Viriate et Aristie dans Sertorius

    Tragédie en cinq actes et en vers, Sertorius (1662) retrace un épisode peu connu de l’histoire romaine. Général glorieux, Sertorius commande en Espagne les partisans de Marius. Il est aimé de Viriate, reine des Lusitaniens mais hésite à répondre à cet amour car Aristie, femme réputée de son ennemi Pompée, sollicite son alliance. Fin politique, Sertorius décide d’épouser Aristie et offre à Viriate la main de son lieutenant Perpenna. Mais Pompée, obtenant de Sertorius une entrevue avec Aristie, la supplie de ne pas se remarier : il ne l’a répudiée que pour obéir à Sylla, dont il a épousé la fille. La joute oratoire entre Sertorius et Pompée oppose deux options politiques inconciliables, mais unit dans une estime réciproque deux fortes personnalités. Aussi, lorsque Perpenna assassine Sertorius qui s’est enfin déclaré à Viriate, et va se soumettre à Pompée, celui-ci le fait mettre à mort. Sylla abdique, sa fille meurt et Pompée reprend alors Aristie, rendant à Viriate la paix et la liberté.  

   Très caractéristique de l’art avec lequel Corneille invente avec vraisemblance les personnages d’Aristie et Viriate, les mêlant à l’histoire, Sertorius développe le conflit entre les tenants de la liberté républicaine (Sertorius) et du pouvoir absolu (Pompée). Mais dans l’un et l’autre cas, l’amour n’est qu’une passion secondaire, totalement subordonnée aux nécessités politiques.

   Peut-ton d’ailleurs appeler passion un amour né de l’estime et de la fascination de la gloire ? Viriate dit en effet : « J’aime en Sertorius ce grand art de guerre / [...] J’aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers. » Du même coup, le heurt des passions contraires entre les protagonistes, le dilemme entre amour et raison d’État perdent leur raison d’être et les personnages s’unissent dans un même consensus. La tragédie vient alors de l’acte isolé d’un jaloux ambitieux. Le ressort tragique en est affaibli.

   Cette tragédie porte-t-elle les traces des amours déçues d’un Corneille vieillissant ?

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