Organisation matérielle du théâtre

I. Les troupes

Hôtel de Bourgogne   Jusqu’en 1673, il y a trois troupes principales :

  1. La troupe de l’Hôtel de Bourgogne (1599-1680) fut autorisée par Louis XIII à prendre le nom de Troupe Royale. Elle comptait, parmi ses acteurs les plus célèbres, Montfleury, la Champmeslé et Baron.
  2. La troupe du Théâtre du Marais (1600-1673), rivale de la précédente. C’est elle qui joua Le Cid. 
  3. La troupe de Molière (1658-1680), d’abord installée dans la salle du Petit-Bourbon, puis à partir de 1660 dans celle du Palais-Royal. Molière y a représenté en 1663 L’Impromptu de Versailles.  

   À la mort de Molière, en 1673, sa troupe et celle du Marais se réunissent à l’Hôtel Guénégaud. En 1680, l’Hôtel de Bourgogne et l’Hôtel Guénégaud deviennent par ordre du roi la Comédie-Française, qui, après être restée quelque temps rue Guénégaud, s’installe en 1687 rue des Fossés-Saint-Germain (aujourd’hui rue de l’Ancienne Comédie). Cette troupe se scindera sous la Révolution et donnera naissance à deux de nos théâtres, l’Odéon et la Comédie-Française (jusque-là on parlait du Théâtre-Français).

   Il faut aussi signaler la Comédie italienne, expulsée en 1697 pour avoir imité Mme de Maintenon dans La Fausse Prude, et l’Opéra, fondé en 1669 (sous le nom d’Académie royale de musique). On joue aussi des farces en plein air sur le Pont-Neuf, où s’illustre Tabarin. Des troupes nomades, dont Scarron raconte les aventures dans son Roman comique (1651) parcourent la province.

   Notons que le Théâtre italien joue des pièces qui deviendront de l'Opéra-Comique (parodie du grand opéra). Le genre est au confluent des farces ou soties du Moyen Age et des pièces lyriques comiques de l'Italie. L'Opéra-Comique débute sous la forme de vaudevilles (comédies à couplets, avec des ariettes et des airs d'opéra parodiés).

Remarques sur l'Opéra

   L’opéra se constitue en France sous l’influence des oeuvres lyriques italiennes, accrue par celle des pastorales et des ballets de cour. Administrativement, les fondateurs sont Perrin et Cambert (privilège royal de juin 1669) auxquels succède Lulli. Ouverte sur l‘emplacement du n° 42 actuel de la rue Mazarine et du n° 43 rue de Seine, l’Académie Royale de musique occupera diverses salles par la suite.  

   Des représentations sont souvent données dans les Collèges des Jésuites, où l’on joue des pièces instructives composées par les pères eux-mêmes. Mme de Maintenon introduit le théâtre à Saint Cyr.

II. Les représentations

   Elles sont beaucoup moins nombreuses qu’aujourd’hui, en dépit de leur succès. On a établi (Le Théâtre français, Chappuzeau, 1674) qu’en 1672, avec trois troupes de comédiens français jouant chacune trois fois par semaine, la troupe italienne quatre fois et l’Opéra trois, et en tenant compte des relâches qui ont lieu pour les nombreuse fêtes religieuses, on arrive au total de 800 représentations par an, chiffre qui n’a jamais été dépassé au 17e siècle et qui a même été rarement atteint.

   Les représentations commencent d’abord à 14 heures, puis sur l’intervention du clergé, elles ont lieu après vêpres, de 17 à 19 heures. De préférence, on joue les tragédies en hiver et les comédies en été.

III. La salle et le public

   Les salles de théâtre sont généralement de dimensions retreintes. Cependant on a pu calculer que celle de la Comédie Française, une fois installée rue des Fossés-Saint-Germain, contient de 1 500 à 2 000 personnes, grâce à la compressibilité du parterre. L’éclairage par des chandelles y est très défectueux.

   Le public du parterre, beaucoup plus nombreux que celui des loges, reste debout (jusqu’en 1782) et se montre fort tumultueux. Le prix de la place y est de 15 sols, ainsi que nous l’apprennent ces vers de Boileau (Satire IX) : « Un clerc, pour quinze sous, sans craindre le holà, / Peut aller au parterre attaquer Attila. »

   Sur la scène, à partir de 1637, il y a des spectateurs, assis sur des banquettes. Leur présence nuit à la vraisemblance dramatique et provoque souvent des troubles, dont Molière s’est plaint dans une scène du Fâcheux. Mais comme ils paient un demi-louis (cent dix sous) et que les directeurs de théâtres ne veulent pas renoncer à cette source de bénéfices, cet usage se maintient en dépit de son inconvénient jusqu’en 1759, où le duc de Lauraguais, exauçant le souhait de Voltaire, réussit à le supprimer à la Comédie Française, en donnant 12 000 livres aux comédiens à titre de compensation.

IV. Les décors et les costumes

   La mise en scène est rudimentaire, jusqu’à l’innovation des « pièces à machine » Le décor représente presque invariablement « un palais à volonté » ou plus rarement, une place publique ou un paysage champêtre. Quand la pièce exige une mise en scène plus compliquée, on a recours à des procédés primitifs. Ainsi, lors de la représentation de La Mort de Cyrus ou La vengeance de Thomiris de Rozidor (?) en 1662, à l’endroit du IVe acte où Thomiris s’crie « A moi, soldats ! », on fait simplement tomber une toile sur laquelle est peinte une armée en train de traverser un pont. Étonnant modernisme d’ailleurs, si l’on songe à une mise en scène actuelle du Rhinocéros (Ionesco).

   Le costume est tout aussi invraisemblable. Dans toutes les pièces antiques, les acteurs portent « un habit à la romaine » avec une cuirasse et une perruque surmontée d’un casque. Ce n’est qu’au 18e siècle, à partir de 1755, avec Le Kain et Mlle Clairon, et surtout à partir de 1789 avec Talma, qu’on essaiera d’introduire dans le costume un peu plus d’exactitude.

V. L’usage du sifflet

   Jadis, quand le public n’était pas content, il lançait des cailloux sur la scène, ainsi que l’atteste une sentence du lieutenant civil qui en 1596 interdit l’emploi de tels projectiles. Puis on jette des pommes cuites qu’on vend à la porte des théâtres, comme on y vend des oranges. Enfin, à partir de 1680 – une épigramme de Racine en témoigne -, lors de la représentation d’une tragédie de Fontenelle, Aspar, s’introduit au théâtre l’usage du sifflet « qu’à la porte on achète en entrant » (Boileau).     

VI. La censure et la presse

Il n’y a pas, au 17e siècle, de censure dramatique régulièrement organisée. Elle ne sera instituée de manière officielle qu’en 1702. Mais, dès 1609, une ordonnance de police oblige les comédiens à soumettre toutes les pièces au procureur du roi.

   Parmi les journaux, seul Le Mercure galant rend compte des représentations théâtrales. Ils sont d’ailleurs peu nombreux au 17e siècle. On peut citer La Muse historique (1650-1665) de Jean Loret (pour amuser Mlle de Longueville, sa protectrice, Loret raconte en vers les événements de chaque semaine), Le Journal des Savants fondé en 1665 ou Les Nouvelles de la République des Lettres (1684-1687), La Gazette de France (fondée par Théophraste Renaudot le 30 mai 1631) qui paraît chaque semaine sur quatre pages et Le Mercure Galant (créé en 1672 par Donneau de visé, bientôt associé avec Thomas Corneille) qui paraît tous les trois mois d’abord, puis tous les mois, sous la forme d’un petit volume de 300 pages.

La naissance du journalisme ici

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