La Grande Mademoiselle

La vie de La Grande Mademoiselle : un roman !

La Grande Mademoiselle (Jardin du Luxembourg)   Anne Marie Louise d’Orléans, dite « La Grande Mademoiselle », cousine germaine de Louis XIV est appelée ainsi à cause de sa taille. Elle est la fille de Gaston d’Orléans et de sa première femme, la duchesse de Montpensier.

   Elle fait tirer les canons de la Bastille sur les troupes royales lors de la Fronde qui « lui tue son mari », Condé, est exilée sur ses terres et en profite pour écrire ses Mémoires, genre littéraire à la mode du moment. Ils sont écrits en partie en 1652 et en partie après 1688 et témoignent de la Fronde. 

   Elle sacrifie aussi à la vogue des autoportraits, livrant des lignes assez flatteuses sur son compte. On trouve ce portrait d'elle, fort avantageux (elle est plutôt laide), dans La Galerie des Peintures, recueil de portraits réunis par Segrais : « Je suis grande, ni grasse ni maigre, d’une taille fort belle et fort aisée. J’ai bonne mine, la gorge assez bien faite, les mains et les bras pas beaux, mais la peau belle, ainsi que la gorge. J’ai la jambe droite et le pied bien fait ; mes cheveux sont blonds et d’un blond cendré ; mon visage est long ; le tour en est beau ; le nez grand et aquilin ; la bouche ni grand ni petite, mais façonnée et d’une manière fort agréable ; les lèvres, vermeilles ; les dents, point belles, mais pas horribles aussi ; mes yeux sont bleus, ni grands ni petits, mais brillants, doux et fiers, comme ma mine. J’ai l’air haut sans l’avoir glorieux. Je suis civile et familière, mais d’une manière à m’attirer plutôt le respect qu’à m’en faire manquer. J’ai une fort grande négligence pour mon habillement, mais cela ne va pas jusqu’à la malpropreté. La négligence me sied moins mal qu’à une autre ; car, sans me flatter, je dépare moins ce que je mets que ce que je mets ne me pare. »

   Sa vie est un invraisemblable roman, à l’image des ouvrages précieux dont elle fait ses délices. Il est d’abord question, dans sa jeunesse, de la marier à Louis XIV qu’elle appelle, dès sa naissance « mon petit mari ». Mais la différence d’âge (onze ans) et l’aversion du roi pour elle empêchent cette union.  Elle refuse l’un après l’autre tous les rois et princes d’Europe et s’éprend à 45 ans de Lauzun qu’elle épouse secrètement malgré la défense du roi : on enferme Lauzun à la forteresse de Pignerol où il reste dix ans, elle le tire de là en sacrifiant la plus grande partie de ses biens – il faut dire que sa fortune est immense - et elle en est bien mal récompensée, subissant sa grossièreté et son mépris. Ainsi, elle fait construire lors de son mariage le château de Choisy dont Lauzun parle ainsi dans une de ses lettres : « Un bâtiment bien inutile ; il ne fallait là qu'une petite maison où venir manger une fricassée de poulet et point y coucher ; toutes ces terrasses coûtent des sommes ruineuses. Vous auriez bien mieux employé cet argent en me le donnant. »

Sources : Versailles au temps des roi, Lenôtre, éditions Grandsire, 2009.

   Intrigue, préciosité et extravagance sont les mots-clés de son parcours.

La Grande Mademoiselle, une précieuse

   Dans cette lettre à Mme de Motteville du 14 mai 1660 écrite de Saint-Jean-de-Luz, où Louis XIV va épouser l‘infante d’Espagne, elle évoque les bienfaits du repos champêtre, à la fois élégant et littéraire, digne de l’Astrée.

   « M’étant trouvée auprès de vous l’autre jour, lorsque vous causiez chez la reine, avec de vos amies, du bonheur de la vie retirée, il me sembla que votre conversation n’avait jamais été plus charmante et plus agréable : je l’écoutai avec plaisir, et depuis j’ai passé de bonnes heures à y penser. Le lieu où nous sommes est le plus propre du monde à entretenir de semblables pensées ; car l’on rêve bien doucement lorsqu’on se promène sur le bord de la mer. Ainsi, madame, je me suis imaginé que vous ne trouveriez pas mauvais que je vous fisse part des sentiments que vous m’avez donnés, et de l’opinion que j’estime qu’il faut avoir pour rendre cette retraite dont vous parliez divertissante… [Elle imagine un phalanstère].

