Phèdre : travaux d'ensemble

Phèdre, réflexions pour des études comparées

   N'oublions pas qu'au 17e siècle, l'imitation des Anciens est la règle et se trouve considérée comme un gage de qualité. Chez Racine certes, mais aussi chez Corneille, Molière, La Fontaine, etc. Mais imiter n'est pas copier, comme le rappelle La Fontaine : « Imitation n'est pas esclavage. »  

* Racine et Euripide

   Dans l’Acte I, scène 3 (Phèdre et Œnone), Racine s’inspire étroitement – la traduction est parfois littérale – de son modèle grec, Hippolyte, créée par Euripide en 428 av. J.-C. On peut relever les emprunts, modifications et retranchements opérés par Racine et leur raison, ce qui met du même coup en évidence l’irréductible originalité des deux textes. On peut étendre la comparaison aux deux pièces entières, se demander pourquoi Euripide a intitulé la sienne Hippolyte, laquelle est le plus religieuse et pourquoi ; on peut enfin comparer leur conception de l’amour.     

* Racine et Sénèque

   Racine a également pris pour modèle l’auteur latin Sénèque (1er siècle de notre ère). On peut comparer l’aveu (Acte II, scène 5) de la Phèdre de Racine et celle de l’héroïne antique et s’interroger sur la différence capitale des deux héroïnes.

* Racine et Tacite

   Racine explique dans sa Préface de Britannicus (1669) qu'il s'est inspiré des Annales de Tacite (historien latin du premier siècle) : « A la vérité, j'avais travaillé sur des modèles qui m'avaient extrêmement soutenu dans la peinture que je voulais faire de la cour d'Agrippine et de Néron. J'avais copié mes personnages d'après le plus grand peintre de l'Antiquité, je veux dire Tacite. »

Exposés et recherches diverses

* La mort dans le théâtre de Racine

   On peut étudier les représentations, évocations et discours sur la mort : mort racontée, mort en scène, mort parlée, mort infligée aux autres ou à soi-même. Cruauté certes, mais à quoi tient cette cruauté ?

  Remarque : La mort au théâtre est le sujet du corpus de textes donnés à l'E.A.F 2015, séries S et ES, avec notamment un extrait de la mort d'Hippolyte. À lire ici.

* La Grèce légendaire

   On peut étudier, dans la pièce, l’image donnée des dieux antiques, de la civilisation grecque archaïque, de l’Athènes de Thésée et s’interroger sur l’authenticité de la couleur locale.

* L’héroïne tragique

- En quoi le personnage de Phèdre est-il conforme au type et même à l’archétype du héros de tragédie ?

- L’amoureuse est-elle innocente ou coupable ? On peut rassembler les pièces du procès en utilisant également la Préface.  

* La cérémonie tragique

   Il s’agit d’analyser les parallélismes qui font de cette tragédie « un monde de miroirs » comme écrit un critique, tant au niveau des personnages (Phèdre et Hippolyte, Hippolyte et Aricie) que des situations (confidences, aveux) et des mots (dans le discours de l’amour notamment).

* Tragédie et poésie

   S’interroger sur la valeur poétique de la pièce (langue et thèmes). Étudier passages lyriques et épiques.

* Les monstres et le monstrueux dans Phèdre

   Analyser cette phrase d’un critique contemporain : « Le bestiaire de cette tragédie est d’une richesse exceptionnelle. […] Tout animal est un monstre en puissance. […] Par le jeu des passions, le caractère monstrueux passe des animaux ou des « brigands » aux personnages de la tragédie. »

* Le mythe de Phèdre

   Outre les Phèdre d’Euripide et Sénèque, on peut lire l’Héroïde IV d’Ovide (lettre fictive adressée par Phèdre à Hippolyte), le roman de Zola intitulé La Curée (1871), avatar moderne du mythe ; écouter l’opéra de Rameau, Hippolyte et Aricie (1733) et voir le film Phaedra (1962) de Jules Dassin. Analyser la permanence, l’évolution et la plasticité du mythe.  

Remarques sur les figures mythiques

   La fascination constante exercée par les personnages habituels du genre invite en effet à chercher une explication complémentaire. Les héros tragiques sont des êtres hors du commun sur lesquels pèse une mystérieuse culpabilité, des individus qui entrent en conflit avec les dieux, avec les autres et avec eux-mêmes, qui souffrent et luttent, et dont la vie débouche sur le malheur, la mort ou une victoire acquise au prix fort. Grandis mais isolés dans leurs singularités, exposés aux regards dans la lumière tragique, ils expriment l’énigme et le scandale de la condition humaine, sa grandeur et sa misère.  

   Nés du mythe, les personnages de la tragédie retournent au mythe et acquièrent ainsi leur véritable dimension : ainsi, Phèdre est le symbole de la passion amoureuse, à la fois rêve de bonheur légitime et déchéance fatale.

   De ce point de vue, les héros grecs ont connu une réussite exceptionnelle : leurs histoires chargées d’horreurs et de malheurs extraordinaires (au sens premier du terme) portent à leur plus haut degré les expériences de la vie, bouleversant ainsi la sensibilité du spectateur.

« Aristote lui-même nous apprend qu’il est vraisemblable que plusieurs choses arrivent contre le vraisemblable. » (Thomas Corneille, Préface de Timocrate).

Au-delà de Phèdre

* La folie dans le théâtre de Racine

   Les personnages de Racine sont souvent des visionnaires aux comportements pathologiques. On peut étudier les « cas » » Oreste, Hermione (Andromaque), Néron (Britannicus), Mithridate (dans la pièce éponyme) qui représentent les facettes diverses de la folie.

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