Le Malade Imaginaire. Il semblerait que Molière, oubliant son couple d’amoureux et leur bonheur menacé, s’ingénie à rassembler les scènes qui nous montrent sous tous ses aspects le caractère de son malade. Au 3e acte surtout, de nombreuses scènes ne restent liées à l’intrigue que par le caractère d’ARGAN.

3/ Le dénouement

   Poussée jusqu’à ses conséquences logiques, l’intrigue tournerait normalement au drame : dans la vie courante, le Malade serait ruiné par les hypocrites qui l’exploitent. Bonheur détruit, famille désunie, fortune anéantie, tel serait le dénouement logique de l’intrigue. Mais il reste artificiel.  

   Comme le genre même de la comédie suppose une fin heureuse où les méchants sont punis et les bons récompensés, et que Molière tient à montrer le triomphe de la paix domestique et de la raison, il recourt à un dénouement artificiel plein de fantaisie. L’événement qui dénoue l’intrigue provient de l’habileté d’un personnage (ici TOINETTE). ARGAN décide de donner sa fille à un « futur médecin » et à se faire lui-même médecin. La pièce se termine d’ailleurs par un ballet qui dissipe dans l’euphorie l’invraisemblance du dénouement.

   Mais l’incorrigible ARGAN ne comprendra jamais. Son défaut, véritable danger social, est trop enraciné, pour qu’une seule épreuve puisse en venir à bout et Molière le souligne par l’invraisemblance du dénouement qui ne résout que provisoirement le problème. Telle est en définitive l’impression de lucidité sans illusion que nous laisse, quand nous avons bien ri, cette comédie de Molière (et tant d’autres).  

Peinture par la « démonstration » des caractères

   Idée fixe qui se révèle lorsqu’elle se heurte à un obstacle ou, au contraire, lorsqu’elle trouve un climat favorable. Les scènes caractéristiques sont ainsi des expériences auxquelles Molière soumet le personnage et prennent la valeur de démonstrations.

   1/ L’obstacle révélateur

   Tenir tête à un maniaque, c’est l’entraîner à lui faire prendre conscience de sa passion ; loin d’entendre raison, il se bute, ne voit les choses qu’à travers sa manie et prononce inconsciemment des répliques révélatrices de sa manie. C’est le cas dans Le Malade quand TOINETTE (I, 5) puis BÉRALDE (III, 3) dissuadent ARGAN de donner sa file au médecin DIAFOIRUS.

2/ L’exploitation de l’idée fixe

   Le caractère d’un maniaque se révèle aussi à sa joie lorsqu’on favorise son idée fixe, et surtout à la facilité avec laquelle les flatteurs parviennent à l’exploiter. Dans ce cas, Molière fait d’une pierre deux coups : il nous montre à la fois l’hypocrisie du flatteur et la manie de la victime (I, 8).    

Remarques utiles en vrac

   * La plupart des comédies de Molière, même farces ou comédies de caractère sont en même temps comédies de mœurs où l’auteur a peint un aspect de la société de son temps. En chacune naturellement prédomine l’un ou l’autre. Le Malade imaginaire est surtout une farce mais on y rencontre tel ou tel élément d’une autre catégorie.    

   * Socialement, les personnages de la pièce appartiennent à la petite (ou moyenne) bourgeoisie (ARGAN), accompagnés comme souvent de la servante dévouée qui fait partie intimement de la famille, ici TOINETTE.

   * Quant aux médecins, Molière leur a déclaré la guerre et ne se contente pas de suivre à leur égard la tradition gauloise de la farce. Malade lui-même, il leur en veut. D’autre part, les médecins d’alors, ignorants te pédants, souvent rivaux entre eux, férus de leur autorité dogmatique et livresque, dédaigneux de l’expérience, lui paraissent des Tartuffes du savoir. Il n’a fait que forcer jusqu’à la charge une réalité qui ne laisse aucun doute. Leur accoutrement était ridicule. Le grotesque des cérémonies instituées par la Faculté pour recevoir les nouveaux docteurs est à peine exagéré dans Le Malade. Molière, avec ARGAN, décrit un type humain, au caractère universel, qui porte assurément la marque de son époque et de son pays : la médecine du temps explique les médecins et les apothicaires chers à son cœur. Du reste, ce type de personnage existe toujours. Jules Lemaître écrivait : « Molière, s’il revenait aujourd’hui, n’aurait aucun sérieux étonnement, à peine quelque petite surprise touchant certaines applications de la science à la commodité de vie extérieure, mais sur l’essentiel, il serait encore notre homme. »  

   * Le Malade est une comédie-ballet (cf. la piste de travail proposée par le programme) mais elle laisse entrevoir le drame si humain d’Angélique, victime de sa belle-mère. Outre la charge contre les médecins pontifes et charlatans, Molière fait exposer par le frère d’ARGAN une critique des folles prétentions de la médecine, critique fondée sur le respect de la nature et qui rejoint la philosophe générale de Molière.