  … Il serait bon de concerter tous ensemble du lieu, de l’habitation, et délibérer si l‘on choisirait les bords de la Loire ou ceux de la Seine. Quelques-uns auraient mieux aimé les bords de la mer. Pour moi, qui n’aime pas naturellement l’eau, j’aimerais mieux le vue de la mer et des rivières un peu en éloignement, et que ma maison fût située dans le voisinage d’un grand bois, et que l’on y arrivât par de grandes routes où le soleil se ferait voir à peine en plein midi. Je la bâtirais de la plus agréable manière que je pourrais l’imaginer.

   Les dedans seraient fort propres et point magnifiques, non plus que les meubles ; car il ne convient pas, quand on méprise tout, et que l’on veut paraître au-dessus de toutes choses, d’avoir la faiblesse de s’attacher à la superfluité.

   Je voudrais que cette maison fût environnée de jardins, et que le territoire [le terrain] en fût propre à produire les plus excellents fruits. Je prendrais un grand plaisir à faire planter et voir croître tous ces arbres différents. S’il y avait de quoi faire des fontaines, je n’en serais pas fâchée ; mas j’aimerais mieux la vue que l’eau.

   Pour mieux dire, chacun ferait bâtir sa maison à sa fantaisie, les uns dans le fond d’un bois, les autres au bord de la rivière. La situation que je choisis pour moi laisse de quoi choisir aux autres, parce qu’au bas de la côte où j’imagine cette belle forêt, et d’où l’on pourrait se faire une belle vue, je prétends qu’il y aurait de grandes prairies, et qu’elles seraient coupées de ruisseaux d’une eau claire et vive, qui, en serpentant sur l’herbe, iraient gagner la rivière.

   On se visiterait à cheval, en calèche ou avec des chaises roulantes, quelquefois à pied, quelquefois en carrosse, si ce n’est que je pense que peu en aurait.

   Le soin d’ajuster sa maison occuperait beaucoup ; ceux qui aiment la vie active travailleraient à toutes sortes d’ouvrages, comme à peindre ou à dessiner, et les paresseux entretiendraient ceux qui s’occuperaient de la sorte. Je pense qu’on lirait beaucoup et qu’il n’y aurait personne qui n’eût sa bibliothèque.

   On ne romprait point le commerce qu’on aurait avec ses amis de la cour et du monde ; mais je pense que nous deviendrions tels qu’il leur serait plus glorieux de nous écrire qu’à nous de leur faire réponse.

   Je me persuade que dans ce bois que je me figure, ou dans quelque belle allée, il y aurait un jeu de mail : c’est un jeu honnête et un exercice convenable au corps, et qu’il est bon de ne pas négliger, en songeant à celui de l’esprit.

   On nous enverrait tous les livres nouveaux et tous les vers, et ceux qui les auraient lus les premiers auraient une grande joie d’en aller faire part aux autres. Je ne doute point que nous n’eussions quelques personnes qui mettraient aussi quelques ouvrages en lumière, chacun selon son talent, puisqu’il n’y a personne qui n’en ait tout à fait de dissemblables, quand on veut suivre son naturel. Ceux qui aiment la musique la pourraient entendre, puisque nous aurions parmi nous des personnes qui auraient la voix belle, et qui chanteraient bien, et d’autres qui joueraient du luth, du clavecin, et des autres plus agréables instruments. Les violons se sont rendus si communs que, sans avoir beaucoup de domestique, chacun en ayant quelques-uns auxquels il aurait fait apprendre, il y aurait moyen de faire une forte bande quand ils seraient tous ensemble.

   Je ne trouverais pas à redire que, lorsqu’on serait obligé d’aller à la cour ou aux grades villes, soit pour affaires, ou pour rendre quelques devoirs de parenté, on ne s’en dispensât point. Je ne voudrais pas que l’on fît les farouches en disant : « Je ne veux assister à nulle fête, et je ne ferais pas une visite pour mourir » et quand j’y serais, je voudrais m‘accommoder aux autres et me rendre commode […].

