Phèdre : Acte IV, scène 5

Le monologue de Phèdre, tournant de la pièce, est important pour l'action

PHÈDRE, seule.

« Il sort. Quelle nouvelle a frappé mon oreille ?

Quel feu mal étouffé dans mon cœur se réveille ?

Quel coup de foudre, ô ciel ! et quel funeste avis !

Je volais tout entière au secours de son fils,

Et m'arrachant des bras d'Œnone épouvantée,

Je cédais au remords dont j'étais tourmentée.

Qui sait même où m'allait porter ce repentir ?

Peut−être à m'accuser j'aurais pu consentir ;

Peut−être, si la voix ne m'eût été coupée,

L'affreuse vérité me serait échappée.

Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi !

Aricie a son cœur ! Aricie a sa foi ! Ah, dieux !

Lorsqu'à mes vœux l'ingrat inexorable

S'armait d'un œil si fier, d'un front si redoutable,

Je pensais qu'à l'amour son cœur toujours fermé

Fût contre tout mon sexe également armé.

Une autre cependant a fléchi son audace ;

Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce.

Peut-être a- t- il un cœur facile à s'attendrir ;

Je suis le seul objet qu'il ne saurait souffrir,

Et je me chargerais du soin de le défendre ? »

   Phèdre s’exclame : « Il sort. Quelle nouvelle a frappé mon oreille ? » Elle est soulagée de se retrouver seule (cf. didascalie) pour réfléchir à sa tragique situation. C’est le tournant de la pièce. En effet, après la dénonciation mensongère d’Œnone, Thésée a chassé Hippolyte en appelant sur lui la vengeance de Neptune. Phèdre vient de le supplier d’épargner son fils innocent mais Thésée lui a appris que le châtiment est imminent et il lui a fait une révélation capitale pour elle : « Il soutient qu’Aricie a son cœur, a sa foi. » De là découle le monologue (ou la tirade) de Phèdre : elle est frappée en plein cœur par cette nouvelle qui l’a anéantie et va tenter d’en sortir.

   Mais comment ?

   Il s’agit pour elle de passer de l’anéantissement à l’espoir, même léger, comme le révèle le vers final : « Et je me chargerais du soin de la défendre ? » Il y a donc une progression dans la tirade, même si Racine, en accord avec les désordres du cœur de Phèdre (à relever), nous laisse dans une obscurité relative. L'idée d'avoir une rivale lui est insupportable et son silence (non, Hippolyte n'est pas coupable) signe l'arrêt de mort du jeune homme : le dénouement proche sera sanglant. D'où l'importance de ce monologue pour l'action.

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