Mme de Maintenon et Mme du Deffand

Témoignage de Mme du Deffand sur Mme de Maintenon

Mme du Deffand, dans sa correspondance avec Horace Walpole, évoque Mme de Maintenon à diverses reprises :

   * « … Je n’ai point mal dormi cette nuit et ce matin j’ai lu une trentaine de lettres de madame de Maintenon. Ce recueil est curieux, il contient neuf années, depuis 1706 jusqu’à 1715. Je persiste à trouver que cette femme n’était point fausse, mais elle était sèche, austère, insensible, sans passion ; elle raconte tous les événements de ce temps-là, qui étaient affreux pour la France et pour l’Espagne, comme si elle n’y avait pas un intérêt particulier ; elle a plus l’air de l’ennui que de l’intérêt. Ses lettres sont réfléchies ; il y a beaucoup d’esprit, un style fort simple ; mais elles ne sont point animées, et il s’en faut beaucoup qu’elles soient aussi agréables que celles de madame de Sévigné. Tout est passion, tout est en action dans celles de cette dernière, elle prend part à tout, tout l’affecte, tout l’intéresse ; madame de Maintenon, tout au contraire, raconte les plus grands événements, où elle jouait un rôle, avec le plus parfait sang-froid ; on voit qu’elle n’aimait ni le roi, ni ses amis, ni ses parents, ni même sa place. Sans sentiment, sans imagination, elle ne se fait point d’illusions, elle connaît la valeur intrinsèque de toutes chose, elle s’ennuie de la vie et elle dit : il n’y a que la mort qui termine nettement les chagrins et les malheurs. Un autre trait qui m’a fait plaisir : il y a dans la droiture autant d’habileté que de vertu. Il me reste de cette lecture beaucoup d’opinion de son esprit, peu d’estime de son cœur, et nul goût pour sa personne ; mais je le dis, je persiste à ne pas la croire fausse… » (Lettre du lundi 21 mars 1768, à trois heures après midi).

   * « … Il y a un livre qui a pour titre le Maintenoniana : c’est un recueil de tout ce qu’on a dit de madame de Maintenon ; on n’est point fâché de se le rappeler. Cette femme avait beaucoup d’esprit, beaucoup de jugement et de caractère ; elle pouvait bien n’être pas aimable, elle avait peu ou point de sensibilité ; je étonne qu’elle fût sujette à l’ennui… » (Au même, le dimanche 8 mai 1774).

   * « … Pour madame de Maintenon, je trouve que le portrait qu’en fait l’auteur [le maréchal de Noailles, dans ses Mémoires] est extrêmement juste. Elle n’était point aimable, parce qu’elle était triste et indifférente ; sa dévotion avait nui à son esprit et gâté son discernement ; elle s’était laissé conduire par les circonstances. Elle n’était point hypocrite, sa dévotion était petite et minutieuse. Elle avait le malheur d’être sujette à l’ennui ; mais à tout prendre c’était une femme qui avait naturellement l’esprit très philosophique, et très éloigné, à ce qu’il me semble, de fausseté et de manège… » (Au même, le mercredi 16 avril, à six heures du matin).  

Sources : Mme de Maintenon, Jean-Paul Desprat, Perrin, 2003.

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