   Comme les personnes du monde se déguisent à présent, et que cette façon de faire qui n’était pas bienséante aux yeux des gens de condition autrefois, s’est maintenant mise en usage, je ne désapprouverais pas que parmi nous on prît aussi quelquefois ce divertissement, mais d’une manière moins folle. Je voudrais qu’on allât garder les troupeaux de moutons dans nos belles prairies, qu’on eût des houlettes et des capelines, qu’on dînât sur l’herbe verte de mets rustiques et convenables aux bergers, et qu’on imitât quelquefois ce qu’on a lu dans l’Astrée, sans toutefois faire l’amour [se dire des galanteries], car cela ne me plaît point en quelque habit que ce soit. Lorsqu’on serait revêtu de celui de berger, je ne désapprouverais pas qu’on tirât les vaches, ni que l’on fît des fromages et des gâteaux, puisqu’il faut manger, et je ne prétends pas que le plan de notre vie soit fabuleux, comme il en en en ces romans où l’on observe une jeûne perpétuel et une si sévère abstinence. Je voudrais au contraire qu’on pût n’avoir rien de mortel que le manger […].

   Je voudrais que dans notre désert il y eût un couvent de carmélites, et qu’elles n’excédassent point le nombre que sainte Thérèse marque dans sa règle. Son intention était qu’elles fussent ermites, et le séjour des ermites est dans les bois. Leur bâtiment serait fait sur celui d’Avila, qui fut le premier. La vie d’ermite nous empêcherait d’avoir un commerce trop fréquent avec elles […]. J’approuverais aussi qu’il y eût une belle église servie par des prêtres séculiers, habiles et zélés […]. Je voudrais que nous eussions un hôpital où l’on nourrirait les pauvres enfants, où l’on ferait apprendre des métiers, et où l’on recevrait des malades. L’on se divertirait à voir travailler les uns et l’on s’occuperait à servir les autres… »

   Générosité naïve et rêves ridicules qui préfigurent, à leur manière, les idées utopiques de Rousseau…

Mariage de La Grande Mademoiselle et de Lauzun (La Rochefoucauld)

   Ce passage est inséré au milieu de la dix-septième Réflexion, titrée « Des événements de ce siècle », consacrée aux événements exemplaire du siècle, à l’égard desquels la Rochefoucauld s’efforce de prendre un certain recul propre à lui permettre de mieux en montrer les dimensions réelles, que les contemporains d’ordinaire ne peuvent guère mesurer. L’aventure de la Grande Mademoiselle et de Lauzun ne répond pas à cette définition. Elle présente plutôt un caractère anecdotique et figurerait mieux dans un recueil de chroniques et de portraits, comme d’ailleurs d’autres fragments de La Rochefoucauld que l’on publie aujourd’hui à la suite de ses Mémoires.   

