« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Malherbe et Caliste

Malherbe et Caliste : Mme d'Auchy ou Mme de la Roche ?

   Charlotte des Ursins, née vers 1570, épousa en 1595 le vicomte d’Auchy. Sa liaison avec Malherbe qui la célébra sous le nom de Caliste, excita la verve des poètes satiriques du temps. Elle n’avait rien d’une Cassandre, d’une Hélène ou d’une Marie ! Elle organisa dans salon de la rue des Vieux-Augustins, des réunions du mercredi, où on lisait des harangues sur tous les sujets. Elle voulait faire concurrence à la fois à l‘hôtel de Rambouillet et à l’Académie française, vaste et dérisoire entreprise ! Son pédantisme sombra dans le ridicule. Elle parvint à faire imprimer sous son nom des homélies sur les épîtres de Saint-Paul, qu’elle avait achetées à un docteur en théologie. (Sources : Dictionnaire des Lettres françaises, Le XVIIe siècle, Fayard, 1951, 1996)  

   Les sources sont confuses, concernant certains sonnets. Malherbe les adresse-t-il à la vicomtesse d'Auchy ou à Mme de la Roche ?

En voici quelques-uns :

 

Sonnet à Caliste

« Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle :

C’est une oeuvre où Nature a fait tous ses efforts,

Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,

S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.

 *

La clarté de son teint n’est pas chose mortelle :

Le baume est dans sa bouche et les roses dehors

Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,

Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.

 *

 La blancheur de sa gorge éblouit les regards ;

Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,

Et la fait reconnaître un miracle invisible.

 *

En ce nombre infini de grâces et d’appas,

Qu’en dis-tu ma raison ? crois-tu qu’il soit possible

D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas ? »

_ _ _

C'est fait, belle Caliste, ...

« C'est fait, belle Caliste, il n'y faut plus penser :

Il se faut affranchir des lois de votre empire ;

Leur rigueur me dégoûte, et fait que je soupire

Que ce qui s'est passé n'est à recommencer.

 *

Plus en vous adorant je me pense avancer,

Plus votre cruauté, qui toujours devient pire,

Me défend d'arriver au bonheur où j'aspire,

Comme si vous servir était vous offenser :

 *

Adieu donc, ô beauté, des beautés la merveille

Il faut qu'à l'avenir la raison me conseille,

Et dispose mon âme à se laisser guérir.

Vous m'étiez un trésor aussi cher que la vie :

Mais puisque votre amour ne se peut acquérir,

Comme j'en perds l'espoir, j'en veux perdre l'envie. »

_ _ _

Caliste, en cet exil ...

 « Caliste, en cet exil j'ai l'âme si gênée

 Qu'au tourment que je souffre il n'est rien de pareil :

Et ne saurais ouïr ni raison, ni conseil,

Tant je suis dépité contre ma destinée.

 *

 J'ai beau voir commencer et finir la journée,

En quelque part des cieux que luise le soleil,

Si le plaisir me fuit, aussi fait le sommeil :

Et la douleur que j'ai n'est jamais terminée.

 *

Toute la cour fait cas du séjour où je suis :

Et pour y prendre goût je fais ce que je puis :

Mais j'y deviens plus sec, plus j'y vois de verdure.

 *

En ce piteux état si j'ai du réconfort,

C'est, ô rare beauté, que vous êtes si dure,

Qu'autant prés comme loin je n'attends que la mort. »

_ _ _

   Poète-grammairien et ardent réformateur de la langue, Malherbe édicta un art poétique. Il voulait une langue précise, claire et nette, des mots justes ; il interdit les ambiguïtés, obscurités, expressions verbeuses, termes trop archaïques ou trop techniques, néologismes incongrus, provincialismes, mots composés ou diminutifs étranges, toutes choses qu’avait aimées la Pléiade. Baudelaire admira son alexandrin, « symétrique et carré de mélodie ». On lui reprocha une contrainte stérilisante et un appauvrissement de la langue. Mais on lui doit une discipline intellectuelle et technique. Qu’on se rappelle ces vers de Boileau dans L’Art poétique (Chant I) : 

« Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,

Fit sentir dans les vers une juste cadence,

D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir,

Et réduisit la muse aux règles du devoir… »

 La règle de Malherbe

    Le vers ne doit comporter ni hiatus, ni enjambement, ni élision, ni liberté orthographique trop commode. La rime doit être nette, satisfaisante à la fois pour l’œil et pour l’oreille. Les rimes masculines doivent alterner avec les rimes féminines. L’alexandrin doit contenir une pause sensible, voire appuyée à la césure. Le sonnet est une muse exigeante...

 A vérifier dans les sonnets ci-dessus…

* * *

Ajouter un commentaire