   * Dans le même ordre d’idées, on peut évoquer ce jugement de Molière lui-même : « On sait bien que les comédies ne sont faites que pour être jouées. » Il écrivit ceci dans son « Avis au lecteur » de L’Amour médecin. Il ajoutait : « Je ne conseille de lire cette comédie qu’aux personnes qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre. »

   * Notons que parfois, Molière est au bord du tragique[1] : les vices ou plus simplement les simples travers des personnages ravagent ou dégradent l’être qui est leur proie : ARGAN n’a pas une heure de paix. C’est un triste héros de comédie, malheureux dans la mesure même où le génie de Molière l’a rendu vrai et humain. Cette vérité humaine se reconnaît à son malheur. Les inconvénients pu le désastre s’étendent jusqu’à son entourage : d’honnêtes et sympathiques familles se trouvent menacées. Il s’ensuit des situations pathétiques, voire dramatiques. ARGAN, enfermé dans son égoïste, laisse carte blanche à la cupidité et aux intrigues de sa femme BELINE, reste aveugle devant le drame secret qui se joue entre enfant et belle-mère et s’apprête enfin à désespérer sa fille qui n’est sauvée que par la servante TOINETTE d’un mariage ridicule et odieux. On peut dès lors évoquer ce distique de Musset sur Molière :

« Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde

Que lorsqu’on vient d’en rire on devrait en pleurer. »

   On pense aussi à Anatole France qui écrit : « Le comique est vie douloureux quand il est humain. » Quant à Taine, il affirme à propos des farces de Molière : « Ne craignez point de voir la philosophie périr sous les pantalonnades ; elle subsiste même...  dans Le Malade imaginaire. » Ainsi, Molière, s’il fait rire, prête aussi à penser.

   Napoléon, en revanche, se méfie. Quand, en 1808, la Comédie-Française (dont le grand acteur Talma) fut appelée à Erfurt[2] pour jouer devant un parterre de rois, il ne voulut pas que l’on représentât Molière : « On ne le comprendrait pas en Allemagne ; il faut montrer aux Allemands toute la grandeur de notre scène tragique ; ils sont plus capables de la saisir que de pénétrer la profondeur de Molière. »  

   * A propos du style, on a reproché à Molière « son jargon et ses barbarismes » (La Bruyère dans les Caractères, I, 38), son « galimatias » (Fénelon dans la Lettre à l’Académie, I), ses « expressions bizarres et impropres » (Vauvenargues dans les Réflexions critiques sur quelques poètes, IV, Molière). Mais que lui reproche-t-on vraiment ? De ne pas employer le langage des « honnêtes gens » tel que l’ont élaboré la préciosité et l’Académie. En effet, Molière, absent de Paris pendant douze ans, a conservé un parler savoureux, indépendant des règles savantes et du bel usage. Mais ce langage intense, coloré et brusque est particulièrement efficace au théâtre. D’autre sont critiqué sa syntaxe : répétitions, juxtapositions toujours reliées par la conjonction et ; pourtant, c’est bien la nature même et l’allure générale de la conversation. En fait, ces phrases qui semblent à la lecture longues et embrouillées, doivent être entendues à la scène : elles ont été faites pour l’oreille, non pour les yeux. (cf. piste de travail sur la représentation). Admirable style de théâtre donc, énergique, juste et toujours approprié au personnage qui parle : la convenance dramatique est la seule règle qui vaille aux yeux de Molière. Et quand il faut, il utilise le langage des ruelles précieuses et des courtisans qu’on l’accuse d’ignorer. Mais les paysans, chez lui, parlent en paysans, les servantes en servantes, les bourgeois en bourgeois.        

   * N’oublions pas enfin que Molière, fort symboliquement, fut atteint d’une défaillance lorsqu’il joua son malade imaginaire lors de la quatrième représentation (le 10 février 1673) et mourut quelques heures plus tard en crachant le sang... Gravement malade, il s’était obstiné à donner cette représentation pour assurer le paiement des comédiens.      


[1] Remarque valable pour toutes les comédies de Molière.

[2] Erfurt fut au pouvoir des Français de 1806 à 1813. Un congrès s’y tint en 1808, où assistaient Napoléon, le tsar Alexandre et la plupart des souverains allemands.

Citations de Molière (extraites de ses Préfaces)

- « La grande règle de toutes les règles est de plaire. » 

- « Le public est juge absolu. »

- « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. » (à propos des courtisans)

- « Entrer comme il faut dans le ridicules des hommes. »     

- « Vous n’avez rien fait si vous n’y (peinture des mœurs contemporaines) faites reconnaître les gens de votre siècle. »

- « J’aurais voulu faire voir... que les plus excellentes choses sont sujettes à être copiées par de mauvais singes qui méritent d’être bernés ; que ces vicieuses imitations de ce qu’il y a de plus parfait ont été de tous temps la matière de la comédie. »

- « Si l’emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes, je ne vois pas par quelle raison il y en aurait de privilégiés. »  

- « Peindre d’après nature. »

   Une dernière remarque : Molière, avec Le Malade imaginaire notamment, a été le grand psychologue du monde moderne naissant. Il a prévu tout ce qui allait advenir à l’homme d’aujourd’hui. Le souci de soi poussé jusqu’à l’hypocondrie par exemple.

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Date de dernière mise à jour : 24/04/2021

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