   « On doit sans doute trouver extraordinaire que Anne-Marie-Louise d’Orléans[1], petite-fille de France, la plus riche sujette de l’Europe, destinée pour les plus grands rois, avare, rude et orgueilleuse, ait pu former le dessein, à quarante-cinq ans d’épouser Puyguilhem, cadet de la maison de Lauzun, assez mal fait de sa personne, d’un esprit médiocre, et qui n’a pour toute bonne qualité que d’être hardi et insinuant. Mais on doit être encore plus surpris que Mademoiselle ait pris cette chimérique résolution par un esprit de servitude et parce que Puyguilhem était bien auprès du Roi ; l’envie d’être femme d‘un favori lui tint lieu de passion, elle oublia son âge et sa naissance, et, sans avoir d’amour, elle fit des avances à Puyguilhem qu’un amour véritable ferait à peine excuser dans une jeune personne et d’une moindre condition. Elle lui dit un jour qu’il n’y avait qu’un seul homme qu’elle pût choisir pour épouser. Il la pressa de lui apprendre son choix ; mais n’ayant pas la force de prononcer son nom, elle voulut l’écrire avec un diamant sur les vitres d’une fenêtre. Puyguilhem jugea sans doute ce qu’elle allait faire, et espérant peut-être qu’elle lui donnerait cette déclaration par écrit, dont il pourrait faire quelque usage, il feignit une délicatesse de passion qui pût plaire à Mademoiselle, et il lui fit un scrupule d’écrire sur du verre un sentiment qui qui devrait durer éternellement. Son dessein réussit comme il désirait, et Mademoiselle écrivit le soir dans du papier : « C’est vous. » Elle le cacheta elle-même ; mais, comme cette aventure se passait un jeudi et que minuit sonna avant que Mademoiselle pût donner son billet à Puyguilhem, elle ne voulut pas paraître moins scrupuleuse que lui, et craignant que le vendredi ne fût un jour malheureux[2], elle lui fit promettre d’attendre au samedi pour ouvrir le billet qui lui devait apprendre cette grande nouvelle. L’excessive fortune que cette déclaration faisait envisager à Puyguilhem ne lui parut point au-dessus de son ambition. Il songea à profiter du caprice de Mademoiselle, et il eut la hardiesse d’en rendre compte au Roi. Personne n’ignore qu’avec si grandes et éclatantes qualités nul prince au monde n’a jamais eu plus de hauteur ni plus de fierté. Cependant, au lieu de perdre Puyguilhem d’avoir osé lui découvrir ses espérances, il lui permit non seulement de les conserver, mais il consentit que quatre officiers de la couronne lui vinssent demander son approbation pour un mariage si surprenant, et sans que Monsieur ni Monsieur le prince en eussent entendu parler. Cette nouvelle se répandit dans le monde et le remplit d’étonnement et d’indignation. Le Roi ne sentit pas alors ce qu’il venait de faire contre sa gloire et contre sa dignité. Il trouva seulement qu’il était de sa grandeur d’élever en un jour Puyguilhem au-dessus des plus grands du Royaume et, malgré tant de disproportion, il le jugea digne d’être son cousin germain, le premier pair de France et maître de cinq cent mille livres de rente ; mais ce qui le flatta le plus encore, dans un si extraordinaire dessein, ce fut le plaisir secret de surprendre le monde, et de faire pour un homme qu’il aimait ce que personne n’avait encore imaginé. Il fut au pouvoir de Puyguilhem de profiter durant trois jours, et tant de prodiges que la fortune avait faits en sa faveur, et d’épouser Mademoiselle ; mais, par un prodige plus grand encore, sa vanité ne put être satisfaite s’il ne l’épousait avec les mêmes cérémonies que s’il eut été de sa qualité : il voulut que le roi et la reine fussent témoins de ses noces, et qu’elles eussent tout l’éclat que leur présence y pouvait donner. Cette présomption sans exemple lui fit employer à de vains préparatifs et à passer son contrat tout le temps qui pouvait assurer son bonheur. Mme de Montespan, qui le haïssait, avait suivi néanmoins le penchant du Roi et ne s’était point opposée à ce mariage. Mais le bruit du mode la réveilla ; elle fit voir au Roi ce que lui seul ne voyait pas encore ; elle lui fit écouter la voix publique ; il connut l’étonnement des ambassadeurs, il reçut les plaintes et les remontrances respectueuses de Madame douairière[3] et de toute la maison royale. Tant de raisons firent longtemps balancer le Roi, et ce fut avec une extrême peine qu’il déclara à Puyguilhem qu’il ne pouvait consentir ouvertement à son mariage. Il l‘assura néanmoins que ce changement en apparence ne changerait rien en effet ; qu’il était forcé, malgré lui, de céder à l’opinion générale, et de lui défendre d’épouser Mademoiselle, mais qu’il ne prétendait pas que cette défense empêchât son bonheur. Il le pressa de se marier en secret, et il lui promit que la disgrâce qui devait suivre une telle faute ne durerait que huit jours. Quelque sentiment que ce discours pût donner à Puyguilhem, il dit au Roi qu’il renonçait avec joie à tout ce qu’il lui avait permis d’espérer, puisque sa gloire en pouvait être blessée, et qu’il n‘y avait point de fortune qui le pût consoler d’être huit jours séparé de lui. Le Roi fut véritablement touché de cette soumission ; il n’oublia rien pour obliger Puyguilhem à profiter de la faiblesse de Mademoiselle, et Puyguilhem n’oublia rien aussi, de son coté, pour faire voir au Roi qu’il lui sacrifiait toutes choses. Le désintéressement seul ne fit pas prendre néanmoins cette conduite à Puyguilhem : il crut qu’elle l‘assurait pour toujours de l’esprit du Roi et que rien ne pourrait à l’avenir diminuer sa faveur. Son caprice et sa vanité le portèrent même si loin que ce mariage si grand et si disproportionné lui parut insupportable parce qu’il ne lui était plus permis de le faire avec tout le faste et tout l’éclat qu’il s’était proposé. Mais ce qui le détermina le plus puissamment à le rompre, ce fut l’aversion insurmontable qu’il avait pour la personne de Mademoiselle, et le dégoût d’être son mari. Il espéra même de tirer des avantages solides de l’emportement de Mademoiselle et que, sans l’épouser, elle lui donnerait la souveraineté de Dombes et le duché de Montpensier. Ce fut dans cette vue qu’il refusa d’abord toutes les grâces dont le Roi voulut le combler ; mais l’humeur avare et inégale de Mademoiselle et les difficultés qui se rencontrèrent à assurer de si grands biens à Puyguilhem rendirent ce dessein inutile, et l‘obligèrent à recevoir les bienfaits du Roi. Il lui donna le gouvernement de Berry et cinq cent mille livres. Des avantages si considérables ne répondirent pas toutefois aux espérances que Puyguilhem avait formées. Son chagrin fournit bientôt à ses ennemis, et particulièrement à Mme de Montespan, tous les prétextes qu’ils souhaitaient pour le ruiner[4]. Il connut son état et sa décadence et, au lieu de se ménager auprès du Roi avec de la douceur, de la patience et de l’habileté, rien ne fut plus capable de retenir son esprit âpre et fier. Il fit enfin des reproches au Roi ; il lui dit même des choses rudes et piquantes, jusqu’à casser son épée en sa présence, en disant qu’il ne la tirerait plus pour son service ; il lui parla avec mépris de Mme de Montespan, et s’emporta contre elle avec tant de violence qu’elle douta de sa sûreté, et on le mena à Pignerol, où il éprouva par une longue et dure prison la douleur d’avoir perdu les bonnes grâces du Roi, et d’avoir laissé échapper par une fausse vanité tant de grandeurs et tant d’avantages que la condescendance de son maître et la bassesse de Mademoiselle lui avaient présentés. »

