Mme de Schomberg

Bon à savoir

Marie de Hautefort, maréchale de Schomberg   La maréchale de Schomberg est l’une des rares amies de cœur de Louis XIII. Fille d’honneur de Marie de Médicis, amie de la reine Anne d’Autriche, elle se nomme alors Marie de Hautefort. Belle et blonde, les yeux bleus, surnommée « l’aurore » par la cour. Le roi a trente ans et elle à peine quatorze. Les amours platoniques sont à la mode.

   On dispose d'un poème que Scarron lui adresse pour expliquer son délabrement physique :

« Un cheval malicieux

Qui conçut pour moi de la haine

Me fit par deux fois dans la plaine

Tomber de mon brancard maudit

Dont mon pauvre cul se tordit. »

   Elle parvient à lui obtenir une pension de 500 écus d'Anne d'Autriche, dont il se proclame aussitôt « l'illustre malade ».   

   Louis XIII reste un amoureux transi qui lui écrit des poèmes :

« Les grâces que Lysis possède

Sont des blessures sans remède

Jamais l’amour n’en fut guéri. »

   Tallemant des Réaux rapporte dans ses Historiettes : « Un jour, Mme de Hautefort tenait un billet. Il le voulut voir, elle ne voulut pas. Enfin, il fit effort pour l'avoir ; elle, qui le connaissait bien, se le mit dans le sein et lui dit : « Si vous le voulez, vous le prendrez donc là ? » Savez-vous bien ce qu'il fit ? Il prit les pincettes de la cheminée, de peur de toucher la gorge de cette belle fille. » 

   Richelieu approuve cette liaison. Fin politique, il sait que les confidences sur l’oreiller peuvent toujours servir, se souvenant des « escadrons volants » de Catherine de Médicis…

   Sûre, d’elle, intelligente, Marie aimerait entrer aux affaires, comme on dit de nos jours. Mais elle critique la politique menée par Richelieu qui l’exile dans un château perdu de la Sarthe. Elle se marie à trente ans – un âge avancé pour l’époque -, et devient Mme de Schomberg. Veuve assez vite, elle se consacre à la piété et aux bonnes œuvres, selon les convenances.

Lettre de Mme de Schomberg à Mme de Sablé à propos des Maximes de La Rochefoucauld

   On dispose de certaines de ses lettres, notamment de celle-ci, adressée en 1664 (elle a alors 48 ans) à Mme de Sablé, grande précieuse devant l’Éternel : La Rochefoucauld fréquente son salon où naît l’idée des Maximes.

   « Je crus bien tout le jour vous pouvoir renvoyer vos Maximes [de La Rochefoucauld], mais il me fut impossible d’en trouver le temps. Je voulais vous écrire et m’étendre sur le sujet. Je ne puis pas vous dire mon sentiment en détail ; tout ce qui me paraît en général, c‘est qu’il y a en cet ouvrage beaucoup d’esprit, peu de bonté et force vérités que j’aurais ignorées toute ma vie, si l’on ne m’en avait fait apercevoir. Je ne suis pas encore parvenue à cette habileté d’esprit où l’on ne connaît dans le monde ni honneur, ni bonté, ni probité. Je croyais qu’il y en pouvait avoir. Cependant, après la lecture de cet écrit, l’on demeure persuadé qu’il n’y a ni vice ni vertu à rien, et que l’on fait nécessairement toutes les actions de la vie. S’il est ainsi que nous ne nous puissions empêcher de faite tout ce que nous décrions, nous sommes excusables, et vous jugez de là combien ces Maximes sont dangereuses. Je trouve encore que cela n’est pas bien écrit en français, c’est-à-dire que ce sont des phrases et des manières de parler qui sont plutôt d’un homme de cour que d’un auteur, et cela ne me déplaît pas. Ce que je puis vous en dire de plus vrai est que je les entends toutes comme si je les avais faites, quoique bien des gens y trouvent de l’obscurité e certains endroits. Il y en a qui me charment, comme : « L’esprit est toujours la dupe du cœur ». Je ne sais si vous l’entendez comme moi, mais je l’entends, ce me semble, bien joliment. Et voilà comment : c’est que l’esprit croit toujours par son habileté et ses raisonnements faire faire au cœur ce qu’il veut. Il se trompe : il en est la dupe. C’est toujours le cœur qui fait agir l‘esprit. L’on suit tous ses mouvements, malgré que l‘on en ait, et l’on le suit même sans croire le suivre. Cela se connaît mieux en galanterie qu’aux autres actions ; et je me souviens de certains vers, sur ce sujet, qui ne seraient pas mal à propos :

« La raison sans cesse raisonne

Et n’a jamais guéri personne ;

Et le dépit le plus souvent

Rend plus amoureux que devant. »

   Il y en a encore une qui me paraît bien véritable, et à quoi le monde ne pense pas, parce qu’on ne voit autre chose que des gens qui blâment le goût des autres ; c’est celle qui dit que la félicité est dans le goût et non dans les choses. C’est pour avoir ce qu’on aime qu’on est heureux, et non pas ce que les autres trouvent aimable. Mais ce qui m’a été tout nouveau et que j’admire est que la paresse, toute languissante qu’elle est, détruit toutes les passions. Il est vrai, et l’on a bien fouillé dans l’âme pour y trouver un sentiment si caché, mais si véritable que nulle de ces maximes ne l’est davantage, et je suis ravi de savoir que c’est à la paresse à qui l’on a l’obligation de la destruction de toutes les passions. Je pense qu’à présent l‘on la doit estimer comme la seule vertu qu’il y a dans le monde, puisque c’est elle qui déracine tous les vices. Comme j’ai toujours eu beaucoup de respect pour elle, je suis fort aise qu’elle ait un si grand mérite.

   Que dites-vous aussi, madame, de ce que chacun se fait un extérieur et une mine qu’il met à la place de ce que l’on veut paraître au lieu de ce qu’on est ? Il y a longtemps que je l’ai pensé et que j’ai dit que tout le monde était en mascarade, et mieux déguisé qu’à celle du Louvre, car l’on n’y reconnaît personne. Enfin que tout soit arte di parer honesta [art de paraître honnête] et non pas l’être, cela est pourtant bien étrange.

   Voici de ces phrases nouvelles : « La nature fait le mérite et la fortune le met en oeuvre. » Ces modes de perler me plaisent, parce que cela distingue bien un honnête homme qui écrit pour son plaisir et comme il parle d’avec les gens qui en font métier. Mais je ne sais si cela réussira imprimé, comme en manuscrit.

   Si j’étais du conseil de l’auteur, je ne mettrais point au jour ces mystères qui ôteront à tout jamais la confiance qu’on pourrait prendre en lui. Il en sait tant là-dessus, et il paraît si fin qu’il ne peut plus mettre en usage cette souveraine habileté qui est de ne paraître point en avoir.

   Je vous dis à bâtons rompus tout ce qui me reste dans l’esprit de cette lecture. Si vous les gardez [les Maximes], je les lirai avec vous, et je vous en dirai mieux mon avis que je ne fais à cette heure, où je n’ai pas le temps de faire une réflexion qui vaille. Je ne pense qu’à vous obéir ponctuellement et, en le faisant, je crois ne pouvoir faillir, quelque sottise que je puisse dire. Je n’ai point pris de copie, je vous en donne ma parole, ni n’en ai parlé à personne. Je vous prie aussi de ne dire à qui que ce soit ce que je pense. J’espère avoir l’honneur de vous voir demain. »

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