La Rochefoucauld, Réflexions diverses           

 


[1] Mademoiselle de Montpensier, habituellement appelée Mademoiselle ou la Grande Mademoiselle, était la fille de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII. Le marquis de Puyguilhem devenait devenir comte puis duc de Lauzun.

[2] Jour de la mort du Christ.

[3] Marguerite de Lorraine, seconde femme et veuve de Monsieur (Gaston d’Orléans).

[4] Non pas dans ses biens, mais dans ses ambitions.

Mariage de la Grande Mademoiselle (Mme de Sévigné, lettre du 15 décembre 1670)

   Cette lettre adressée à son cousin M. de Coulanges est certainement la plus célèbre de Mme de Sévigné avec son avalanche d’adjectifs et le suspense !

   « Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus digne d’envie : enfin une chose dont on ne trouve qu’un exemple dans les siècles passés[1] , encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que l’on ne peut pas croire à Paris (comment la pourrait-on croire à Lyon ?)[2] ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d’Hauterive[3] ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-là : je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun[4] épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix ; Mme de Coulanges dit : Voilà qui est bien difficile à deviner : c’est Mme de la Vallière[5]. – Point du tout, Madame. – C’est donc Mlle de Retz[6] ? – Point du tout, vous êtes bien provinciale. – Vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous, c’est Mlle Colbert[7] ? – Encore moins. – C’est assurément Mlle de Créquy[8] ? – Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire : il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du Roi, Mademoiselle, Mademoiselle de… Mademoiselle… devinez le nom : il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la grande Mademoiselle ; Mademoiselle, fille de feu Monsieur[9] ; Mademoiselle, petite-fille de Henri IV ; mademoiselle d’Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpensier, mademoiselle d’Orléans[10] ; Mademoiselle, cousine germaine du Roi ; Mademoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur[11]. Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous… ».

Remarque

   Au dernier moment, le roi interdit cette union mais il ne put empêcher plus tard un mariage secret.

 


[1] Celui de Marie d’Angleterre qui, devenue veuve de Louis XII, épousa un simple duc, le duc de Suffolk. 

[2] Résidence des Coulanges

[3] Deux grandes dames qui s’étaient mésalliées par leur mariage d’amour.

[4] Comte puis duc de Lauzun et maréchal de France.

[5] Favorite du roi.

[6] Nièce du cardinal.

[7] Fille du ministre.

[8] Fille du duc de Créquy. Tous ces partis sont trop beaux pour un Lauzun, né dans une famille de petite noblesse gasconne.

[9] Titre donné au frère du roi, ici de Louis XIII, Gaston d’Orléans.

[10] Quelques-uns de ses nombreux titres.

[11] Frère de Louis XIV, Philippe d’Orléans, veuf depuis six mois

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Date de dernière mise à jour : 11/09/2017